Genre Ranking
Get the APP HOT

Chapter 6 LES GRANDES POQUES

DE LaHISTOIRE DE CHINE

DEPUIS LE SI?CLE DE CONFUCIUS

JUSQUaA LA RESTAURATION DES LETTRES

SOUS LES HAN

E si?¨cle de Confucius fut un des grands si?¨cles de lahistoire morale et intellectuelle de lahumanit??. Il vit para??tre en Chine le philosophe Laotsze, dans laInde le bouddha ??¢kya-Mouni, ? peu pr?¨s en m?ame temps que Zoroastre allait chercher dans des pays inconnus les pr??ceptes daune foi nouvelle, et Pythagore, en ?gypte, lainitiation, ? la suite de laquelle il fonda la c??l?¨bre ?cole Italique.

Je ne vous pr??sente point ces synchronismes dans le but daen tirer la conclusion que tous ces c??l?¨bres instituteurs ont puis?? leurs id??es ? une source commune. Si, avec quelque apparence de v??rit??, on a pu ??noncer lahypoth?¨se que Laotsze avait tir?? sa doctrine du m?ame courant philosophique o?1 ?akya-Mouni avait trouv?? lainspiration premi?¨re de la sienne[129], caest sans raison quaon a dit que Confucius avait pu profiter des enseignements de la Gr?¨ce et saapproprier les th??ories de Pythagore et les pr??ceptes du proph?¨te Ez??chiel[130]. Lahistoire de la vie du philosophe chinois et laitin??raire de ses voyages, qui ne laont jamais port?? en dehors des fronti?¨res de la Chine, sont trop bien connus pour quaon soit en droit de supposer quail ait jamais rien su des opinions morales et politiques cultiv??es chez les peuples ??trangers. Son ?uvre ne lui est pas exclusivement personnelle, bien loin de l? ; mais tous ses emprunts, il les a faits aux vieilles traditions de son pays. De sorte quaon peut affirmer sans crainte que son ?uvre est essentiellement chinoise. Caest ce qui fait, sans doute, quaelle a surv?acu ? vingt si?¨cles de r??volutions, dans un des plus vastes empires quaait connus lahistoire, et est rest??e, de nos jours encore, debout et florissante au milieu du groupe ethnographique le plus dense, le plus populeux qui se soit conserv?? sur la surface du globe.

Confucius, caest la Chine ancienne et moderne personnifi??e dans un seul homme. Cet homme naa certainement pas ??t?? le g??nie le plus original, le penseur le plus profond, le philosophe le plus p??n??trant, le narrateur le plus aimable quaait enfant?? laimmense r??gion o?1 coule le fleuve Jaune. Loin de l? ; son g??nie ne saassimila quaavec peine celui qui avait plan?? sur laempire aux m??morables ??poques ant??rieures ? la dynastie des Tcheou (1134 avant notre ?¨re); sa pens??e ne sut point sa??lever au-dessus du domaine du bon sens le plus vulgaire; sa philosophie ne saengagea, pour ainsi dire, jamais dans les r??gions p??rilleuses de la m??taphysique, et ne se pr??occupa gu?¨re plus de la physique; ses connaissances, en somme, furent des plus modestes, et sa faible imagination ne lui permit quaapr?¨s de p??nibles efforts de comprendre quelque chose ? la musique, sans quail lui f??t jamais donn?? daatteindre ? la hauteur de la po??sie. Ce serait ? tort quaon appellerait Confucius philosophe, si laon entendait donner ? ce mot une signification sup??rieure ? celle que fournit son ??tymologie. Il fut un sage, un moraliste, tant soit peu un ??conomiste; en tenant compte de la??poque o?1 il v??cut, caest assez dire pour sa gloire, et je ne vois pas laavantage de lui attribuer des qualit??s quail naeut point, et dont la??nonciation enthousiaste, par la bouche de maint historien, naa eu pour effet que de fausser lahistoire et de d??naturer le caract?¨re daune ?uvre toute de paix et da??ducation publique.

Tout autre fut Laotsze, son contemporain[131]. Laotsze ne nous est connu que par un ouvrage mutil??, fort obscur, en certains endroits inintelligible. Cet ouvrage, intitul?? Tao-teh-king ?Le livre de la Voie et de la Vertu?[132], naen a pas moins suffi pour assurer ? son auteur une c??l??brit?? exceptionnelle, et pour donner naissance ? une secte nombreuse, ? certaines ??poques omnipotente, et au sein de laquelle se sont ??lev??s, da?¢ge en ?¢ge, des philosophes daune incontestable valeur.

Les difficult??s inh??rentes au texte du Tao-teh-king sont telles que, sur bien des points essentiels, il naest pas possible de savoir au juste ? quoi saen tenir au sujet des id??es de Laotsze; mais on peut en comprendre suffisamment pour entrevoir au moins les traits caract??ristiques de sa doctrine.

Confucius croyait ? la perfection dans la nature et dans lahomme: il admettait quaen se conformant ? la nature, lahomme pouvait ?atre heureux. Laid??e de la perfection originelle de lahomme, profond??ment enracin??e dans son esprit, est laobjet daune maxime enseign??e dans toutes les ??coles o?1 laon garde religieusement le culte de sa m??moire: ?La nature de lahomme est bonne en principe? (Jin-seng pen chen).

Au contraire, Laotsze, comme le bouddha ??¢kya-Mouni, naa pas foi dans la destin??e de lahomme, dont il consid?¨re laactivit?? comme un supr?ame malheur. A lainverse du philosophe Fichte, il enseigne que la supr?ame vertu consiste dans le ?non-agir?. Caest en se soumettant au principe de lainaction quaon se conforme ? la Loi ??ternelle (tchang tao). Laindividu naest rien quaun instrument de cette loi qui est la Fatalit?? absolue; et, comme la raison de cette fatalit?? est incompr??hensible pour lahomme, son devoir est de ne rien faire, car toute action, toute pens??e m?ame, est inutile, partant nuisible et coupable, puisquaelle ne peut saassocier ? la Voie Supr?ame dans laquelle est entra??n??, inconscient, launivers tout entier. Caest quand lahomme est arriv?? ? ne plus ?atre distinct de la Loi Eternelle par laannihilation de son individualit?? quail atteint la supr?ame perfection, laquelle consiste ? se confondre lui-m?ame dans cette Loi Eternelle, qui ressemble ??tonnamment ? ce que les bouddhistes appellent le nirv?¢na.

Confucius, voyant la d??cadence des m?urs de son pays,-et la corruption dont la cour des Tcheou donnait le fatal exemple au peuple chinois,-se crut pr??destin?? au r?′le de r??formateur. Il parcourut plusieurs parties de laempire pour ??tudier les m?urs et les besoins des populations; puis, comme il trouva n??cessaire de baser ses enseignements sur une autorit?? non encore compl?¨tement oubli??e des masses, il saattacha ? rechercher les pr??ceptes ??crits de la morale antique, et les rites que les anciens rois avaient adopt??s pour faciliter laapplication de ces pr??ceptes. A la mort de sa m?¨re, il voulut accomplir, de point en point, les c??r??monies que la sagesse des premiers rois avait prescrites pour les fun??railles. Le spectacle solennel de ces c??r??monies, oubli??es depuis longtemps, impressionna ? un haut degr?? les Chinois qui, depuis lors jusqua? notre ??poque, ne cess?¨rent plus de say conformer de la fa?§on la plus rigoureuse.

La vie aust?¨re du grand moraliste appela sur lui laattention de plusieurs des princes qui r??gnaient alors sur diverses parties de la Chine. Appel?? ? leur cour, il y fut accueilli avec les plus grands honneurs, et re?§ut des charges quail accepta parfois dans laespoir de profiter de son autorit?? pour r??former les abus. Mais, le plus souvent, ces princes, tout en lui t??moignant la plus haute estime, continu?¨rent ? vivre dans le luxe et la d??bauche. La rigidit?? de sa doctrine le mit souvent en butte ? la pers??cution, et peu saen fallut quail ne f??t mis ? mort, en ch?¢timent de laind??pendance des repr??sentations quail ne craignait pas daadresser aux rois et aux grands.

D??go??t?? de la vie publique, ? la?¢ge de soixante-huit ans, il rentra dans le royaume de Lou, sa patrie, et se livra d?¨s lors sans rel?¢che ? la r??vision des Livres Canoniques de la Chine antique, dont il avait recueilli des fragments dans ses voyages, et surtout dans les archives de la grande biblioth?¨que imp??riale des Tcheou. A ses derniers moments, il confia ces livres canoniques ? ses disciples qui les transmirent ? la post??rit?? sous le nom de King.

Laexistence de Laotsze nous est d??peinte sous des couleurs qui contrastent, de la fa?§on la plus tranch??e avec celle de Confucius. Loin daaller au-devant des masses, de rechercher leur confiance, daambitionner une popularit??, quelque l??gitime quaelle ait pu ?atre, Laotsze cherche ? vivre dans laisolement, ne saentoure point de disciples, ne re?§oit quaavec regret les visiteurs qui viennent lui demander des le?§ons, et se montre toujours indiff??rent ? laopinion du monde. Lorsquaun jour Confucius se d??cide ? laaller voir dans sa retraite, il le re?§oit froidement, lui reproche laorgueil quail fonde sur la foule des admirateurs dont il se laisse entourer, et le cong??die apr?¨s naavoir donn?? ? ses questions que des r??ponses br?¨ves et ??vasives.

Confucius et Laotsze naen ont pas moins ??t?? les deux plus grands instituteurs de la Chine, et leur doctrine naa jamais cess?? day compter de nombreux sectateurs, m?ame depuis la??poque o?1 la foi du bouddha ??¢kya-Mouni est devenue la religion officielle de laEmpire. Il est juste de reconna??tre, cependant, que la morale essentiellement pratique de Confucius y a implant?? plus profond??ment ses racines que la philosophie abstraite de Laotsze. Confucius, en fondant ses enseignements sur les antiques doctrines des premi?¨res dynasties, r??pondait aux besoins de la nation chinoise, jalouse de trouver dans le pass?? la raison da?atre de son autonomie nationale. Les Fils du Ciel eux-m?ames avaient tout int??r?at ? saappuyer sur les principes de son ?cole, pour consolider leur autorit?? supr?ame. Il fallait un homme aussi audacieux que le fut Tsin-chi Hoang-ti, ce g??nie puissant et orgueilleux de la r??volution chinoise au IIIe si?¨cle avant notre ?¨re, ce c??l?¨bre pers??cuteur des lettr??s et ce constructeur de la Grande-Muraille, pour r??pudier les enseignements de Confucius et leur pr??f??rer, non point la philosophie de Tao-teh-king, comme on laa trop souvent r??p??t??, mais les pratiques extravagantes et d??sordonn??es de la congr??gation des Taosse. Les tao-sse se donnent comme les disciples de Laotsze; mais rien naest aussi contraire ? la pens??e de ce grand ma??tre que leur culte, dans lequel se sont infiltr??es toutes les pratiques de la plus grossi?¨re idol?¢trie, alli??e ? laexercice de la magie et de la sorcellerie. La faveur dont ils furent laobjet, sous le r?¨gne de Tsinchi Hoangti, vint de ce que le prince, dont le nom signifie le Souverain supr?ame premier de sa race, voulait, ? tout prix, effacer les souvenirs des ?¢ges qui laavaient pr??c??d??; ce qui laobligeait ? proscrire la lecture des livres de Confucius, o?1 ces ?¢ges ??taient exalt??s, glorifi??s. Les Tao sse eurent encore quelques jours de faveur, sous la dynastie de Tang (618 ? 906 de notre ?¨re), gr?¢ce ? la supercherie au moyen de laquelle ils persuad?¨rent ? laempereur quail descendait du philosophe Laotsze. Mais, sous la dynastie mongole, ils se virent pers??cut??s, poursuivis, et leurs livres condamn??s ? la destruction. Depuis lors, ils ont pu reconqu??rir une certaine somme de libert??, mais ils naont jamais cess?? da?atre surveill??s par le gouvernement chinois, qui a tenu ? les isoler, autant que possible, dans les enceintes ??troites de leurs monast?¨res et de leurs couvents[133].

Laotsze, sail naa pas eu de disciples durant sa vie, naen a pas moins fond??, en dehors du tao-ss??isme vulgaire et grossier, une ??cole philosophique o?1 se sont distingu??s des penseurs et des ??crivains remarquables ? plus daun titre. Il naentre pas dans le cadre exigu de cette conf??rence, da??num??rer m?ame les noms les plus distingu??s de cette ??cole. Je me bornerai ? citer les deux plus anciens, qui sont daailleurs les plus c??l?¨bres.

Lieh Yu-keou, commun??ment appel?? Lieh-tsze, est un des plus fameux philosophes de la??cole de Laotsze. Il vivait au IVe si?¨cle avant notre ?¨re; on lui doit un livre intitul?? Tchoung-yu tchin king, qui naa encore ??t?? laobjet daaucune traduction, daaucune notice analytique.

A la m?ame ??poque parut le c??l?¨bre Tchouang-tsze, qui composa un ouvrage intitul?? Nan hoa king ?le Livre sacr?? de la Fleur du Sud?.[134] En t?ate de cet ouvrage, se trouve un chapitre intitul?? Siao-yao-yeou, que laon consid?¨re comme une des productions les plus remarquables et les plus singuli?¨res de cette branche de la litt??rature chinoise[135].

Ce naest qua? une ??poque plus moderne, et ? la suite de la grande r??volution op??r??e par Tsinchi Hoangti, que laon rencontre, dans les ouvrages de cette secte, des dissertations sur les sciences occultes, la magie, les divinit??s c??lestes et infernales, le breuvage de laimmortalit??, etc.

La philosophie de Confucius, si elle ne d??c?¨le pas une somme de sp??culation intellectuelle ??gale ? celle qui a donn?? naissance ? la?uvre de Laotsze et de quelques-uns de ses successeurs, a eu du moins laavantage de ne jamais provoquer le d??vergondage qui saest maintes fois donn?? libre carri?¨re dans les productions des auteurs taosseistes. Le bon sens, qui fut le guide fid?¨le du grand moraliste de Lou, fut aussi lainspirateur des ??crits de son ??cole. Un de ses plus illustres repr??sentants, Meng-tsze, connu des Europ??ens sous le nom latinis?? de ?Mencius?, et contemporain des philosophes taosseistes, Liehtsze et Tchouangtsze, consigna ses id??es relatives ? laorganisation sociale et ? la??conomie politique dans un livre qui, par son anciennet?? et sa valeur, a m??rit?? da?atre compt?? parmi les Quatre livres classiques des Chinois (Sse chou). Mencius avait ??t?? disciple de Tsze-sse, lui-m?ame disciple et petit-fils de Confucius, et auteur du Tchoung-young, second des Quatre livres que je viens de mentionner. Mengtsze croit que lahomme est bon par nature; mais que, dou?? du libre arbitre, il a besoin da?atre dirig?? pour ne pas corrompre les qualit??s qui, d?¨s sa naissance, existent en lui ? la??tat rudimentaire.

A la??poque o?1 se produisit le grand mouvement intellectuel auquel saattachent les noms de Confucius et de Laotsze, la Chine, dont la??tendue ??tait beaucoup plus restreinte quaelle ne laest aujourdahui, se trouvait morcell??e en plusieurs petits ??tats, au milieu desquels ??tait enclav?? le maigre empire suzerain des Tcheou. Lainsuffisance des derniers princes de cette dynastie, la corruption qui r??gnait ? leur cour, resserraient sans cesse les ??troites fronti?¨res de cet empire. A la??poque daAlexandre le Grand (312 av. notre ?¨re), il ne sa??tendait pas, du c?′t?? du nord, au del? des rives du fleuve Jaune, et naatteignait d??j? plus, du c?′t?? du sud, celles du Kiang.

Tandis que laempire des Tcheou, rong?? par toutes les d??bauches et toutes les d??pravations, allait saamoindrissant de jour en jour, les ??tats feudataires relevant de cet empire devenaient de moins en moins nombreux, ? laavantage de celui de Tsin qui dominait d??j? sur un cinqui?¨me de la Chine. Nan-wang, souverain des Tcheou, comprenant enfin les projets ambitieux de Siang-wang, roi de Tsin, ordonna ? tous les princes quail consid??rait comme ses vassaux, de prendre les armes contre ce puissant ennemi. Mais bient?′t, saisi lui-m?ame de terreur, il alla se constituer prisonnier de son rival quail reconnut pour son ma??tre, apr?¨s lui avoir c??d?? les trente-six derni?¨res villes qui ??taient rest??es en son pouvoir. Ainsi finit la dynastie des Tcheou, laan 256 avant notre ?¨re.

Nous ne nous occuperons pas ici du r?¨gne ??ph??m?¨re des rois de Tsin que lahistoire place en t?ate de la dynastie de ce nom, et nous arriverons de suite ? la??poque m??morable de Tsin-chi Hoang-ti, qui fut en r??alit?? le premier empereur de cette dynastie, et m?ame le prince qui la r??sume tout enti?¨re. Ce puissant g??nie, que quelques auteurs ont compar?? ? Napol??on Ier et qui sut ??lever pour la premi?¨re fois la Chine ? la hauteur daun grand et puissant empire autonome, voulait, dans son orgueil, que lahistoire commen?§?¢t avec lui, que ses successeurs ne portassent plus pour nom quaun num??ro daordre daune s??rie unique dont il aurait occup?? la t?ate, et quaen cons??quence tout le pass?? f??t enseveli dans un ??ternel oubli. Caest en partant de ces id??es quail d??cr??ta laincendie des livres sacr??s recueillis par Confucius et par ses disciples, ainsi que tous les ouvrages historiques qui ??taient alors dans laempire. Ses pers??cutions contre les lettr??s lui valurent la haine implacable de presque tous les hommes qui, depuis son ??poque, se livr?¨rent en Chine ? la culture des lettres. Lahistoire de ce prince a sans doute ??t??, de la sorte, profond??ment alt??r??e; et il para??t ??vident que, si ses crimes ont ??t?? soigneusement enregistr??s, la haine et une certaine somme de calomnie se sont efforc??es daamoindrir la m??moire de ses hautes capacit??s politiques et militaires. Les annalistes chinois vont jusqua? pr??tendre quail naappartenait pas ? la race des princes de Tsin. Un riche marchand du pays de Tchao aurait con?§u laambitieux projet de faire monter au tr?′ne un enfant de son sang, et, dans ce but, se serait procur?? une esclave daune extr?ame beaut?? quail aurait fait accepter pour ??pouse ? I-jin, h??ritier du prince de Tsin, apr?¨s laavoir fait s??journer quelques jours sur sa couche.

Ce r??cit para??t daautant plus apocryphe que la m?¨re de Tsinchi Hoangti, au dire des m?ames chroniqueurs, ne lui donna le jour quaapr?¨s une grossesse de douze mois. Quoiquail en soit, ce prince sut conqu??rir, tant par la force de ses armes que par ses stratag?¨mes et ceux de son fameux ministre Li-sse, les sept ??tats f??odaux qui se partageaient alors la Chine. Devenu seul ma??tre de tout laempire, il saarrogea le titre de Hoang-ti ?le supr?ame Empereur?, quaaucun prince naavait os?? saattribuer avant lui, et se fit redouter au-del? de ses fronti?¨res, au nord-ouest par les Hioung-nou quaun de ses g??n??raux se chargea de tailler en pi?¨ces, au sud-est par des victoires qui lui assur?¨rent la domination des pays barbares o?1 sont situ??es aujourdahui les provinces du Kouangtoung et du Kouangsi.

Le succ?¨s ??clatant de ses armes, la grandeur de son empire, le luxe de sa cour o?1 il avait r??uni les tr??sors enlev??s aux palais des princes quail avait d??poss??d??s, laob??issance servile quail ??tait s??r de rencontrer sur son passage, tout ??tait fait pour exalter son orgueil et le confirmer dans la pens??e que jamais la Chine naavait eu un souverain digne de lui ?atre compar??. Quelques lettr??s cependant ne craignirent pas de provoquer, ? plusieurs reprises, sa col?¨re en lui faisant des repr??sentations et des remontrances de nature ? rabaisser la haute id??e quail avait con?§ue de ses m??rites et de ses perfections. Les ch?¢timents terribles qui furent presque toujours la suite de ces actes daaudacieuse ind??pendance ne d??courag?¨rent pas les lettr??s qui pers??v??raient avec une constance infatigable dans la voie o?1 ils sa??taient engag??s. Ces remontrances sans cesse renouvel??es finirent par exasp??rer ? un tel degr?? le puissant monarque, qua? la suite daun grand banquet offert, ? lainstar des fondateurs des premi?¨res dynasties, aux grands de sa cour et ? soixante lettr??s de premier ordre, il d??cr??ta, sur la proposition de son ministre Lisse, laincendie de tous les livres sacr??s et historiques qui pouvaient exister dans son empire, et des punitions s??v?¨res pour ceux qui chercheraient ? les sauver de laan??antissement (en 213 av. n. ?¨.). Et, pour que les lettr??s que cet ??dit exasp??rait naeussent pas le temps de susciter des troubles, il ordonna, peu apr?¨s, que tous les m??contents et ceux quaon pouvait supposer tels fussent employ??s ? la construction de la grande muraille quail fit ??lever au nord de ses ??tats pour mettre obstacle aux invasions des Tartares. Trois cent mille hommes, sous les ordres du g??n??ral Mong-tien, furent charg??s de surveiller ceux qui avaient ??t?? envoy??s pour travailler ? cette construction et pour ch?¢tier, au besoin, toute tentative daindiscipline et de r??volte quaon pourrait provoquer parmi eux. Quelque temps auparavant, les lettr??s de la capitale, appel??s ? donner leur opinion sur laid??e de Lisse sa??tant trouv??s daaccord pour la bl?¢mer ??nergiquement, furent d??clar??s coupables du crime de l?¨se-majest??: quatre cent soixante daentre eux furent condamn??s ? ?atre enterr??s vifs, et on naen trouva pas un seul qui, au moment du supplice, consent??t ? racheter sa vie au prix daune d??claration contraire ? celle quail avait faite aux ??missaires du puissant ministre.

On a consid??rablement exag??r?? les cons??quences du d??cret de Chi Hoangti qui ordonnait la destruction par le feu de certains livres de laantiquit?? chinoise. Ce d??cret ne pouvait aboutir au r??sultat quaavait fait esp??rer ? laautocrate chinois le ministre Lisse; et, parmi les livres qui furent br??l??s, les ouvrages de Confucius, quaon avait surtout laintention daan??antir, se sont ? peu pr?¨s tous retrouv??s apr?¨s la mort du tyran, qui eut lieu daailleurs trois ann??es apr?¨s la promulgation de la??dit incendiaire. Ainsi que laa fait justement remarquer un ??crivain de la??poque des Soung nomm?? Tching Kiah-tsa?ˉ, ce ne sont pas les Tsin qui ont an??anti les anciens livres disparus dans la proportion de 98 ? 99 sur 100: ce sont les lettr??s eux-m?ames qui les ont perdus!

A la mort de Tsinchi Hoangti, toutes les femmes de ce prince qui ne lui avaient pas donn?? daenfant furent condamn??es ? le suivre dans la tombe, ainsi quaun grand nombre de guerriers qui furent enterr??s vifs ? ses c?′t??s. Les intrigues daun eunuque du palais, nomm?? Tchao-kao, firent monter sur le tr?′ne le second fils du monarque, au d??triment de son fils a??n?? quail avait envoy?? en exil pour sa?atre permis quelques repr??sentations au sujet de sa mani?¨re despotique de gouverner le peuple. Ce jeune prince qui prit, suivant la volont?? quaavait exprim??e son p?¨re, le nom de ?ll-chi Hoang-ti ?le supr?ame empereur no 2?, passa dans la d??bauche les trois ann??es de son r?¨gne, durant lequel laempire commen?§a ? se d??membrer de tous c?′t??s. Laeunuque Tchaokao, redoutant que le ministre Li-sse f??t un obstacle ? ses desseins ambitieux, le d??non?§a au jeune prince comme coupable de haute trahison. Laempereur chargea laeunuque de le juger lui-m?ame et de le condamner: la sentence ne se fit pas attendre, et le fameux conseiller de Chi Hoangti fut coup?? en morceaux sur la place publique. Peu de temps apr?¨s, laeunuque Tchao-kao donnait la mort ? laempereur, qui lui demandait en vain gr?¢ce de la vie et une petite seigneurie, en ??change de laempire dont il lui abandonnait la souverainet??. Laeunuque appela sur le tr?′ne le fr?¨re a??n?? de laempereur quail avait d??poss??d?? lui-m?ame quelques ann??es auparavant. Le nouveau souverain, persuad?? du sort qui laattendait, sail ne parvenait pas ? se d??faire du tout-puissant eunuque que son pr??d??cesseur avait ??lev?? ? la dignit?? du premier ministre, r??ussit ? laassassiner par ruse au moment o?1 celui-ci lui faisait les salutations dausage. Apr?¨s quarante-cinq jours de r?¨gne, apprenant que deux arm??es des rebelles saavan?§aient ? grands pas vers sa capitale, il descendit volontairement du tr?′ne, et remit les insignes de la souverainet?? imp??riale entre les mains de Licou-pang, fondateur de la nouvelle dynastie des Han. Sur ces entrefaites, un autre chef de r??volt??s d??truisit le palais, entra dans la capitale des Tsin, tua laempereur de sa propre main, fit mettre ? mort tous les membres de sa famille, et ne se retira quaapr?¨s avoir fouill?? les tombeaux de ses pr??d??cesseurs et jet?? leurs cendres au vent.

Ainsi sa??teignit la courte et ??tonnante dynastie des Tsin, qui avait occup?? le tr?′ne imp??rial de Chine pendant quarante-neuf ans (de 255 ? 206 av. n. ?¨.).

La grande dynastie des Han, qui dura 470 ann??es (de 206 av. n. ?¨. ? 264 apr. n. ?¨.), eut comme je laai dit, pour fondateur, un soldat heureux nomm?? Lieou-pang, qui figure dans la liste des empereurs de la Chine sous le nom de Kao-hoang-ti ?le grand Empereur supr?ame?. Sous son successeur, Hoe?ˉ-ti (de 194 ? 188 av. n. ?¨.), le d??cret contre la conservation des anciens livres fut r??voqu??. On saoccupa aussit?′t ? rechercher les manuscrits qui avaient pu ??chapper aux prescriptions incendiaires du ministre Li-sse, et tous les lettr??s se livr?¨rent avec une ardeur infatigable ? cette grande ?uvre de restauration que la nouvelle dynastie consid??rait comme une des gloires les plus solides quail lui ??tait r??serv?? daobtenir aux yeux de la post??rit??.

La restauration des lettres, sous la dynastie des Han, fut d??finitivement accomplie par le quatri?¨me souverain qui m??rita, ? ce titre, le nom de Wen-ti, ?LaEmpereur de la litt??rature?. Sous son r?¨gne, on inventa le papier, laencre et les pinceaux ? ??crire, et on renon?§a ? lausage des tablettes de bambou sur lesquelles on avait jusquaalors lahabitude de graver les caract?¨res.[136] Ce prince r??duisit en outre de moiti?? les imp?′ts, et fit refleurir laagriculture qui avait ??t?? ruin??e pendant les guerres incessantes de la dynastie des Tsin. Bient?′t apr?¨s on rouvrit les ??coles, et la doctrine de Confucius fut de nouveau laobjet daun enseignement public. Quatre si?¨cles et demi plus tard les premiers livres de la doctrine du grand moraliste de Lou ??taient apport??s pour la premi?¨re fois au Japon, o?1 une f?ate fut institu??e en son honneur par ordre du mikado, laan 701 de notre ?¨re.

Previous
            
Next
            
Download Book

COPYRIGHT(©) 2022