DE
LaHISTOIRE DES JAPONAIS
DEPUIS La?TABLISSEMENT DU BOUDDHISME
JUSQUaA LaARRIV?E DES PORTUGAIS
E Japon, durant la longue p??riode dont jaessaierai de vous donner un aper?§u rapide, est rest?? ? peu pr?¨s compl?¨tement isol?? du reste du monde; et caest ? peine si nous aurons laoccasion de rattacher une fois son histoire ? celle de la Chine, en parlant de la grande exp??dition organis??e par le c??l?¨bre empereur Koubila?ˉ-khan, dans le vain espoir da??tablir sa puissance jusque dans les ??les de laextr?ame Orient. Le fait le plus important que nous devrons, en cons??quence, faire ressortir sera la constitution de la puissance des Syau-gun qui devaient un jour ne plus laisser aux mikado, les v??ritables empereurs, autre chose quaune autorit?? purement conventionnelle et nominale; jusqua? ce quaenfin la r??volution op??r??e, par suite de r??tablissement des Europ??ens au Japon, vienne ? son tour d??truire la formidable organisation politique des autocrates de Y??do, et rendre aux successeurs de Zinmou la puissance supr?ame dont leurs g??n??ralissimes les avaient d??pouill??s pendant plusieurs si?¨cles.
Durant les premiers r?¨gnes de la p??riode qui nous occupe, le Japon jouit daune paix profonde et les mikados passent leur existence ? se divertir dans leurs palais, ? r??unir autour daeux des assembl??es de po?¨tes, ? se faire expliquer les chefs-da?uvre de la litt??rature chinoise, et ? faire des p?¨lerinages. Laempereur Zyun-wa ordonne, en 831, la composition daun recueil des ouvrages japonais les plus ??l??gamment ??crits. Son successeur Nin-myau, en 835, va pr??sider une f?ate en lahonneur de la floraison des chrysanth?¨mes, et re?§oit les vers que les po?¨tes les plus c??l?¨bres du pays viennent lui offrir ? cette occasion. Son fils, Bun-toku, se rend, en 851, ? un de ses palais pour admirer les cerisiers en fleurs et composer des po??sies. Sei-wa, encore enfant, accorde, en 859, des promotions ? plusieurs divinit??s du pays; laune daelles obtient le premier rang de la premi?¨re classe.
Lahistoire de la plupart des mikados de cette p??riode ant??rieure ? la domination des syaugouns, rapporte une foule da??v??nements de ce genre. La plupart de ces princes se pr??occupaient d??j? fort peu des affaires du gouvernement et se livraient sans rel?¢che ? tous les amusements que leur haute situation leur permettait de se procurer. On cite cependant quelques actes de tyrannie qui contrastent tristement avec les plaisirs innocents des empereurs que nous venons de citer. Yau-zei, par exemple, renouvela les horreurs qui signal?¨rent le r?¨gne du tyran Bourets; les chroniques rapportent, en effet, que, pour se divertir, ce mikado, alors quail naavait pas encore dix-sept ans, faisait monter des hommes sur des arbres pour les abattre ? coups de fl?¨ches ou daautres projectiles.
En laan 899, laex-mikado fut consacr?? pr?atre de la religion bouddhique. Ce fut la premi?¨re fois quaeut lieu un pareil ??v??nement. Les souverains ainsi devenus pr?atres, sont appel??s Hau-wau ?empereur de la Loi?.
Arriv?? ? la??poque de laempereur Zu-zyaku, le Japon est le th???¢tre daune grande r??volte qui jette la terreur dans tout laempire. A la fin de laann??e 939, un personnage appel?? Masa-kado l?¨ve la??tendard de la r??volte, se rend ma??tre de quelques provinces et saarroge plusieurs des pr??rogatives de la dignit?? imp??riale. En m?ame temps, un certain Sumitomo, ? la t?ate daune nombreuse troupe de bandits et de pirates, saempare de diverses autres parties de laempire, o?1 il ??tablit sa domination. Cette fois le mikado parvint ? dominer lainsurrection, et Masakado, bless?? par une fl?¨che sur le champ de bataille, eut la t?ate tranch??e par un des princes envoy??s ? sa rencontre avec une arm??e de seize mille hommes pour le r??duire. Soumitomo et son fils subirent le m?ame sort, peu de temps apr?¨s.
La tranquillit?? ne fut pas r??tablie pour longtemps dans le Nippon, et nous voyons bient?′t la caste militaire devenir toute puissante et an??antir ? peu pr?¨s compl?¨tement laautorit?? souveraine des mikados. Plusieurs princes f??odaux avaient acquis, pendant les guerres intestines de cette ??poque, une influence consid??rable dans les affaires de la??tat. Les maisons de Taira, de Minamoto et de Fudiwara ne tarderont pas ? ensanglanter le pays dans les luttes quaelles vont engager pour saassurer la supr??matie dans laempire.
Originairement, la constitution de la monarchie japonaise ??tait en g??n??ral fort simple et de nature ? pr??venir toute tentative de d??sorganisation sociale. Laautorit?? militaire na??tait pas s??par??e de laautorit?? civile: tout le monde, sans distinction de caste, ??tait soldat, et laempereur remplissait seul les fonctions de g??n??ral en chef de la nation arm??e. En cas de guerre, le mikado prenait en personne le commandement des troupes, ou confiait ? son h??ritier pr??somptif cette charge qui ne pouvait ?atre plac??e entre les mains daaucun autre de ses sujets. Au VIIe si?¨cle, cette constitution fut modifi??e, et on chercha ? imiter celle qui avait pr??valu en Chine, sous la dynastie des Tang. On constitua deux classes essentiellement distinctes de fonctionnaires publics et ? peu pr?¨s compl?¨tement ind??pendantes laune de laautre: la classe des fonctionnaires civils et la classe des fonctionnaires militaires.
De 938 ? 1087, les deux puissantes maisons de Ta?ˉra et de Minamoto ??tablirent des camps permanents dans les provinces de laEst; les soldats, ainsi s??par??s de la??l??ment civil de la population, ne tard?¨rent pas ? se persuader quail lui ??tait compl??tement ??tranger, et insensiblement ils consid??r?¨rent leur chef comme leur v??ritable souverain. Les mikados, dans leur indolence, trouvaient fort commode, en cas de r??volte intestine, de confier ? ces maisons le soin de ch?¢tier les rebelles; mais ils saaper?§urent trop tard que ceux-l? quails avaient cr????s leurs d??fenseurs, ??taient appel??s, dans un temps peu lointain, ? les r??duire eux-m?ames ? une somptueuse mais non moins r??elle servitude[165].
Lorsquaune de ces deux maisons accomplissait un acte qui portait ombrage ? la cour, le mikado chargeait laautre de la ch?¢tier. Ce syst?¨me politique, o?1 les empereurs croyaient voir une garantie de conservation pour leur autorit?? souveraine, ne devait point aboutir aux r??sultats quails avaient esp??r??s. Les Taira et les Minamoto ne tard?¨rent pas ? lutter entre eux pour leur propre compte, et il en r??sulta les plus effroyables d??sordres dans tout laempire. Apr?¨s de longues guerres entre ces deux maisons rivales, un jeune enfant, nomm?? Yori-tomo, dernier repr??sentant de la famille des Minamoto, tomba prisonnier entre les mains des Ta?ˉra. Laintervention daune femme lui sauva la vie, mais il fut banni dans la province daIdzou. Bien quail nae??t alors que quatorze ans, il songea secr?¨tement ? venger lahonneur de sa maison; et bient?′t, avec laaide daun courtisan dont il avait ??pous?? la fille, il parvint ? sa??chapper des mains de ses ennemis, et ? constituer, loin du domaine de leur action, une puissante arm??e de m??contents, ? la t?ate desquels il put exterminer les troupes des Ta?ˉra, r??duire ? laimpuissance les derniers d??bris de ses partisans, et cr??er ? Kamakoura la capitale de ses ??tats et le centre de son autorit?? militaire dans le nord du Japon[166].
Caest avec ce personnage, d??sign?? dans les historiens indig?¨nes sous le titre de Mina-mo-tono Yori-tomo, que commence, pour le Japon, cette dynastie de princes qui r??gn?¨rent pendant plusieurs si?¨cles et jusquaen 1868, sous le titre de syau-gun ?g??n??ralissime?, titre que les Europ??ens ont transform??, ? notre ??poque, en celui de ta?ˉ-kun ?grand prince?.[167] On fait remonter, il est vrai, lainstitution des fonctions de syaugoun ? laorigine m?ame de la monarchie japonaise, et on rapporte que, sous Zinmou (VIIe si?¨cle avant notre ?¨re), un personnage appel?? Miti-no Omi-no Mikoto fut ??lev?? au syaugounat par laempereur qui le pla?§a, en cons??quence, ? la t?ate de laarm??e, pour combattre les barbares de laEst.
Ce serait toutefois une grave erreur de confondre le titre et les fonctions de syaugoun confi??s ? cette ??poque et plus tard, ? divers commandants en chef de laarm??e, avec la dignit?? en quelque sorte souveraine que saarrogea, au XIIe si?¨cle, le c??l?¨bre Yoritomo. A partir de cette ??poque, et jusqua? la date encore toute r??cente de la restauration des mikados, le syaugoun, que beaucoup daauteurs ont appel?? ?le second empereur du Japon?, ??tait en r??alit?? le v??ritable possesseur de laautorit?? dans les ??les de laextr?ame Orient. Il ??tait quelque chose de plus que les maires du palais de nos rois m??rovingiens, car il avait r??uni toutes les r?anes du gouvernement dans sa r??sidence personnelle, laissant le mikado jouir de tous les plaisirs de laoisivet??, mais ? peu pr?¨s absolument impuissant, dans un palais situ?? ? grande distance de cette r??sidence.
Il serait cependant inexact de consid??rer, comme on laa fait maintes fois, le syaugoun comme le v??ritable empereur du Japon. La puissance des traditions, le caract?¨re sacr?? que la religion indig?¨ne donnait aux mikados[168], consid??r??s comme les descendants directs et l??gitimes des anciens dieux du pays; les restes encore imposants de la vieille organisation f??odale de laempire, tout saopposait ? ce que les G??n??ralissimes saarrogeassent le titre et certaines pr??rogatives de la dignit?? imp??riale. Les syaugouns les plus puissants ??prouv?¨rent eux-m?ames le besoin daobtenir une sorte dainvestiture que les premiers all?¨rent recevoir ? Myako, r??sidence des mikados, et que les autres se firent donner solennellement, au nom de ces m?ames mikados, dans leur r??sidence effective[169]. Bien plus, ils crurent devoir demander au souverain l??gitime les titres et rangs nobiliaires quails reconnaissaient ? lui seul le droit de conf??rer, et ces titres, ils naos?¨rent souvent les r??clamer que de la fa?§on la plus humble et la plus modeste. Ta?ˉkau-sama est le seul qui ait ??t?? promu, comme je vous le dirai tout ? laheure, jusquaau quatri?¨me rang; en 1862, le syaugoun r??gnant ne poss??dait que le huiti?¨me rang, et le pr??sident du Go-rau diu ou chef du cabinet, na??tait arriv?? quaau quinzi?¨me.
M?ame sous laempire de laautorit?? syaugounale, la hi??rarchie de la cour imp??riale de Myako fut conserv??e ? peu pr?¨s compl?¨tement dans son int??grit??, et il ??tait admis que, dans le cas da??v??nement daune importance exceptionnelle, ca??tait par un Grand Conseil pr??sid?? par le mikado et compos?? des principaux dignitaires de la??tat que des r??solutions ex??cutoires pouvaient seulement ?atre prises[170]. Bien plus, dans ce Grand Conseil, le syaugoun ne pouvait occuper quaune place plus ou moins inf??rieure, d??termin??e par le rang auquel il avait ??t?? promu ? laavance. Apr?¨s le mikado, la seconde place ??tait r??serv??e ? ses fils ou filles majeurs, caest-? -dire ?¢g??s au moins de quinze ans r??volus;[171] la troisi?¨me aux enfants mineurs du souverain, la quatri?¨me aux ses-syau[172], r??gents ou descendants des anciens empereurs. Les petits-fils du mikado recevaient en naissant le treizi?¨me rang et arrivaient, en grandissant, ? ?atre promus jusquaau second. Il fut entendu que si la dynastie directe des successeurs de Zinmou venait ? sa??teindre, un des tiu-na-gon[173], ??lev?? au deuxi?¨me rang de sin-au, pourrait ?atre appel?? ? la succession. Enfin, au bout de la salle, rel??gu??s en quelque sorte comme dainfimes serviteurs, ??taient admis les koku-si[174], caest-? -dire les dix-huit grands dai-myau ou ?princes f??odaux[175]? dont on fait remonter laorigine au r?¨gne de Se?ˉmou (131 ? 191 de notre ?¨re). Les autres da?ˉmyaux na??taient pas admis au Grand Conseil, parce quails ??taient consid??r??s comme plac??s dans la d??pendance directe du syau-goun.
Les mikados, qui se succ??d?¨rent ? la??poque de la fondation du syaugounat avaient tous ??t?? ??lev??s ? la dignit?? imp??riale alors quails ??taient encore en bas ?¢ge, de sorte que laautorit?? souveraine passait tour ? tour dans les mains de tous les courtisans qui cherchaient ? profiter de la situation pour donner libre cours ? leurs men??es ??go?ˉstes et ambitieuses. Roku-de?′, proclam?? empereur ? deux ans (1166), fut d??pos?? deux ans apr?¨s (1167) par son grand-p?¨re Sirakava II;-Taka-kura monta sur le tr?′ne ? la?¢ge de huit ans (1169); son successeur An-toku, ? la?¢ge de trois ans (1181); les empereurs suivants, Toba II (1184) et Tuti-mikado (1199), laun et laautre, ? la?¢ge de quatre ans.
Les descendants de Yoritomo ne se montr?¨rent pas ? la hauteur de la mission que leur avait l??gu??e le chef de la dynastie syaugounale; bient?′t les fonctions de r??gent, devenues en quelque sorte h??r??ditaires dans la famille des H?′-de?′, qui ??taient ma??tres da??lire ou de d??poser les syaugouns, vint placer ces derniers dans une condition de d??pendance occulte, analogue ? celle qui avait ??t?? faite aux repr??sentants nominaux de laautorit?? imp??riale.
Caest durant cette p??riode quaeut lieu la premi?¨re tentative des Mongols de placer le Japon sous leur suzerainet??. Leur souverain, le fameux Koubila?ˉ-khan, envoya dans ce but plusieurs ambassades au Nippon, avec des lettres par lesquelles il r??clamait le tribut; mais, comme ces lettres ??taient con?§ues dans des termes hautains et insolents, il ne leur fut pas fait de r??ponse. Pour donner une sanction ? ses menaces, il envoya, en 1274, sur neuf cents vaisseaux, une arm??e de 33,000 hommes, dont 25,000 Mongols et 8,000 Cor??ens. Cette arm??e d??barqua ? la??le daIki, o?1 eut lieu un grand combat naval, dans lequel laun des deux g??n??raux qui la commandaient fut tu?? daun coup de fl?¨che. Les Mongols song?¨rent alors ? se retirer, mais leur flotte fut en partie d??truite par un de ces typhons si fr??quents dans les mers de laextr?ame Orient. Le g??n??ral des Cor??ens fut noy??, et treize mille hommes environ purent seuls regagner la Chine.
Laann??e suivante (1275) Koubila?ˉ envoya une nouvelle ambassade ? Kama-koura, avec la mission de r??clamer de nouveau le tribut. Le r??gent Toki-mune, pour toute r??ponse, fit trancher la t?ate au chef de la mission et laexposa aux regards du peuple. Quelques ann??es apr?¨s (1281), laempereur des Mongols ou Youen leva une nouvelle arm??e de 180,000 hommes qui atteignit le Japon en vingt-quatre jours. Cette arm??e poss??dait des catapultes et autres engins inusit??s jusquaalors, que le c??l?¨bre voyageur Marco Polo venait de faire conna??tre aux Tartares, ? la cour desquels il avait ??t?? accueilli. Cet armement nouveau et le nombre consid??rable des soldats qui avaient ??t?? r??unis pour cette circonstance, eussent probablement triomph?? du courage dont les Japonais firent preuve en pr??sence de cette invasion, si la mer des typhons ne leur avait encore une fois pr?at?? le secours du vent et des flots. Laexp??dition tout enti?¨re fut submerg??e, ? laexception de 3,000 combattants qui, faits prisonniers par les insulaires, furent imm??diatement mis ? mort, et de trois individus auxquels on fit gr?¢ce, pour quails pussent aller porter en Chine la nouvelle du d??sastre.
En 1334, Dai-go II, ??lev?? pour la seconde fois sur le tr?′ne, saeffor?§a de ressaisir la puissance imp??riale qui sa??tait ??chapp??e des mains de ses pr??d??cesseurs. Pour ?atre agr??able ? son ??pouse, il commit laimprudence daaccorder des titres et des fonctions nouvelles ? Taka-udi. Celui-ci en profita pour saassurer laappui de laarm??e et ne tarda pas ? se proclamer lui-m?ame grand syaugoun. Deux ans plus tard, il ??levait au tr?′ne de Myako un nouvel empereur du nom de Kwan-myau, tandis que Da?ˉ-go II, qui ??tait parvenu ? sa??chapper secr?¨tement, allait sa??tablir ? Yosino. Laempire japonais se trouva ainsi morcell?? en deux cours: celle du nord ou hoku-tyau et celle du sud ou nan-tyau. De la sorte, deux mikados r??gn?¨rent simultan??ment sur cet empire pendant une p??riode de cinquante-six ans (de 1336 ? 1392). La r??conciliation des deux empereurs ne profita qua? un certain Asi-kaga qui r??ussit, au milieu de la confusion g??n??rale o?1 se trouvait le pays, ? saassurer pour lui-m?ame la puissance h??r??ditaire du syaugounat, laquelle demeura dans sa famille jusquaen 1573.
Cette nouvelle p??riode nous pr??sente le tableau des guerres intestines les plus effroyables, auxquelles semblent vouloir participer de la fa?§on la plus confuse et la plus capricieuse, tous les da?ˉmyaux ou princes feudataires de laempire. Pendant ces guerres de tous les instants, non-seulement la majest?? imp??riale naest plus respect??e, mais les syaugouns, eux aussi, ne parviennent souvent point ? maintenir leur autorit??. Daun bout ? laautre de laarchipel, le sang coule pour la satisfaction de petits int??r?ats personnels: ce ne sont quaintrigues, vengeances, fourberies; le d??sordre, partout, est port?? ? ses derni?¨res limites.
Caest ??galement durant cette p??riode que les Portugais abord?¨rent pour la premi?¨re fois au Japon (1551), o?1 ils introduisent la pr??dication du Christianisme.
Un da?ˉmyau nomm?? Nobu-naga appara??t au milieu du XVIe si?¨cle; et, apr?¨s sa?atre m??nag?? de puissantes alliances, saengage au service des Asikaga, avec lesquels il finit par se mettre ouvertement en voie de r??bellion (1573). La m?ame ann??e, il marche ? la t?ate daune arm??e contre les troupes du syaugoun Yositoki. Celui-ci, ne se trouvant pas en ??tat de r??sister, se constitue prisonnier; et, apr?¨s avoir renonc?? au syaugounat, se fait raser la t?ate. Ses principaux partisans sont mis ? mort par ordre du vainqueur.
Sur ces entrefaites, un homme de basse extraction, que le hasard a fait bet-tau (palefrenier) de Nobounaga, parvient ? gagner la confiance de son ma??tre qui finit par la??lever au rang de g??n??ral de ses troupes. Cet homme, appel?? Hide-yosi, mais qui est plus g??n??ralement connu sous son nom posthume de Tai-kau sama, nah??sita pas, apr?¨s la mort de Nobounaga, ? supplanter les fils de son bienfaiteur, et, apr?¨s les avoir r??duits ? laimpuissance et laun daeux ? saouvrir le ventre, ? prendre en mains les r?anes du pouvoir. Devenu tout puissant dans laempire, il fut ??lev?? par le mikado ? la dignit?? de Kwan-baku, dignit?? qui ne fut jamais accord??e ? un autre syaugoun, et qui jusquaalors avait ??t?? exclusivement conf??r??e ? la famille princi?¨re des Fudivara. Il re?§ut en m?ame temps de laempereur le nom de Toyo-tomi.
Hid??yosi, sentant sa fin prochaine, et voulant assurer sa succession ? son fils Hide-yori, fian?§a cet enfant en bas ?¢ge avec la petite fille de Iy??yasou, laun des princes les plus puissants de laempire, et lui fit signer de son sang la promesse quaaussit?′t que Hid??yori aurait atteint sa treizi?¨me ann??e, il le ferait reconna??tre syaugoun par le mikado. Mais bient?′t Iy??yasou, qui aspirait ? laautorit?? souveraine, trouva un pr??texte pour se brouiller avec le fils de Ta?ˉkau. Il assi??gea le jeune prince dans son ch?¢teau daOhosaka et le fit p??rir dans laincendie quail y alluma.
Devenu, par ce meurtre, ma??tre de laautorit?? souveraine, Iye-yasu, ??galement connu sous le nom posthume de Gon-gen-sama, et qui appartenait ? la noble famille de Toku-gawa, fut le fondateur de la quatri?¨me et derni?¨re dynastie des syaugouns, laquelle gouverna le Japon pendant deux cent soixante-cinq ans, depuis le commencement du XVIIe si?¨cle jusqua? nos jours (1603-1868). Ce prince, daune haute intelligence politique, fit subir une transformation compl?¨te au Japon, dont il devint le ma??tre absolu, tout en laissant aux mikados le titre et laappareil de la majest?? souveraine. Y??do, qui na??tait avant lui quaun petit village, devint sa r??sidence; et, avec le concours de trois cent mille ouvriers, il y construisit le siro ou cit?? imp??riale, les vastes foss??s qui laentourent et les canaux qui donnent ? la capitale laaspect daune ville hollandaise. Iy??yasou promulgua non-seulement un Code de lois nouvelles, mais il r??gla jusque dans leurs moindres d??tails la mani?¨re de vivre des diff??rentes castes composant la soci??t?? japonaise.
Afin daassurer sa personne et ses successeurs contre toute tentative du mikado ? ressaisir laautorit?? effective, Iy??yasou ne se contenta pas daenfermer le successeur de laempereur Zinmou dans son palais de Miyako, avec une nombreuse garde, dont la pr??sence avait pour but avou?? de lui rendre les honneurs dus ? son rang supr?ame, mais qui, en r??alit??, avait pour mission daassurer sa captivit??; il ??tablit encore, dans cette capitale du sud, un gouverneur charg?? de veiller sur tous ses actes et de pr??venir au besoin, par la force, toute tentative da??mancipation. En m?ame temps, un des proches parents du mikado fut appel?? ? Y??do, pour y remplir les fonctions de grand-pr?atre et fournir, le cas ??ch??ant, au syaugoun un successeur imm??diat au mikado qui parviendrait ? lever la??tendard de la r??volte.
Quant aux princes f??odaux qui se partageaient laempire, il leur ??tait s??v?¨rement interdit daengager aucune esp?¨ce de relations avec la cour du mikado; il leur ??tait m?ame d??fendu de traverser cette ville et day s??journer. Ils ne pouvaient non plus se visiter les uns les autres, ni ?atre repr??sent??s par des agents ? leurs cours respectives. Chaque ann??e, ils devaient venir faire une visite ? laautocrate de Y??do; mais les ??poques de ces visites ??taient d??termin??es de fa?§on ? ce quails ne pussent jamais se rencontrer avec les princes dont les ??tats ??taient limitrophes des leurs. Enfin, durant leur absence de la capitale du Nord, ils ??taient oblig??s day laisser demeurer leur famille en guise daotages.
Iy??yasou est inscrit dans les annales du Japon, comme naayant r??gn?? que trois ans (1603-1605) avec le titre de Grand Syaugoun; mais, en r??alit??, sa domination sur laempire date de peu de temps apr?¨s la mort de Ta?ˉkau.
En 1605, Hide-tada, son fils, et, en 1623, Iye-mitu, son petit-fils, lui succ??d?¨rent. Laun et laautre se firent un devoir de continuer avec un z?¨le ??nergique et intelligent, la politique de lahabile fondateur de leur dynastie. Caest durant le r?¨gne de ce dernier quaeut lieu, ? Sima-bara (1638), laextermination des chr??tiens, dont 37,000 furent impitoyablement massacr??s, et laexpulsion de tous les ??trangers, ? laexception des Hollandais qui, en r??compense du concours quails avaient donn?? au syaugoun pour d??truire le christianisme dans ses ??tats, jouirent du privil?¨ge exclusif de commercer avec le Japon. Les Hollandais naobtinrent cependant pas la facult?? de parcourir le pays, et ils furent en quelque sorte emprisonn??s dans le petit ??lot de D??-sima, sur la baie de Nagasaki, que laautocrate de Y??do fit construire pour leur r??sidence. Lahistoire raconte que cet ??lot pr??sente laaspect daun ??ventail, le syaugoun, consult?? sur la forme quail fallait donner ? sa construction, sa??tant content?? pour toute r??ponse de montrer laobjet quail tenait en ce moment ? la main. Laexclusion des autres Europ??ens ne souffrit point daautre exception; et lorsque laEspagne envoya peu apr?¨s une ambassade ? Nagasaki, le chef de la mission et les soixante personnages qui laaccompagnaient furent d??capit??s et expos??s sur la place publique (1640).
Sous le r?¨gne de ces deux princes et de leurs successeurs, le syst?¨me de police et daespionnage organis?? par Hid??yosi, acquit encore de nouveaux d??veloppements. Caest ce qui a fait dire que le Japon ??tait divis?? en deux parties, dont laune ??tait charg??e de surveiller laautre. Toujours est-il que jusqua? la r??volution de 1868, aucun fonctionnaire public ne pouvait circuler sans se faire accompagner par son o me-tuke ?celui qui a la?il?, ou par son ?ombre?, pour me servir de laexpression employ??e par les Europ??ens pour d??signer les espions officiels des officiers japonais. En 1862, lors de laarriv??e en Europe de la premi?¨re ambassade du syaugoun, non-seulement toutes les classes daattach??s de la mission, y compris les domestiques, avaient sans cesse un om??tsouk?? en leur compagnie, mais les deux ambassadeurs avaient ??galement le leur, qui participait ? leur rang et sans lequel ces derniers naauraient pas os?? accomplir un acte quelconque.
Les princes qui prirent, par la suite, la succession de Iy??yasou, ne se montr?¨rent g??n??ralement pas ? la hauteur de la charge quails avaient re?§ue en h??ritage, et leur puissance ne tarda pas ? p??ricliter. Lorsque les Am??ricains tent?¨rent, en 1852, pour la premi?¨re fois daune mani?¨re s??rieuse, daouvrir les ports du Japon au commerce ??tranger, le syaugoun r??gnant alors, Iye-yosi naavait d??j? plus entre les mains quaune faible partie de laautorit?? supr?ame qui ??tait pass??e insensiblement entre les mains de son Conseil. Nous verrons plus tard comment il se trouva impuissant ? r??sister ? lainvasion ??trang?¨re, et comment lui et ses successeurs rendirent possible la grande r??volution de 1868 qui restitua la souverainet?? effective aux mikados, successeurs l??gitimes de laempereur Zinmou.