Genre Ranking
Get the APP HOT

Chapter 4 LES SUCCESSEURS DE ZINMOU

JUSQUaA La?POQUE DE LA GUERRE DE COR?E

A p??riode de lahistoire du Japon dont nous allons nous occuper aujourdahui, est comprise entre les ann??es 585 avant et 313 apr?¨s notre ?¨re. Cette p??riode, quelaon peut consid??rer, en partie du moins, comme semi-historique, sa??tend de la sorte depuis le second mikado jusqua? la??poque o?1 la civilisation du continent asiatique, ? la suite de la guerre de Cor??e, commence ? se r??pandre dans les ??les de laExtr?ame-Orient. Caest un espace daenviron 900 ans, durant lequel le Japon se d??veloppe en dehors de toute influence ??trang?¨re, ? laexception de celle que repr??sente Zinmou et ses compagnons daarmes sur le sol envahi des tribus a?ˉno.

Pendant ce mill??naire, quatorze mikados et une imp??ratrice occupent, ? peu pr?¨s sans interruption, le tr?′ne ??tabli pour la premi?¨re fois, en 660 avant notre ?¨re, dans le palais de Kasiva-bara. Plusieurs daentre eux naont gu?¨re laiss??, dans les annales de leur pays, daautre souvenir que celui de leur nom[59] et du lieu de leur r??sidence.

A la mort de Zinmou, nous trouvons quelques ann??es dainterr?¨gne. Zinmou avait laiss?? trois fils, de deux lits diff??rents. Le troisi?¨me, Kam Nu-na-kawa Mimi-no Sumera-mikoto, parvint ? se faire reconna??tre mikado, avec laappui de son fr?¨re, n?? de la m?ame m?¨re que lui. Ce dernier tua le rival de celui qui devait figurer dans lahistoire sous le nom de Sui-sei Ten-wau. Elev?? au rang supr?ame en laann??e 581 avant notre ?¨re, il mourut en-549. Son fr?¨re, mort en-578, fut inhum??, comme laavait ??t?? son p?¨re, sur le Unebi-yama, dans la partie nord[60], qui fut, de la sorte, la plus ancienne s??pulture imp??riale du Japon[61].

Nous voyons ensuite quatre mikados se succ??der de p?¨re en fils, sans la mention, dans leur r?¨gne, daaucun incident digne da?atre rapport??, entre les ann??es 548 et 291 avant notre ?¨re.

Sous le r?¨gne du VIIe mikado, Neko Hiko Futo-ni (-260 ? 215), quelques historiens placent un ??v??nement que jaai eu d??j? laoccasion de citer, et qui, sail ??tait admis comme authentique, aurait une importance de premier ordre pour lahistoire des origines de la civilisation japonaise. Je veux parler de la mission envoy??e au Japon par laempereur Tsin-chi Hoang-ti, auquel on avait persuad?? quail existait, dans ce pays, un breuvage donnant laimmortalit??. La vingt-huiti?¨me ann??e du r?¨gne de ce prince (219 avant notre ?¨re), un homme du pays de Tsi, nomm?? Siu-fouh, adressa un m??moire ? laEmpereur, o?1 il disait que, dans laoc??an Oriental, il y avait trois montagnes divines, appel??es Poung-la?ˉ, Fang-tchang, et Ing-tcheou; que ces trois montagnes divines ??taient situ??es dans la mer Pouh-ha?ˉ, et que les habitants de ces ??les poss??daient un rem?¨de pour ne pas mourir. Il demandait enfin ? Chi-hoang day ?atre envoy??, pour y chercher ce rem?¨de. Laempereur approuva la demande, et envoya Siu-fouh ? la recherche du pays des Immortels, en compagnie daun millier de jeunes gens, gar?§ons et filles. Les vaisseaux qui emport?¨rent cette mission se perdirent en mer, ? laexception daun seul, qui vint apporter en Chine la nouvelle du d??sastre[62].

Cet ??v??nement est mentionn?? dans quelques historiens japonais[63]; mais, comme il ne figure point dans le Ni-hon Syo-ki, il y a lieu de croire quail a ??t?? emprunt?? aux sources chinoises par des historiens japonais de date relativement r??cente. Daapr?¨s Syoun-sai Rin-zyo[64], sous le mikado Kau-rei, ? la??poque o?1 r??gnait en Chine laempereur Chi-hoang, de la dynastie des Tsin, il y eut un homme appel?? Siu-fouh, qui exprima laid??e daaller chercher au mont Poung-la?ˉ un m??dicament pour ??viter la mort. Il se rendit en cons??quence au Japon. On pr??tend quail saarr?ata au mont Fu-zi Yama. Il existe un temple (yasiro) construit en son honneur ? Kuma-no, dans la province de Ki-i[65]?.

Jaai tenu ? recourir aux sources originales pour conna??tre la provenance de cette l??gende. Je laai trouv??e dans les M??moires de Sse-ma Tsien, le plus c??l?¨bre des historiens du C??leste-Empire; mais, au Japon, je ne laai rencontr??e que dans des ??crits en g??n??ral peu estim??s. Nous ne nous y arr?aterons pas davantage.

Ce quaon nous apprend des deux mikados suivants, le huiti?¨me et le neuvi?¨me, est ? peu pr?¨s insignifiant. Ils r??gn?¨rent de 214 ? 98 avant notre ?¨re, et v??curent le premier 117 ans, le second 115 ans. Ces cas de long??vit?? extraordinaire se rencontrent sous plusieurs r?¨gnes de la p??riode semi-historique des annales du Japon. Ils provoquent sur laauthenticit?? de ces r?¨gnes des doutes que nous aurons laoccasion daexaminer plus tard.

Le dixi?¨me mikado, Mi-maki-iri-biko Imi-ye (-97 ? 30), commence ? occuper une certaine place dans lahistoire. Sous son r?¨gne, en laann??e 88 avant notre ?¨re, fut ??tablie, pour la premi?¨re fois, la charge de syau-gun ou de ?lieutenant-g??n??ral? qui devait ?atre, par la suite, pr??pond??rante dans laempire, et ne laisser au mikado quaune autorit?? purement conventionnelle et nominale.

A cette ??poque, les tribus autochtones relevaient la t?ate de toutes parts; le mikado se vit oblig?? da??tablir, dans son empire, quatre grands commandements militaires, ? la t?ate de chacun desquels il pla?§a un syau-gun. Ce serait cependant une erreur de confondre le caract?¨re de la fonction de syaugoun, ? cette ??poque, avec celui qui devait saattacher ? ce titre environ mille ans plus tard. Dans les anciens temps, et jusquaau VIIe si?¨cle de notre ?¨re, il nay a pas eu de caste militaire proprement dite: laempereur, en cas de guerre, ??tait toujours de droit seul commandant en chef de laexp??dition, et jamais cette charge importante na??tait confi??e ? un de ses sujets[66].

Caest ??galement sous le r?¨gne de ce m?ame mikado quaarriva au Japon, la premi?¨re ambassade ??trang?¨re dont lahistoire nous ait conserv?? le souvenir. Je veux parler de laambassade du pays de Mimana, que jaai eu laoccasion de mentionner dans une conf??rence pr??c??dente. Le Ni-hon Syo-ki nous dit que cette ambassade apporta un tribut au Japon, en automne, au 7e mois de la 65e ann??e du r?¨gne de Mi-maki-iri-biko Imiye (an 33 avant notre ?¨re), et ajoute que le pays de Mimana est ??loign?? de plus de 2000 ri du pays de Tukusi (c?′t?? nord-ouest de la??le Kiou-siou), et situ?? au sud-ouest du pays de Siraki[67], laun des ??tats qui existaient alors dans la p??ninsule Cor??enne[68]. Laambassadeur nomm?? Sonakasiti demeura aupr?¨s du prince h??r??ditaire[69]. Le pays de Mimana est ??galement d??sign?? sous le nom daAmana[70].

Sous le r?¨gne du onzi?¨me mikado, Ikume Iri hiko I sati (de 29 avant notre ?¨re ? 70 apr?¨s notre ?¨re), le Ni-hon Syo-ki cite une nouvelle ambassade de Cor??e, qui vint apporter des pr??sents ? la cour du Japon. Je maattache ? vous citer les missions envoy??es du continent asiatique ? la cour des mikado, parce que ces missions ont d?? contribuer puissamment ? ??veiller la curiosit?? des Japonais, et ? implanter dans leur pays les premi?¨res racines de la civilisation chinoise.

Sonakasiti, ambassadeur de Mimana, qui ??tait venu ? la cour sous le r?¨gne pr??c??dent et qui avait ??t?? attach?? ? la personne du prince h??r??ditaire, exprima le d??sir de retourner dans son pays. Le mikado acc??da ? sa demande, lui fit des pr??sents, et lui remit cent pi?¨ces de soie rouge pour son souverain. Pendant le voyage, laambassade de Mimana fut arr?at??e par des hommes du Sinra, qui la d??valis?¨rent. On attribue ? ce fait laorigine de la haine qui exista, par la suite, entre les deux ??tats[71].

Ces riches pr??sents, sans doute, ??veill?¨rent la convoitise du Sinra. Nous voyons, en effet, un fils du roi de ce pays, nomm?? Ama-no Hi-hoko, se rendre au Japon, la 27e ann??e avant notre ?¨re, au printemps, le troisi?¨me mois, et demander au mikado la faveur da?atre admis parmi ses sujets. Ce prince d??barqua dans la province de Harima, et saarr?ata dans la ville de Si-sava-no mura. Le mikado lui envoya demander qui il ??tait, et quel ??tait son pays. Ama-no Hi-hoko r??pondit quail ??tait fils du ma??tre du royaume de Sinra, et quaayant appris que le Japon ??tait gouvern?? par un sage empereur, il ??tait venu say instruire et se mettre au nombre de ses sujets; quaenfin il apportait en pr??sent des objets de son pays pour les offrir au mikado. Celui-ci acc??da ? la demande du prince cor??en qui, apr?¨s avoir visit?? plusieurs localit??s du Nippon, se rendit par la rivi?¨re U-dino kava dans la province daAu-mi, et habita quelque temps ? A-na-no mura. Il quitta ensuite cette ville et passa dans la province de Waka-sa; puis il se rendit ? laouest dans celle de Tati-ma, o?1 il fixa sa r??sidence. L? , il ??pousa une femme du pays, qui lui donna une prog??niture[72]. Les indig?¨nes ont ??lev?? un temple pour honorer sa m??moire[73].

Je suis entr?? dans ces d??tails pour montrer que les historiens japonais les plus anciens et les plus autoris??s ont conserv?? avec soin le souvenir de ces premi?¨res relations de leur pays avec la Cor??e, relations auxquelles le Japon doit, sans doute, ? une ??poque tr?¨s recul??e, la connaissance, au moins rudimentaire, des arts et de la civilisation asiatique.

En dehors des relations engag??es avec la Cor??e, les annales du Japon nous rapportent, sous le r?¨gne daIkoum?? Iri-hiko I-sati, quelques autres ??v??nements int??ressants. Une ??pouse du mikado, sur les instances de son fr?¨re a??n??, consent ? assassiner ce prince pendant son sommeil; mais, au moment de commettre le crime, elle laisse tomber sur le front de son ??poux une larme qui le r??veille, et lainstruit du projet con?§u pour attenter ? ses jours. Laimp??ratrice obtient son pardon; mais, d??sesp??r??e daavoir caus?? le malheur de son fr?¨re, elle se rend dans un retranchement que celui ci sa??tait construit avec des sacs de riz. Un envoy?? du mikado y met le feu, et le fr?¨re et la s?ur p??rissent ensemble dans la fournaise[74]. Il y a, dans ce r??cit, un motif de trag??die orientale; mais nous naavons rien de plus ? en tirer.

Laart de lutter, si estim?? au Japon, commen?§a ? se r??pandre dans ce pays sous le m?ame r?¨gne. On y voit aussi la??rection daun temple consacr?? ? la grande d??esse solaire Ten-syau dai-zin, dans la province daIs??, et une fille du mikado, Yamato-bim??, devenir pr?atresse de ce temple, ??v??nement qui fut laorigine des fonctions religieuses de Na?ˉ-k??, confi??es ? des femmes, et qui ont continu?? ? subsister jusqua? notre ??poque.

Enfin, la quatre-vingt-sixi?¨me ann??e du r?¨gne daIkoum?? Iri-hiko I-sati (an 67 de notre ?¨re), le Japon envoya, pour la premi?¨re fois, une ambassade dans un pays ??tranger. Cette ambassade, qui apporta des pr??sents ? la cour de Chine, est mentionn??e dans les historiens chinois[75], mais on ne la trouve cit??e que dans un petit nombre dahistoriens japonais, qui naen ont gard?? la m??moire que gr?¢ce aux annales de la Chine[76].

Le douzi?¨me mikado, Oho-tarasi-hiho O siro-wake, r??gna de 71 ? 130 apr?¨s notre ?¨re. Au fur et ? mesure que nous approchons du si?¨cle de la guerre de Cor??e, les annales japonaises deviennent plus pr??cises, plus explicites, plus substantielles: on sent que laon quitte peu ? peu le domaine de lahistoire mythique et l??gendaire, pour entrer dans celui de lahistoire positive. Durant ce r?¨gne, nous voyons rapport??es les luttes qui devaient aboutir ? laexpulsion d??finitive du Nippon des chefs A?ˉno, lesquels perdaient, daann??e en ann??e, du territoire et se r??fugiaient dans les r??gions du nord. La premi?¨re grande campagne, dont on nous donne le r??cit, fut engag??e contre les O-so qui se trouvaient, encore ? cette ??poque, en grand nombre dans le pays de Tukusi (??le de Kiousiou). On ne sait pas bien ? quoi saen tenir au sujet de ces Oso, et de nouvelles recherches seront n??cessaires pour conna??tre exactement ce quails ??taient. Cependant leur organisation politique, leur mani?¨re de combattre, et peut-?atre davantage leur nom, nous portent ? croire quails appartenaient ? la race indig?¨ne des Kouriliens. O-so signifie ?les descendants des ours?. Or, laon sait que laours tient une place consid??rable dans la religion des A?ˉno, que cet animal est de leur part un objet de v??n??ration, et que leurs chefs, tout au moins, pr??tendent tirer leur origine des ours sacr??s.

Une seconde r??volte des O-so, sous le m?ame r?¨gne, fut domin??e par les forces militaires du mikado, et surtout par la ruse daun de ses fils, Yamato Take, dont le nom est rest?? c??l?¨bre dans les fastes militaires du Japon.

Enfin les Atuma Yebisu ou Sauvages de laEst-et, cette fois, il nay a plus ? douter quail saagisse des A?ˉno-se r??volt?¨rent ? leur tour. Yamato Tak??, charg?? par le mikado de marcher contre eux, les battit et les obligea ? chercher un refuge dans la??le de Y??zo, o?1 ils vivent encore de nos jours sur les c?′tes et dans la r??gion montagneuse de laint??rieur.

Pendant le cours de son exp??dition militaire, Yamato Tak?? avait ??t?? assailli en mer par une violente temp?ate. Une de ses femmes de second rang, nomm??e Tatibana, persuad??e que cette temp?ate sa??tait ??lev??e par suite de la col?¨re de Riu-zin, le G??nie de laOc??an, saoffrit en holocauste ? ce dieu, et se noya. La temp?ate saapaisa aussit?′t. Quelque temps apr?¨s, le prince Yamato Tak?? se trouva sur une hauteur dao?1 laon pouvait contempler ? laest de vastes r??gions; se rappelant alors le d??vo??ment de Tatsibana, il sa??cria: A-ga tuma! ??′ mon ??pouse!? Depuis cette ??poque, les provinces orientales du Japon ont conserv?? le nom de A-tuma.

A la mort de Yamato Tak??[77], laempereur pla?§a les r?anes du gouvernement entre les mains de Take-no uti sukune, c??l?¨bre personnage qui fut ministre sous six mikados. Les annales du Japon lui attribuent une existence daune longueur fabuleuse: il aurait v??cu suivant les uns 317 ans, et suivant daautres 330 ans.

Oho-tarasi-hiko-o-siro-wake ??tablit, ? la fin de son r?¨gne, sa r??sidence dans la province daAu-mi. Apr?¨s avoir occup?? le tr?′ne pendant soixante ann??es, il mourut ?¢g?? de 106 ans, laissant une soixantaine de fils, auxquels il distribua des territoires f??odaux dans toute la??tendue de son empire. Les descendants de ces princes existent encore de nos jours en grand nombre au Japon.

On ne sait ? peu pr?¨s rien du r?¨gne du treizi?¨me mikado, Waka-tarasi (131 ? 191 de notre ?¨re), si ce naest quail nay eut point de guerre ? cette ??poque, et que le peuple v??cut heureux et content.

Le successeur de ce prince, Tarasi-naka, quatorzi?¨me mikado (192 ? 200 de notre ?¨re), ??tait fils du c??l?¨bre Yamato-Take, dont je vous ai entretenus tout ? laheure. Il fit une guerre aux O-so, durant laquelle il mourut de maladie daapr?¨s les uns, daune blessure occasionn??e par une fl?¨che daapr?¨s daautres[78]. Son r?¨gne ne dura que neuf ans: il fut inhum?? dans la province de Yetizen.

Nous voici arriv??s au grand ??v??nement qui cl?′t la p??riode semi-historique des annales du Japon. Je veux parler de la conqu?ate daun des royaumes qui composaient ? cette ??poque la Cor??e, par cette femme extraordinaire que les orientalistes ont surnomm??e la S??miramis de laExtr?ame-Orient.

Laimp??ratrice Iki-naga-tarasi, plus connue sous son nom posthume de Zin-gu kwau-gu, ??tait arri?¨re-petite-fille de laempereur Waka-Yamato-neko-hiko-futo-hibi-no sumera-mikoto, et fille daIki-naga-sukune: elle avait ??t?? ??lev??e au rang de kisaki ou imp??ratrice, la seconde ann??e du r?¨gne de Tarasi-naka. Son intelligence naavait da??gale que sa beaut??, et, pour comble de m??rite, elle excellait dans laart de la sorcellerie.

Comme elle se trouvait enceinte ? la mort de Tarasi-naka, son ??poux, elle r??solut, daaccord avec le ministre Tak??-no-outi-Soukoun??, de cacher au peuple la mort de laempereur, afin de ne pas mettre le d??sordre dans le pays et de pouvoir mener ? bonne fin plusieurs campagnes quaelle avait projet??es. Elle convoqua en cons??quence son arm??e, battit les O-so, et se d??barrassa de quelques autres rebelles qui fomentaient des troubles dans laempire. Se confiant ensuite ? un pressentiment, elle r??solut daaller attaquer, au-del? des mers, le pays de Sin-ra, en Cor??e; elle ne voulut cependant point partir sans consulter le sort. Comme elle se trouvait sur le bord de la rivi?¨re de Matura, dans la province de Hizen, elle jeta dans laeau un hame?§on suspendu ? une ligne, et dit: ?Si ce que jaai projet?? doit r??ussir, laamorce attach??e ? mon hame?§on sera saisie par un poisson.? Elle souleva aussit?′t sa ligne, ? laquelle ??tait suspendu un ??perlan. Laimp??ratrice sa??cria: ?Voil? une chose merveilleuse!? A la suite de cet ??v??nement, on appela Medura ?merveilleuse?, la localit?? qui fut plus tard d??sign??e par corruption sous le nom de Matura[79]. La l??gende rapporte quaon naa pas cess?? jusqua? pr??sent de trouver des ??perlans dans cette rivi?¨re, mais que les femmes seules r??ussissent ? les y p?acher[80].

Avant de partir pour la Cor??e, laimp??ratrice voulut se soumettre ? une autre ??preuve, afin de bien conna??tre la volont?? des Dieux. Elle se baigna la chevelure dans laeau de mer, et tout ? coup ses cheveux se divis?¨rent en deux parties et form??rent un toupet (motodori) sur le haut de sa t?ate. Ayant de la sorte laapparence daun homme, elle r??unit son conseil de guerre, fit les pr??paratifs pour laexp??dition quaelle avait projet??e, mit une pierre sur ses reins pour retarder son accouchement, et prit le commandement de son arm??e. Une divinit?? protectrice de laOc??an, Fumi-yosi, pla?§a la flotte imp??riale sous sa protection, et marcha ? laavant-garde des vaisseaux.

La flotte de laimp??ratrice venait ? peine de quitter le port de Wa-ni, quaune violente temp?ate sa??leva sur laoc??an. De gros poissons parurent alors ? la surface de laeau et soutinrent les vaisseaux japonais. Laarm??e arriva de la sorte, saine et sauve, en Cor??e. Le roi de Sin-ra, Hasamukin, saisi de terreur, sa??cria: ?Jaai entendu dire quail y avait ? laOrient un royaume des G??nies appel?? Nip-pon, gouvern?? par un sage prince du titre de Sumera-mikoto. Ce sont ??videmment les troupes divines de ce royaume; comment serait il possible day r??sister[81]?? Il arbora donc un drapeau blanc en guise de pavillon parlementaire, et se constitua volontairement prisonnier de laimp??ratrice qui lui accorda la vie et se fit livrer ses tr??sors, ainsi que des otages. Il prit en outre laengagement de payer un tribut annuel ? la cour du Mikado. Les rois de Korai et de Haku-sai, ayant appris ce qui se passait, envoy?¨rent des espions pour savoir ? quoi saen tenir sur les forces de laarm??e japonaise. Convaincus que la lutte serait in??gale et sans succ?¨s possible pour eux, ils se rendirent au camp de laimp??ratrice, se prostern?¨rent la t?ate contre terre, et implor?¨rent la faveur de la paix, prenant laengagement de se reconna??tre pour toujours les tributaires du Japon. La triarchie des San-kan fut, de la sorte, soumise tout enti?¨re ? laautorit?? des mikados[82].

Iki-naga-tarasi ??tablit ensuite un campement en Cor??e, au commandement duquel elle pla?§a un personnage appel?? Oho Ya-da Sukune; puis elle saen retourna au Japon, emportant avec elle, outre les objets pr??cieux dont elle sa??tait empar??e, des livres et des cartes g??ographiques.

Arriv??e dans le pays de Tsoukousi, conform??ment ? ses v?ux, elle accoucha daun fils, qui fut plus tard laempereur Hon-da. Elle se rendit ensuite ? Toyora, pour accomplir les fun??railles de Tarasi-naka, son ??poux d??c??d?? avant la guerre.

Un des fils de Tarasi-naka, n?? daune autre m?¨re que Iki-naga-tarasi, sous pr??texte quail ??tait laa??n??, voulut revendiquer ses droits au tr?′ne de son p?¨re. Il leva, pour appuyer cette revendication, une arm??e qui attaqua les troupes de laimp??ratrice. Tak??-no outsi Soukoun??, ministre de cette princesse, parvint ? laaide daun stratag?¨me ? surprendre ? laimproviste le prince r??volt??, qui ne put sauvegarder sa libert?? que par la fuite. De d??sespoir, il se noya.

Iki-naga-tarasi envoya deux fois des ambassadeurs ? la cour des We?ˉ, qui r??gnaient, ? cette ??poque, en Chine. On trouve, en effet, dans le recueil des Historiens de la Chine, la mention de plusieurs ambassades daune reine du Japon appel??e Pi-mi-hou, qui para??t ?atre la m?ame que laimp??ratrice ??pouse de Tarasinaka. Les auteurs chinois disent, il est vrai, que, ?devenue adulte, elle ne voulut pas se marier?; mais ils ajoutent quaelle sa??tait ?vou??e au culte des d??mons et des esprits[83]?, particularit?? qui contribue ? rendre laidentification tr?¨s vraisemblable. Il y a, daailleurs, une question de synchronisme qui ??claircit sensiblement le probl?¨me.

Une de ces ambassades est fix??e ? la seconde ann??e de la?¨re King-tsou (238 apr?¨s J.-C.). Une autre ambassade est mentionn??e ? la quatri?¨me ann??e de la?¨re Tching-tchi (243 apr?¨s J.-C.).

La plupart des historiens japonais sont muets au sujet de ces ambassades; et ceux qui les mentionnent se sont probablement renseign??s ? des sources chinoises.

Le Nipponwau-dai iti-ran, dont une traduction tr?¨s imparfaite, r??dig??e par Titsingh avec le concours des interpr?¨tes japonais du comptoir de D??-sima, a ??t?? publi??e par Klaproth, parle daune ambassade de laempereur des We?ˉ qui aurait ??t?? envoy??e ? la cour du Japon[84]. Le m?ame ouvrage dit que Sun-kiuen, souverain chinois de la dynastie de Ou, eut laid??e daattaquer le Japon; mais, bien quail ait fait passer la mer ? plusieurs myriades de soldats, il naobtint aucun r??sultat, une maladie pestilentielle ayant d??cim?? son arm??e pendant la travers??e.

Iki-naga-tarasi, suivant les historiens japonais, aurait r??gn?? 69 ans et v??cu un si?¨cle. Les historiens chinois, au lieu daattribuer un si long r?¨gne ? cette princesse, font figurer plusieurs souverains pendant cette p??riode: un roi, quaon ne nomme point et auquel le peuple refusa de se soumettre; puis une fille de laimp??ratrice, appel??e I-yu, qui monta sur le tr?′ne ? la?¢ge de treize ans.

Le successeur de laimp??ratrice Iki-naga-tarasi fut laempereur Hon-da, fils de cette princesse et du mikado Tarasi-naka. Si le r?¨gne pr??c??dent tient encore ? la mythologie par le merveilleux dont les historiens indig?¨nes se sont plu ? laentourer, le nouveau r?¨gne appartient d??finitivement ? lahistoire. Caest ? partir de cette ??poque que lausage de la??criture saest r??pandu au Japon, et que les lettr??s de ce pays ont commenc?? ? cultiver la litt??rature chinoise.

Le Ni-hon Syo-ki rapporte quaen automne de la quinzi?¨me ann??e du r?¨gne de Hon-da (284 de notre ?¨re), le roi de Paiktse envoya un personnage appel?? A-ti-ki ou A-to-ki offrir au mikado deux beaux chevaux de son pays. Ce personnage savait lire le chinois, de sorte que le mikado le nomma pr??cepteur (fumi-yomi-hito ?ma??tre de lecture?) de son fils, le prince h??r??ditaire Waka-iratuko. A-ti-ki, ayant d??sign?? un lettr?? du royaume de Haku-sai, nomm?? Wa-ni, comme le plus capable pour remplir cette mission, Honda envoya chercher Wa-ni en Cor??e. Celui-ci arriva au Japon laann??e suivante (285 de notre ?¨re), et fut aussit?′t appel?? aux fonctions de pr??cepteur du prince imp??rial.

Wani appartenait ? la famille de laempereur Kaotsou, de la dynastie des Han, dont un des membres ??tait venu sa??tablir en Cor??e, dans le royaume de Paiktse. Mand?? ? la cour du mikado, il apporta au Japon le Lun-yu ou Discussions philosophiques de la?cole de Confucius, le Tsien-tze-wen ou Livre des Mille Caract?¨res, et quelques autres ouvrages chinois, dont nous ne poss??dons malheureusement pas la nomenclature.

Toutefois, les relations de la Cor??e avec le Japon, dont elle reconnaissait la suzerainet??[85] depuis les conqu?ates de Iki-nagatarasi, deviennent tr?¨s suivies sous le r?¨gne de Honda; et nous voyons des gens de la triarchie des Sankan employ??s par le mikado ? de grands travaux publics, notamment ? creuser un lac qui fut nomm?? San-Kan-no ike ?le lac des Trois Kan?[86]. Le prince Waka Iratsouko, ??l?¨ve de Wani, acquit bient?′t la connaissance de la??criture chinoise. On rapporte, en effet, quaen 297 le roi de Kora?ˉ, ayant ??crit au mikado une lettre dans laquelle il se vantait que son pays avait apport?? lainstruction au Japon, ce prince lut lui-m?ame la lettre, et, apr?¨s avoir t??moign?? ? laambassadeur qui laapportait son m??contentement pour laimpolitesse de sa teneur, la d??chira en morceaux[87].

A partir de cette ??poque, avec la litt??rature de la Chine, nous voyons la civilisation chinoise, daann??e en ann??e, de plus en plus p??n??trer de part en part la civilisation japonaise. La langue ??crite du C??leste-Empire devient la langue savante du Nippon, les livres compos??s dans cette langue, les livres classiques sur la culture desquels sera bas??e d??sormais toute instruction soign??e, toute ??ducation lib??rale.

Nous avons donc ? examiner ? pr??sent, au moins dans ses traits les plus caract??ristiques, cette vieille et ? tant da??gards ??tonnante civilisation du C??leste-Empire, dont la connaissance ??tait nagu?¨re encore consid??r??e comme indispensable ? tout Japonais qui pr??tendait au titre de lettr?? ou m?ame simplement dahomme bien ??lev??. Depuis la r??cente invasion des id??es europ??ennes au Japon, les indig?¨nes n??gligent plus que par le pass?? les ??tudes chinoises auxquelles ils saadonnaient nagu?¨re des leur entr??e ? la??cole et jusqua? la fin de leurs classes. On aurait tort de croire cependant que ces ??tudes soient absolument d??daign??es, abandonn??es par les insulaires de laExtr?ame-Orient. Quiconque poss?¨de une solide ??rudition sinologique est assur?? de leur estime, de leur courtoisie; et, en bien des circonstances, il nay a pas pour laEurop??en de meilleur moyen daacqu??rir la confiance de ces intelligents orientaux, daarriver ? ?atre admis sans d??tour dans leur intimit??, que celui qui consiste ? leur montrer quaon conna??t ? fond la litt??rature antique du pays dao?1 ils ont tir?? jadis leur ??criture, leurs sciences, leur religion et une grande partie de leurs id??es morales et philosophiques.

(agrandir)

Previous
            
Next
            
Download Book

COPYRIGHT(©) 2022