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Chapter 3 LES ORIGINES HISTORIQUES

DE

LA MONARCHIE JAPONAISE

ES historiens indig?¨nes font remonter la fondation de la monarchie japonaise au VIIe si?¨cle avant notre ?¨re[29]; et, ? partir de cette ??poque, ils nous pr??sentent une suite non interrompue de r?¨gnes et da??v??nements rapport??s chronologiquement. Ce naest pas l? une antiquit?? fort recul??e; mais cette antiquit?? est respectable, si laon songe que le Japon naa pas cess?? daexister depuis lors comme nation autonome, et quaen somme, on trouverait sans doute difficilement, dans lahistoire, un autre exemple daun empire qui ait v??cu plus de 2,500 ans, sans avoir jamais subi le joug daune puissance ??trang?¨re. La?gypte et la Chine sont les ??tats qui ont le plus dur?? dans lahistoire; mais ces ??tats ont maintes fois perdu leur ind??pendance: la?gypte, de nos jours, appartient ? des conqu??rants turcs; la Chine, ? des conqu??rants mandchoux. Le Japon naa jamais cess?? daappartenir aux Japonais. Les Japonais sont peut-?atre, dans les annales du monde, le seul peuple qui naait eu quaune seule dynastie de princes[30], le seul peuple qui naait jamais ??t?? vaincu.

Laauthenticit?? des annales japonaises ant??rieures au IIIe si?¨cle apr?¨s notre ?¨re a ??t?? contest??e. On a fait observer que la??criture naexistait pas au Japon avant le mikado O-zin (270 ? 312 de J.-C.), et que, par cons??quent, lahistoire naavait pu ?atre ??crite que post??rieurement au r?¨gne de ce prince; on a ??mis des doutes sur les empereurs mentionn??s avant les premi?¨res relations historiques du Japon avec la Chine, par ce fait que les noms de ces empereurs ??tant tous des noms chinois avaient ??t?? n??cessairement invent??s apr?¨s coup; on a dit que le plus ancien livre historique du Nippon, le Kiu-zi ki ?M??morial des choses anciennes?, compos?? sous le r?¨gne de Sui-kau (595-628 apr?¨s notre ?¨re), avait ??t?? perdu dans laincendie daun palais o?1 il ??tait conserv??, et que la plus vieille histoire qui soit parvenue jusqua? nous, dat??e de laan 712, avait ??t?? ??crite sous la dict??e daune femme octog??naire, ? laquelle le mikado Tem-bu laavait transmise verbalement; on a signal??, enfin, dans le r??cit des r?¨gnes contest??s, des invraisemblances de nature ? les rendre suspects ? plus daun ??gard.

Jaexaminerai rapidement la valeur de ces divers genres daobjections soulev??es contre la v??racit?? des annales japonaises primitives.

Il est g??n??ralement admis par les japonistes que la??criture chinoise ??tait ignor??e au Japon avant le r?¨gne daO-zin, fils et successeur de la c??l?¨bre imp??ratrice Zin-gu, conqu??rante de la Cor??e et surnomm??e la S??miramis de laExtr?ame-Orient. Laintroduction de cette ??criture, chez les Japonais, est attribu??e ? un certain lettr?? cor??en, de laEtat de Paiktse, nomm?? Wa-ni, qui apporta quelques ouvrages chinois ? la cour du mikado, en laan 285, et y fut nomm?? pr??cepteur des princes du sang[31]. Un savant russe a trouv??, dans le fait m?ame de cette nomination de Wa-ni comme instituteur des fils du mikado, une raison pour croire que la langue chinoise naavait rien dainsolite pour les Japonais de cette ??poque[32]. Il est, en tout cas, tr?¨s probable que les relations du Nippon avec la Cor??e, ant??rieurs au r?¨gne daOzin, avaient d??j? fait conna??tre la civilisation chinoise aux insulaires de laAsie orientale; les historiens indig?¨nes nous fournissent, daailleurs, des renseignements qui ne sont pas absolument d??pourvus de valeur pour consolider cette opinion. Laexp??dition que Tsin-chi Hoang-ti, de la dynastie de Tsin, le c??l?¨bre pers??cuteur des lettr??s et le constructeur de la Grande-Muraille, envoya au Japon pour y chercher le breuvage de laimmortalit??, appartient surtout ? la mythologie. Cette exp??dition est cependant mentionn??e dans quelques historiens japonais. Le m??decin Siu-fouh (en jap. Zyo-fuku) qui la dirigeait, naayant pu r??ussir, disent-ils, ? r??aliser les esp??rances du despote chinois, jugea prudent de ne plus retourner dans son pays: il se fixa au Nippon, et y mourut pr?¨s du mont Fouzi; apr?¨s sa mort, les indig?¨nes b?¢tirent ? Kuma-no, dans la province de Ki-i, un temple en son honneur, sans doute en m??moire des services quail avait rendus aux insulaires en leur faisant conna??tre les sciences et les lettres de la Chine. Si cette exp??dition doit ?atre rel??gu??e dans le domaine de la fable, il naen est pas de m?ame de laambassade envoy??e au mikado Sui-zin, par le roi daAmana, laun des ??tats qui composaient la conf??d??ration cor??enne. Cette ambassade arriva au Japon dans laautomne, au septi?¨me mois de laann??e 33 avant notre ?¨re, apportant avec elle des pr??sents pour la cour[33]. Voil? donc les Japonais en relation avec la Cor??e, plus de trois si?¨cles avant laarriv??e de Wa-ni auquel on attribue, comme je laai dit tout ? laheure, laintroduction de la??criture chinoise au Japon. Et comment croire que le Japon soit rest?? jusque-l? dans laignorance des progr?¨s r??alis??s par les Chinois, quand nous voyons le mikado Sui-nin, successeur de celui qui avait re?§u la mission du royaume daAmana, envoyer ? son tour une ambassade, non point en Cor??e, mais bien en Chine, ? laempereur Kouang-wou Hoang-ti, laan 56 de J.-C.[34].

De ces quelques faits, il r??sulte au moins la possibilit?? que les Japonais aient eu connaissance de la??criture chinoise avant le IIIe si?¨cle de notre ?¨re. Mais, en supposant m?ame quails aient ignor?? compl?¨tement cette ??criture jusqua? laarriv??e dans leurs ??les du c??l?¨bre Wa-ni, il para??t certain quails faisaient pr??alablement usage daune ??criture cor??enne, daorigine indienne, peu diff??rente de celle quaon pratique encore aujourdahui en Cor??e[35]. Et il reste en plus aux japonistes ? ??lucider la question daune ??criture indig?¨ne nationale encore plus ancienne, mentionn??e par quelques savants, et sur laquelle on naa recueilli, jusqua? pr??sent, que de trop vagues indices pour quail soit possible de saen occuper aujourdahui.

Enfin, sail ??tait ??tabli malgr?? tout, que les Japonais ont ignor?? laart da??crire avant les conqu?ates de laimp??ratrice Zin-gou, il naen r??sulterait pas pour cela que lahistoire ancienne du Japon naait pu ?atre transmise de g??n??ration en g??n??ration par la tradition orale, comme cela saest op??r?? chez une foule de nations diff??rentes. Lahistoire primitive daun peuple ne se rencontre parfois que dans des po?¨mes, dans des ??pop??es ou des chants populaires. Nous verrons, dans un instant, quail en a ??t?? ainsi de lahistoire primitive (hon-ki) des Japonais.

Le fait que les noms sous lesquels les premiers empereurs du Japon sont connus dans lahistoire sont des noms chinois, naest pas une objection concluante: ce fait a induit en erreur Klaproth et daautres orientalistes qui ignoraient que ces noms honorifiques et posthumes ont ??t?? donn??s ? ces princes par Omi mi-fune, arri?¨re-petit-fils de laempereur Odomo, mort en 787 apr?¨s J.-C., alors que les id??es chinoises avaient p??n??tr?? de toutes parts la civilisation japonaise. Les premiers mikados sont daailleurs mentionn??s ??galement, dans les annales indig?¨nes, par leurs v??ritables noms, qui ??taient des noms purement japonais. Caest ainsi que le premier empereur, Zin-mu, avait pour petit nom Sa-no, et pour d??signation honorifique Yamato no Ivare Hiko no mikoto; sa femme saappelait A-hira-tu hime; ses compagnons daarmes, ses ministres portaient aussi des noms purement japonais. Il en a ??t?? de m?ame, de tous les princes qui lui ont succ??d??, dans la p??riode contest??e des annales du Nippon.

Quant ? la destruction des anciennes archives historiques du Japon, lors des troubles de Mori-ya, il y a l? un fait reconnu par les auteurs indig?¨nes les plus autoris??s. Ces auteurs nous apprennent que le Ni-hon Syo-ki, qui renferme lahistoire des mikados depuis les dynasties mythologiques jusquaau r?¨gne de Di-t?′, avait ??t?? transmis verbalement par laempereur Tem-bu, ? une jeune fille de la cour, nomm??e Are, de Hiyeda, et que cette femme, ? la?¢ge de quatre-vingts ans environ, en dicta le contenu au prince Toneri Sin-wau et ? daautres chefs de lettr??s, qui le r??dig?¨rent en caract?¨res indig?¨nes.

Ne trouvons-nous pas un fait analogue dans lahistoire de la Chine, o?1 nous voyons que le Chou-king ou Livre sacr?? des annales, d??truit par ordre de Tsin-chi-hoang-ti, fut reconstitu?? ? laaide des souvenirs daun vieillard appel?? Fou-seng? Et cependant aucun savant, que je sache, naa cherch?? ? contester la parfaite authenticit?? du Chou-king, appris par c?ur dans son enfance par Fou-seng, comme le Ni-hon syo-ki laavait ??t?? par Ar??, de Hiy??da.

En somme, les annales primitives des Japonais, sans ?atre ? laabri de toute suspicion, ne m??ritent gu?¨re moins de confiance que les annales primitives de la plupart des autres peuples. Le mythe, la fiction, les r??cits merveilleux et fantastiques se retrouvent au d??but de toutes les histoires. On peut m?ame dire, en faveur du Japon, quail a su s??parer mieux quaune foule de peuples, la partie l??gendaire de la partie historique des temps primordiaux de son existence nationale: avant Zin-mu, les r??cits extraordinaires de la vie des G??nies c??lestes et terrestres, mais apr?¨s ce premier mikado des faits qui, sails ne sont pas toujours vrais, sont du moins presque toujours vraisemblables.

Il faut admettre, cependant, une r??serve sur cette d??claration: on a fait observer que les ?annales du Japon nous pr??sentent, durant une p??riode de plus de mille ans (de 660 avant J.-C. ? 399 de notre ?¨re), une s??rie de souverains r??gnant de soixante ? quatre-vingts ans en moyenne, et ne quittant parfois le tr?′ne pour descendre dans la tombe quaapr?¨s avoir compt?? cent quarante et m?ame cent cinquante ans parmi les vivants[36]?. M. le marquis daHervey de Saint-Denys, auteur de cette remarque, explique la dur??e anormale de laexistence attribu??e aux anciens empereurs du Japon, par la n??cessit?? o?1 se sont trouv??s les premiers compilateurs, de combler un espace de 1060 ans, dans lequel ils ne pouvaient d??couvrir le nom de plus de dix-sept souverains. Les chroniques chinoises, suivant ce savant, permettent daajouter quelques princes ? la liste que nous ont conserv??e les ??crivains indig?¨nes. Il serait peut-?atre bien s??v?¨re de contester laauthenticit?? des vieilles annales japonaises, par ce fait de la dur??e exag??r??e de certains r?¨gnes y renferm??s; et laon pourrait retourner la critique, en faveur de la sinc??rit?? des historiographes du Nippon, en disant quails ont pr??f??r?? laisser cette invraisemblance, plut?′t que dainventer des noms daempereurs pour mieux remplir les vides de la p??riode archa?ˉque quails sa??taient donn?? la mission de reconstituer. Le d??sir de donner ? leur mikado une long??vit?? quaatteignent, par rare exception seulement, quelques autres hommes, ne para??t pas les avoir guid??s en cette occasion. Le hon-ki naest pas exempt de merveilleux, mais la tendance quaont tous les peuples ? ??mailler de l??gendes la vie de leurs premiers anc?atres, est certainement plus mod??r??e au Japon quaen maint autre pays: il est juste de lui en tenir compte.

Les sources de lahistoire du Japon ne sont pas encore connues, et, pour lainstant, nous devons les chercher dans trois ouvrages: le Kiu-zi ki ou ?M??morial des vieux ??v??nements?, le Ko-zi ki ou ?M??morial des choses de laantiquit???, et le Ni-hon syo-ki ou ?Histoire ??crite du Japon?. Aucun de ces livres ne jouit de plus de 1,500 ans daanciennet??.

Le texte original du Ku-zi ki a ??t?? perdu, dit-on[37], en laan 645, dans laincendie du palais de Sogano Yemisi. Ca??tait une histoire ??crite par le prince Syau-toku tai-si et par Sogano Mumako, sous le r?¨gne de laimp??ratrice Soui-kau, qui r??gnait de 595 ? 628 de notre ?¨re. Laouvrage en dix volumes, qui existe aujourdahui sous ce titre, est daune authenticit?? douteuse[38], mais il est des lettr??s qui pensent quaon peut en tirer parti, parce que son auteur a d?? profiter de documents qui naont pas ??t?? retrouv??s apr?¨s lui.

Le Ko-zi ki, compos?? en 712 par Futo-no Yasu-maro, daapr?¨s les donn??es de Are, de Hiyeda, dont il a ??t?? question tout ? laheure, est ??crit en caract?¨res chinois, employ??s tant?′t avec leur valeur id??ographique, tant?′t avec la valeur phon??tique quaon leur affecte dans le syllabaire dit Man-y?′-kana.

Enfin le Ni-hon syo-ki, de m?ame provenance que le Ko-zi ki, naest autre chose que ce dernier ouvrage revu, un peu mieux coordonn?? et enrichi de quelques d??veloppements. Le prince Toneri Sin-wau, fils de Tem-bu, offrit le Ni-hon syo-ki ? laimp??ratrice Gen-syau, le 5e mois de laann??e 720. Dans ces ouvrages, les mikados ne sont point d??sign??s sous le nom honorifique chinois quaon leur attribue commun??ment, mais bien sous leur nom purement japonais. Le premier empereur, par exemple, au lieu da?atre appel?? Zin-mou, est d??sign?? sous le nom de Kami Yamato Iva-are hiko-no Sumera Mikoto; laimp??ratrice Di-t?′, sous celui de Taka-Ama-no Hara-Hiro-no Hime.

Il naentre pas dans mon dessein de vous mentionner ce que les Japonais nous racontent de leurs dynasties c??lestes et terrestres, qui pr??c??d?¨rent les ?souverains humains? (nin-wau) dans le gouvernement du monde, caest-? -dire de leur pays. Je me bornerai ? vous rappeler en quelques mots les id??es commun??ment r??pandues parmi les sectaires de la religion sintau?ˉste, au sujet de la cr??ation du monde, en attendant que nous poss??dions la traduction des monuments primitifs de lahistoire du Japon auxquels jaai fait allusion tout ? laheure.

Les ??crivains populaires ont imagin?? plusieurs syst?¨mes de cosmogonie qui ont obtenu plus ou moins de faveur parmi leurs compatriotes. La plupart daentre eux saaccordent pour consid??rer le Nippon comme le berceau du genre humain. Voici, ? cet ??gard, comment saexprime un auteur indig?¨ne:

?Le Japon est le pays le plus ??lev?? du monde: il en r??sulte naturellement que de l? sont sortis tous les hommes qui ont peupl?? la terre. En Chine, il y a eu un grand d??luge, ainsi que les livres nous laapprennent. Dans laOccident, au dire des savants de cette r??gion, il y a eu ??galement un grand d??luge. Au Japon seulement, il nay a pas eu de d??luge, parce que le Japon est beaucoup plus ??lev?? que la Chine et laOccident. Caest donc le Japon qui a d?? fournir la population primitive des autres parties du monde.

?Mais on me dira: ?Sail en est ainsi, les arts devraient ?atre plus avanc??s au Japon que partout ailleurs, et cependant les arts sont plus avanc??s chez les Occidentaux. Comment cela se fait-il??

-?Le fait est facile ? expliquer: le Japon ??tant le pays le plus beau, le plus riche et le plus heureux du monde, il a toujours pu se suffire ? lui-m?ame et ne saest pas vu dans laobligation de demander quelque chose ? la??tranger; tandis que les hommes partis du Japon se sont trouv??s dans des pays mauvais, incapables de suffire ? leurs besoins, et ont d?? saing??nier ? d??couvrir des moyens de communication et da??change. Voil? ce qui explique pourquoi laastronomie (ten-bun) et la science de la navigation sont plus avanc??es en Occident quaau Japon.?

Les diff??rentes p??riodes de la cr??ation du monde nous sont expos??es dans les termes suivants[39]:

?A laorigine, le Ciel et la Terre na??taient pas encore s??par??s; le principe femelle (me) et le principe m?¢le (o) na??taient pas divis??s. Le chaos ??tait comme un ?uf [compacte[40] et renfermant des germes]. La partie ??th??r??enne [pure] et lumineuse sa??vapora et forma le Ciel; la partie pesante et trouble se condensa et forma la Terre. La??vaporisation des parties subtiles et d??licates saop??ra ais??ment; la cong??lation des parties lourdes et troubles saop??ra difficilement. Caest ce qui fait que le Ciel fut form?? le premier, et que la Terre ne fut ??tablie quaapr?¨s. Ensuite naquit au milieu daeux un g??nie (Kami). Aussi laon dit qua? laorigine du d??gagement du Ciel et de la Terre, les ??les et les terres flott?¨rent sur laeau comme des poissons. En ce moment, il naquit au milieu du Ciel et de la Terre une chose qui, par sa forme, ressemblait ? un roseau (asi-gai), lequel se m??tamorphosa et devint le dieu appel?? Kuni-no toko tati-no mikoto[41], ??galement nomm?? Kuni-soko-tati-no mikoto[42]. Suivant une autre tradition, le roseau Asi-gai se serait transform?? en un g??nie appel?? Umasi Asi-gai hiko-ti-no mikoto, ? la suite duquel serait venu Kouni-no toko-tati-no mikoto[43]. Une autre tradition enfin fait sortir du roseau le dieu Ama-no toko tati-no mikoto, auquel il donne pour successeur Oumasi Asi-ga?ˉ hiko-ti-no mikoto, et elle ne fait na??tre que plus tard Kouni-toko tati-no mikoto, produit par la m??tamorphose daun corps gras qui flottait dans laempyr??e[44].?

On rencontre daailleurs, dans la mythologie japonaise, daassez nombreuses variations au sujet des noms des G??nies et de leur ordre de succession. Le plus commun??ment cependant on fait commencer avec Kouni-no toko tati-no mikoto la dynastie des G??nies C??lestes dont laorigine remonte ? plusieurs centaines de mille millions daann??es. Ces g??nies furent au nombre de sept[45]. Le second r??gna par la vertu de laeau, et le troisi?¨me par la vertu du feu. Tous trois ??taient d??pourvus de sexe[46] et saengendraient daeux-m?ames. Le quatri?¨me g??nie r??gna par la vertu du bois, et fut le premier qui poss??d?¢t une ??pouse; mais, pour donner le jour ? ses successeurs, il ne la connut pas suivant la mani?¨re des hommes. La conception naeut lieu que par une sorte de contemplation de chaque couple et par des moyens surnaturels que la d??gradation des hommes ne leur permet plus de comprendre. Le cinqui?¨me g??nie r??gna par la vertu du m??tal et conserva son ??pouse immacul??e, comme aussi son successeur. Le sixi?¨me g??nie r??gna par la vertu de la terre, le dernier des cinq ??l??ments dont ses anc?atres avaient symbolis?? laexistence. Enfin le septi?¨me g??nie mit un terme ? la dynastie des g??nies c??lestes en saabandonnant aux jouissances mat??rielles de notre monde. Un certain jour, apr?¨s avoir contempl?? daun regard lascif les formes charmantes de son ??pouse, il suivit laexemple daun oiseau quail avait vu un instant auparavant saaccoupler avec sa femelle. Il la connut alors ? la mani?¨re terrestre; et, d?¨s ce moment, elle enfanta suivant la loi g??n??rale de lahumanit??. Les successeurs de ces deux g??nies cess?¨rent ainsi daappartenir ? la race excellente de leurs a?ˉeux et furent laorigine de la dynastie des g??nies terrestres.

Le septi?¨me des g??nies c??lestes dont nous venons de parler saappelait Izanagi, et son ??pouse Izanami. De tout temps, laun et laautre ont ??t?? laobjet daun culte particulier de la part des Japonais qui les consid?¨rent, en quelque sorte, comme leur premier p?¨re et leur premi?¨re m?¨re. Suivant K?|mpfer, les Japonais, qui embrass?¨rent le christianisme aux XVIe et XVIIe si?¨cles, les appelaient leur Adam et ?ve. La tradition rapporte que ces deux g??nies pass?¨rent leur vie dans la province daIs??, au sud de la??le de Nippon, et quails engendr?¨rent beaucoup daenfants de laun et de laautre sexe, daune nature tr?¨s inf??rieure ? celle des auteurs de leurs jours, mais cependant bien sup??rieure ? celle des hommes qui ont v??cu depuis lors.

La mythologie japonaise nous montre, en effet, Izanagi et Izanami donnant le jour, par des proc??d??s de toutes sortes et par de singuli?¨res m??tamorphoses[47], ? la plupart des dieux qui personnifient, dans le panth??on indig?¨ne, les diff??rentes puissances de la nature. Mais, de toutes ces divinit??s, celle qui tient la plus large place dans le culte populaire appel?? Kami-no miti, celle qui est devenue la Grande D??esse de la religion nationale du Japon, ce fut Oho-hiru me-no mikoto, commun??ment appel??e Ama-terasu oho-kami ou Ten-syau dai-zin. Cette d??esse, ? cause de son ??tonnante beaut??, fut appel??e par ses p?¨re et m?¨re ? r??gner au plus haut des Cieux, dao?1 elle ??clairerait le monde par sa splendeur. Elle est identifi??e avec le Soleil, comme sa s?ur cadette, Tuki-no yumi-no mikoto, avec la Lune.

Quatre autres g??nies terrestres, plac??s apr?¨s Ten-syau da?ˉ-zin, compl?¨tent la dynastie des g??nies terrestres, ? laquelle devait succ??der celle des mikado ou souverains des hommes[48].

Jetons maintenant un coup da?il rapide sur ce que les historiens nous apprennent relativement aux p??riodes semi-historiques ant??rieures ? O-zin, XVIe mikado, avec lequel nous faisons commencer lahistoire proprement dite de laarchipel du Nippon.

Les Japonais, dans le but de donner une origine divine ? leurs souverains, ont fait descendre le premier mikado, Zin-mou, de la d??esse du Soleil, Ama-terasu-oho-kami[49], caest-? -dire ?le Grand G??nie qui brille au firmament.? La m?¨re de ce prince, Tama-yori hime, ??tait fille du Riu zin ?le G??nie Dragon?, ou dieu de la Mer; elle lui donna le jour en laan 712 avant notre ?¨re, quinze ans avant la mort daEz??chias, roi de Juda, et soixante-cinq ans avant la prise de Babylone, par Nabuchodonosor, roi de Ninive.

Dans le syst?¨me adopt?? par les Japonais, Zinmou, tout en ??tant le premier mikado, naest pas, ? proprement parler, le fondateur de la monarchie japonaise. Le Ni-hon Syo-ki[50] et, apr?¨s lui tous les historiens qui laont copi??, rapporte que ce personnage fut proclam?? prince h??r??ditaire lors de sa quinzi?¨me ann??e, et, par cons??quent, futur h??ritier daun tr?′ne d??j? fond?? en 697 avant notre ?¨re, caest-? -dire trente ans avant la conqu?ate de la??le de Kiousiou, la plus m??ridionale des trois grandes ??les de laarchipel, et sa premi?¨re ??tape.

De la??le de Kiousiou, Zinmou se rendit avec des vaisseaux dans la province daAki, situ??e au nord du Suwo-nada ou mer int??rieure; puis, au troisi?¨me mois dans laautomne de 666[51], dans les pays voisins de Kibi, o?1 se trouvent aujourdahui les provinces de Bingo, de Bitsiou et de Bizen. Il s??journa trois ann??es dans ce pays pour remettre sa flotte en ??tat et r??unir des provisions de guerre. En 663, il arriva dans la r??gion o?1 sa??l?¨ve actuellement la ville daOhosaka, r??gion qui fut appel??e, ? cause de la forte mar??e quail rencontra sur ses c?′tes, Nami-haya on-kuni ?le pays des vagues rapides?, et, par la suite, Nani-ha ou Nani-va[52]. Peu apr?¨s, il se trouva, ? Kusa ye-no saka, en pr??sence daun puissant prince a?ˉno, nomm??, en japonais, Naga-sune hiko[53], qui lui fit subir plusieurs ??checs et mit ses troupes en d??route. Dans un des combats, le fr?¨re a??n?? de laempereur, Itu-se-no mikoto, fut atteint daune fl?¨che et mourut[54]. Zinmou reprit, en cons??quence, la mer, o?1 le mauvais temps mit sa flotte en p??ril: ?H??las! sa??cria un de ses fr?¨res, jaai parmi mes a?ˉeux les G??nies du Ciel; ma m?¨re est D??esse de laOc??an. Comment se fait-il quaapr?¨s avoir ??t?? malheureux sur terre, je sois encore malheureux sur mer?? Puis il tira son ??p??e et se jeta dans les ondes; son troisi?¨me fr?¨re suivit son exemple, de sorte que Zinmou se trouva seul avec son fils pour continuer sa m??morable exp??dition[55].

Lahistoire des relations de laempereur Zinmou et de Nagasoune me para??t avoir ??t?? alt??r??e ? dessein et daune fa?§on assez transparente pour ??veiller laattention de la critique. Les Japonais, conqu??rants des ??les occup??es primitivement par les Y??zo ou Mau-zin ?peuples velus?, comprirent tout daabord lautilit??, pour leur politique envahissante, de faire croire ? laorigine commune de leur prince et des principaux chefs a?ˉno. Le meilleur moyen pour arriver ? ces r??sultats, ??tait daemprunter aux autochtones leur mythologie nationale, et de greffer la g??n??alogie de Zinmou sur un des principaux rameaux de leur grande famille de Kami ou de G??nies. Je ne veux pas dire pour cela que le panth??on sintau?ˉste, dont nous trouvons les principales repr??sentations dans le Ko-zi ki, est un panth??on purement a?ˉno: bien loin de l? , je crois apercevoir, dans ces dieux originaires du Japon, des cr??ations daorigine multiple, et notamment des cr??ations du g??nie asiatique continental. La question est trop ??tendue, trop complexe, pour ?atre examin??e en ce moment. Jaessaierai seulement daappeler votre attention sur le proc??d?? adopt?? par Zinmou pour effacer les cons??quences funestes quaaurait pu avoir, sur laesprit des indig?¨nes, son caract?¨re de conqu??rant ??tranger, de nouveau venu, dans laarchipel de laAsie orientale.

Nagasoune ??tait un des chefs a?ˉno avec lequel Zinmou comprit, tout daabord, quail avait beaucoup ? compter. Sa premi?¨re attaque contre ce puissant hi-ko lui avait prouv?? que les autochtones ne se laisseraient pas assuj??tir aussi ais??ment quail laavait esp??r?? de prime abord. Zinmou, je laai dit, perdit plusieurs batailles engag??es avec Nagasoune.

Nagasoune, disent les historiens japonais, avait, ant??rieurement ? laarriv??e de Zinmou dans le Yamato, proclam?? prince des tribus indig?¨nes, Mumasimate, fils de sa s?ur cadette et daun certain Nigi-hayabi[56]. Or, ce Nigi-hayabi ??tait lui-m?ame fils daOsiho-mimi, le second des grands dieux terrestres (ti-zin); de telle sorte que Zinmou, qui se pr??tendait issu de son c?′t?? de Ugaya-fuki awasesu, le quatri?¨me de ces grands dieux, se trouvait apparent?? avec le principal chef de ses ennemis. Seulement, il saagissait pour lui de faire accepter ? son adversaire ce syst?¨me g??n??alogique. Voici comment il say prit, daapr?¨s la l??gende:

Nagasoune avait envoy?? un ??missaire ? Zinmou pour lui faire voir un carquois provenant des g??nies c??lestes, et qui appartenait ? son beau-fr?¨re, Nigi-hayabi. Laempereur, de son c?′t??, montra un carquois quail poss??dait; et comme, en les rapprochant, ils se trouv?¨rent identiques, il devint ??vident pour tous que Zinmou et Nigi-hayabi descendaient laun et laautre des anciens dieux du pays. Ce dernier, convaincu de cette parent?? quail naavait pas soup?§onn??e, voulut faire sa soumission au mikado. Nagasoune tenta de say opposer: sa r??sistance lui co??ta la vie[57]. Zinmou avait, de la sorte, aplani par la ruse les obstacles que ses troupes ??taient impuissantes ? renverser. Fort de laalliance du prince a?ˉno Nigi-hayabi, il lui fut d??sormais facile de vaincre et daan??antir laun apr?¨s laautre tous les chefs des tribus quail rencontra sur sa route. Ces petits chefs, il naavait plus d??sormais de n??cessit?? de les attacher ? sa fortune; au lieu de voir en eux des descendants des anciens dieux du pays, il ne les consid??ra plus, v?| victis! que comme des bandits. Lahistoire, qui nous les represente comme vivant dans des tani?¨res, ? la??tat sauvage, les appelle ?des araign??es de terre? (tuti-gumo).

Ma??tre de la situation, apr?¨s sept ann??es consacr??es ? des pr??paratifs militaires et ? des combats, en laan 660 avant notre ?¨re, Zinmou fit construire, dans la province de Yamato, le palais de Kasiva-bara, o?1 il fut proclam?? mikado. Il organisa ensuite son gouvernement; et, apr?¨s soixante-treize ans de r?¨gne, mourut ? la?¢ge de cent vingt-sept ans, en 585 avant notre ?¨re. Laann??e suivante, il fut inhum?? sur une colline au nord-est du mont Ounebi[58]. De nos jours encore, on va faire un p?¨lerinage au tombeau du fondateur de la monarchie japonaise.

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