COUP-Da?IL
SUR LA
G?OGRAPHIE DE LaARCHIPEL
JAPONAIS
VANT de nous occuper de la??tude ethnographique et historique de la??migration qui saest ??tablie au Japon, pr?¨s de sept si?¨cles avant notre ?¨re et y a r??pandu les germes de la civilisation extraordinaire que nous y rencontrons aujourdahui, il me semble n??cessaire de jeter un coup-da?il rapide sur la constitution g??ographique de laarchipel japonais.
Sail ??tait possible de plonger les regards jusque dans les profondeurs g??ologiques de laExtr?ame-Orient, vers ces lointains pays, au-del? desquels toute terre dispara??t pour laisser le champ libre ? un oc??an immense, un spectacle imposant viendrait, ? coup s??r, frapper notre imagination. Du sein daun vaste foyer souterrain, un fleuve de lave et de feu, sillonnant les art?¨res du sol, contourne, aux environs de la??quateur, laarchipel Malay, dao?1 il atteint, par les Molusques et les Philippines, la pointe m??ridionale de Formose quail traverse longitudinalement pour gagner ensuite, par laarchipel des Lieou-kieou, les trois grandes ??les du Japon, et aller, en se bifurquant au-del? des Kouriles, ? la pointe du Kamtchatka, se perdre dans les glaces ??ternelles des r??gions polaires. De distance en distance, la force de ce brasier souterrain, qui entoure comme daune ceinture de feu les confins orientaux du vieux monde, se manifeste, soit par des soul?¨vements telluriques, soit par de nombreux crat?¨res dao?1 saexhale une haleine de soufre et de fum??e. Ainsi saexplique le syst?¨me orographique de ces ??tranges contr??es, et les ph??nom?¨nes hydrographiques qui se manifestent non-seulement dans laint??rieur des terres, mais encore et surtout au sein des eaux tourbillonnantes des mers de la Chine et du Japon.
?uvre de longues et terribles commotions g??ologiques, laarchipel japonais, ce long cordon de plus de 3,850 ??les et ??lots, qui ne compte pas moins de onze cents lieues da??tendue, depuis laextr??mit?? septentrionale de Formose jusquaau cap Lopatka, se caract??rise par une succession de cha??nes de montagnes, dont plusieurs pr??sentent encore de nos jours da??normes crat?¨res en ??bullition. Ces bouches, sans cesse b??antes et toujours pr?ates ? vomir des torrents de lave et de cendres, peuvent ?atre consid??r??es comme des soupapes de s??ret?? sans lesquelles le pays serait expos?? p??riodiquement aux plus ??pouvantables r??volutions.
Laissue que fournissent ces bouches ne suffit cependant pas pour calmer le temp??rament imp??tueux de la fournaise sans cesse en travail dans les profondeurs de ces r??gions. Des tremblements de terre daune violence extr?ame viennent de temps ? autres, signaler les crises du fl??au emprisonn?? dans les entrailles du sol.
Un des plus anciens cataclysmes de ce genre dont lahistoire fasse mention, est le soul?¨vement de la colossale montagne ignivome nomm??e le Fuzi-yama[14], laan 286 avant notre ?¨re, ??poque avec laquelle co?ˉncide laarriv??e de la premi?¨re ??migration chinoise au Japon rapport??e dans lahistoire. Cette montagne, situ??e un peu au sud-ouest de la ville de Y??do, sur la fronti?¨re des provinces de Sourouga et de Ka?ˉ, a la forme daune pyramide tronqu??e, dont la??l??vation atteint pr?¨s de 4,000 m?¨tres au-dessus du niveau de la mer. ?Sous le r?¨gne de laempereur Kwanmou, la 19e ann??e de la?¨re Yen-reki, une ??ruption du Fuzi-yama dura plus daun mois[15]. Pendant le jour, laatmosph?¨re ??tait obscurcie par la fum??e du crat?¨re en combustion; pendant la nuit, la??clat de laincendie illuminait le ciel. On entendait des d??tonations semblables au tonnerre. Les cendres que lan?§ait le volcan, tombaient comme de la pluie. Au bas de la montagne, les rivi?¨res ??taient de couleur rouge[16]?.
En 864, le 5e mois, une ??ruption encore plus ??pouvantable vint r??pandre la terreur dans la contr??e. Le Fouzi-yama fut en feu pendant dix jours, et son crat?¨re lan?§a ? de grandes distances da??normes ??clats de roches, dont quelques-uns tomb?¨rent dans laoc??an, ? une distance de trente ri. De nombreuses habitations furent d??truites, et une centaine de familles riveraines furent ensevelies dans le d??sastre.
Les annales japonaises citent une autre ??ruption de ce volcan, au XVIIIe si?¨cle. Durant la nuit du 23e jour du 11e mois de laann??e 1707, on ressentit successivement deux tremblements de terre, ? la suite desquels le Fouzi-yama saenflamma. Des tourbillons de fum??e, accompagn??s de violentes projections de cendres, de terre calcin??e et de pierres, se r??pandirent dans les campagnes avoisinantes ? une distance de plus de dix ri.
Actuellement le volcan le plus actif du Japon est le Wun-zen dak?? ou ?Montagne des Sources daeau chaude?, situ?? dans la province de Hizen. Sa hauteur est de plus de 1,200 m?¨tres. Une de ses plus terribles ??ruptions a eu lieu en 1792[17].
La??le de Y??zo naa pas encore ??t?? explor??e daune mani?¨re quelque peu satisfaisante. On sait cependant que cette ??le, tr?¨s montagneuse, est essentiellement volcanique. M. Pemberton Hodgson, consul britannique a fait en 1860, dans cette ??le, laascension daun volcan qui ne mesurait pas moins de 4,000 pieds da??l??vation. Laarchipel des Kouriles renferme au moins douze volcans, dont la jonction souterraine est r??v??l??e par ceux qui se rencontrent au Kamtchatka, et parmi lesquels il en est actuellement quatorze en pleine activit??.
Les Japonais, les habitants des campagnes surtout, vivent sous laempire de la terreur que leur causent ces volcans qui menacent sans cesse de se rallumer, comme les anciens Mexicains vivaient dans la crainte perp??tuelle de voir se renouveler les effroyables inondations diluviennes qui avaient jadis boulevers?? leur pays. La l??gende nationale fait voir, dans les profondeurs des montagnes volcaniques, les divinit??s infernales de leur mythologie. K?|mpfer rapporte que les bonzes japonais ont profit?? de la cr??dulit?? populaire pour placer dans toutes les r??gions sulfureuses et volcaniques des lieux daexpiation destin??s aux hommes fourbes et m??chants. Caest ainsi quails attribuent aux marchands de vin qui ont tromp?? leurs pratiques, le fond daune fontaine bourbeuse et insondable; aux mauvais cuisiniers, une source ? ??cume blanche et ??paisse comme de la bouillie; aux gens querelleurs, une autre source chaude o?1 laon entend sans discontinuer daeffroyables d??tonations souterraines, etc., etc.[18].
La constitution essentiellement volcanique de laExtr?ame-Orient a caus??, ? diverses ??poques, de brusques soul?¨vements de montagnes ou da??les qui se sont conserv??es jusqua? nos jours. En 764 de notre ?¨re, trois ??les nouvelles apparurent soudainement au milieu de la mer qui baigne les c?′tes du district de Kaga-sima, et aujourdahui on y trouve une population laborieuse qui say adonne ? laagriculture et au commerce. Les ??crivains japonais citent ??galement une montagne qui sa??lan?§a du sein de la mer de Tan-lo (au sud de la Cor??e), vers laan 100 de notre ?¨re. Au moment o?1 cette montagne commen?§a ? surgir du milieu des flots, des nuages vaporeux r??pandirent dans laespace une profonde obscurit??, et la terre fut ??branl??e par de violents coups de foudre. Laobscurit?? ne se dissipa quaau bout de sept jours et de sept nuits. Cette montagne mesurait mille pieds et avait une circonf??rence de quarante ri. Des vapeurs et de la fum??e environnaient sans cesse son sommet, et elle ressemblait ? un immense bloc de soufre.
Le Japon est un domaine neptunien. Le plus grand oc??an du monde, le fr?¨re a??n?? de notre Atlantique, baigne ses c?′tes orientales; et, du c?′t?? de laoccident, la mer furibonde des typhons et des temp?ates mugit avec fracas sur les innombrables rochers qui h??rissent ses bords. Da??normes gla?§ons, d??tach??s des eaux du Kamtchatka et du d??troit de Behring, saavancent vers ses c?′tes bor??ales, avant-garde des mers polaires; tandis que ses rivages du sud sont battus par les vagues gigantesques des mers tropicales.
Un courant daeau chaude, sombre, noire, sal??e, parsem??e de fucus flottants, vient promener sa course vagabonde sur les c?′tes du Japon et, de l? , sur toute la??tendue du Pacifique, dans la direction du nord-est. Respectueux sur son passage, laoc??an retire ses ondes verd?¢tres et le laisse tracer librement sa route semblable ? une voie lact??e des mers terrestres, pour me servir daune expression assez originale de lahydrographe Maury.
Issu du grand courant ??quatorial, le Kuro-siwo, caest-? -dire le ?Courant Noir?, comme laappellent les Japonais, commence ? se manifester ? la pointe m??ridionale de la??le de Formose, dao?1 il atteint daun c?′t?? la mer de Chine, tandis que de laautre il se dirige vers le nord, baignant ainsi toute la c?′te du Japon jusquaau d??troit de Tsougar. La rapidit?? quail donne aux navires emport??s avec lui vers le nord-est est consid??rable. Daabord, de 35 ? 40 milles par jour, cette vitesse saaccro??t parfois jusqua? 72 et 80 milles par vingt-quatre heures, aussit?′t quaon atteint la latitude de Y??do. Sa puissante influence sur le climat des ??les du Japon sa??tend jusquaaux rivages de la Californie et de laOr??gon. Des varechs flottants, daune esp?¨ce assez semblable au fucus natans du Gulf-Stream (courant de laoc??an Atlantique), se rencontrent en quantit?? sur tout son parcours.
Un contre-courant aux eaux froides, et sans doute issu des mers glaciales, vient c?′toyer le Kouro-siwo et rendre plus sensible la diff??rence de temp??rature de ses eaux. Partout, en dehors des c?′tes de Chine, sur le parcours de ce contre-courant froid, les sondages constatent que la mer acquiert une grande augmentation de profondeur. Le Kouro-siwo jouit habituellement de 20 ? 25 degr??s de chaleur de plus que ce contre-courant. Dans la r??gion du Kamtchatka et des Al??outiennes, les diff??rences de temp??rature entre ces deux courants sont encore plus sensibles.
Le climat des ??les du Japon est beaucoup plus froid que celui des contr??es de laEurope occidentale plac??es sous les m?ames parall?¨les. La?¢pret?? relative du climat asiatique, compar?? ? celui de laEurope, a daailleurs ??t?? d??j? plus daune fois signal??e. Le sud de la??le de Y??so, sous la latitude de Madrid, endure des hivers tr?¨s vifs, durant lesquels le thermom?¨tre descend jusqua? 15 degr??s au-dessous de z??ro (R??aumur). Entre le 38e degr?? et le 40e degr?? de latitude Nord, sur le parall?¨le de Lisbonne, la glace recouvre les lacs et les fleuves jusqua? une profondeur suffisante pour quaon puisse les traverser ? pied sans danger. Le riz ne cro??t d??j? plus dans la??le de Tsou-sima (34° 12a lat. bor.), et le bl?? ne parvient que difficilement ? sa maturit?? dans les environs de Matsmay?? (41° 30a lat. bor.). Sur la c?′te sud et sud-est du Japon, la temp??rature est plus douce, gr?¢ce ? la haute cha??ne de montagnes qui garantit le pays des vents glac??s de laAsie. On rencontre d??j? le palmier, le bananier, le myrte et autres v??g??taux de la zone torride, entre le 31e degr?? et le 34e degr?? de latitude nord. Dans certaines localit??s, on cultive m?ame la canne ? sucre avec succ?¨s, et les rizi?¨res produisent annuellement deux r??coltes.
Il a ??t?? ??tabli, je crois, daune mani?¨re incontestable, que les parties du Japon tourn??es du c?′t?? de laAsie ??taient beaucoup plus froides que celles qui regardent laoc??an Pacifique. Ainsi le Siro-yama ou Mont-Blanc japonais, situ?? sous le 36e degr?? de latitude est d??j? couvert de neiges perp??tuelles ? une hauteur de 2,500 m?¨tres au-dessus du niveau de la mer, tandis que le Fouzi-yama qui sa??l?¨ve, comme je laai dit tout ? laheure, ? pr?¨s de 4,000 m?¨tres, est presque toujours d??gag?? de neiges pendant les beaux mois de laann??e. On cherche ? expliquer ce ph??nom?¨ne en disant que la partie occidentale du Nippon se trouve expos??e aux vents froids du continent asiatique, tandis que la partie orientale, abrit??e par les hautes montagnes de laint??rieur, en est, au contraire, g??n??ralement garantie. Cette explication ne me para??t pas p??remptoire, et je crois quail faut la chercher dans une foule daautres actions, parmi lesquelles celle du Kouro-siwo naest peut-?atre pas la moins consid??rable.
La temp??rature de Y??zo est daordinaire tr?¨s froide. Dans le nord de la??le, la neige recouvre souvent le pays en plein mois de mai, et les arbres ne donnent encore aucun feuillage. On endure, lahiver, de grandes pluies accompagn??es de coups de vents temp?atueux, et da??pais brouillards se r??pandent sur le sol, o?1 ils continuent souvent ? ??paissir pendant des semaines enti?¨res. En ??t?? m?ame, il est bien rare que le ciel ne soit pas obscurci par quelque brume. Ces brouillards sont funestes aux navigateurs qui, au milieu de laobscurit?? quails produisent, vont se perdre sur les innombrables r??cifs que renferme laOc??an dans ces parages.
A Matsmay??, laune des localit??s les plus m??ridionales de la??le, situ??e sous la latitude de Toulon, les ??tangs et les marais g?¨lent pendant lahiver. La neige ne dispara??t plus pendant la p??riode comprise entre novembre et mai, et il naest pas rare que le thermom?¨tre descende ? 15 degr??s au-dessous de z??ro (R??aumur).
Dans la??le de Nippon, laatmosph?¨re est moins variable. Les ??t??s sont tr?¨s chauds, et, certaines ann??es, ils seraient m?ame insupportables, si la mer naapportait une brise qui rafra??chit la temp??rature de laair. Par un remarquable contraste, les hivers, au mois de janvier et de f??vrier, sont tr?¨s durs; et, lorsque le sol est couvert de neige, la r??verb??ration produit une sensation de froid fort aigu??, surtout quand le vent souffle du nord et du nord-est.
Les pluies sont fr??quentes au Japon, principalement vers le milieu de la??t??, ? la??poque dite des ?mois pluvieux[19]?. Ces pluies, accompagn??es de coups de tonnerre, durent quelquefois toute laann??e. On dit quaon leur doit en grande partie la fertilit?? du pays, dont la terre, daailleurs pauvre, ne produirait que daassez maigres v??g??taux, si elle na??tait sans cesse ranim??e par des arrosements naturels. Toujours est-il que ces abondantes ond??es contribuent ? entretenir une humidit?? tr?¨s sensible qui p??n?¨tre ceux qui sortent et se r??pand partout dans laint??rieur des habitations. Caest ce qui a fait dire ? un po?¨te-roi, au mikado Ten-dzi:
Dans la saison daautomne, on fait la moisson dans les champs;
La natte qui couvre ma cabane est ? claire voie,
Mes v?atements sont humect??s par la ros??e[20].
Dans le Seto-uti, ou Mer int??rieure, le thermom?¨tre varie, en ??t??, de 26 ? 35 degr??s centigrades; en hiver, la temp??rature est rarement inf??rieure ? 5 degr??s au-dessous de z??ro[21].
Le climat de Nagasaki est tr?¨s variable. Les ??t??s sont extr?amement chauds et la temp??rature, pendant cette saison, naest gu?¨re moins ??lev??e qua? Batavia. Les hivers, au contraire, sont souvent rigoureux; la neige reste longtemps sur le sol, surtout dans la campagne, et la glace elle-m?ame y est fort ??paisse.
La superficie territoriale du Japon a ??t?? ??valu??e ? 400,000 kilom?¨tres carr??s, ce qui correspond ? peu pr?¨s aux trois quarts de la France. Mais, comme cet archipel est tr?¨s long (plus de 800 lieues), il en r??sulte que le d??veloppement de ses c?′tes est consid??rable et peut ?atre ??valu?? ? environ dix fois celui des n?′tres[22].
La forme longitudinale du Japon, et la cha??ne de montagnes qui le traverse du sud au nord, fait que ce pays pr??sente dans toute son ??tendue deux versants ? peu pr?¨s partout ??galement orient??s, laun ? laouest, laautre ? laest. Le versant oriental, caest-? -dire celui qui fait face au Pacifique, semble ? bien des ??gards avoir ??t?? privil??gi??.
Le berceau de la civilisation a ??t?? ??tabli sur ce versant oriental au VIIe si?¨cle avant notre ?¨re; les deux capitales, Miyako et Y??do, les cit??s les plus opulentes, Oho-saka, Kama-kura, Mito, Sira-kawa, Ni-hon-matu, Sen-dai, etc., y ont ??t?? fond??es; le T?′-kai-dau, ?la Voie de la mer de laEst?, cette grande route strat??gique cr????e par Ta?ˉ-kau Sama, pour assurer sa supr??matie sur les princes f??odaux de laempire, et qui est devenue laart?¨re principale de la vie politique, industrielle et commerciale des Japonais, a ??t?? ??galement construite sur le flanc oriental du Nippon. Les mines daor et daargent [les plus riches] du pays paraissent aussi situ??es du m?ame c?′t??, ? laexception cependant des mines de Tazima dont laimportance serait, dit-on, consid??rable, si elles ??taient convenablement exploit??es.
Avant de terminer ce rapide expos??, vous me permettrez daajouter quelques d??tails descriptifs relativement ? la g??ographie des ??les du Japon. Ces d??tails vous seront utiles pour vous familiariser avec des d??nominations topographiques, que nous retrouverons sans cesse dans le cours de nos ??tudes.
Laarchipel japonais se compose de trois grandes ??les et daun nombre consid??rable de petites ??les et da??lots que jaai ??valu?? tout ? laheure, daapr?¨s les statistiques les plus r??centes, ? 3,850.
La principale des trois grandes ??les, appel??e Nippon ?Soleil Levant?, a donn?? son nom ? laarchipel tout entier. Caest de ce nom, prononc?? en Chine Jih-p?n, que vient la d??signation europ??enne de Japon. Daautres noms sont employ??s dans la litt??rature, et surtout en po??sie, pour d??signer cette grande ??le et en m?ame temps le Japon en g??n??ral. Parmi ces noms, je me bornerai ? vous mentionner les suivants: Hi-no moto, synonyme, en dialecte indig?¨ne, du nom chinois daorigine Nippon;-Yamato ?le Pied des Montagnes?, nom daune des provinces o?1 sa??tait ??tablie la cour des mikados;-Ya-sima ?les Huit Iles[23]?;-Ya-koku ?la Vall??e du Soleil?, nom emprunt?? ? une ancienne l??gende chinoise;-Fu-sau koku ?le Pays des M??riers?, autre nom l??gendaire chinois, dans lequel quelques savants ont cru voir une ancienne appellation de laAm??rique, etc.[24].
Les deux autres grandes ??les se nomment: Si-koku ?les Quatre Provinces?, et Kiu-siu ?les Neuf Arrondissements?. Cette derni?¨re ??le naest s??par??e du Nippon que par un d??troit daune demi-lieue de largeur.
Les fleuves qui baignent le Japon ont tous un cours peu ??tendu, r??sultant de la configuration m?ame de ce pays. Quelques uns, cependant, comme la Tamise en Angleterre, sails naont point de longueur, sont larges et profonds ? leur embouchure. La capitale est travers??e par laOho-gawa, ou ?grand fleuve?, qui s??pare la ville proprement dite de ses faubourgs, et sur lequel on a construit cinq ponts, dont plusieurs pr??sentent une architecture remarquable. LaOho-basi, ou ?grand pont?, mesure environ 320 m?¨tres. Le Yodo-gawa, qui coule ? Ohosaka, est ??galement travers?? par plusieurs beaux ponts construits en bois de c?¨dre.
Parmi les lacs du Japon, il en est un qui, par son ??tendue et les facilit??s de communications quail assure aux populations riveraines, m??rite une mention particuli?¨re. Caest le Biwa-ko, ou ?lac de la Guitare?, situ?? dans laancienne province daOmi. Suivant une l??gende accr??dit??e dans le pays, cette petite mer int??rieure aurait ??t?? form??e en une nuit, ? la suite daun grand tremblement de terre qui produisit un affaissement du sol et creusa le lit quaelle occupe aujourdahui, en m?ame temps que sa??levait la gigantesque montagne sacr??e du Fouzi.
Isol??s pendant de longs si?¨cles du reste du monde, les Japonais se sont vus dans la n??cessit?? de donner un grand d??veloppement ? laagriculture et ? laindustrie, afin de saassurer dans leur archipel les moyens daexistence quails ne pouvaient tirer daailleurs. Cet archipel naest pas, comme certaines contr??es favoris??es de laAsie M??ridionale, daune grande fertilit?? naturelle. Laactivit?? intelligente, le travail opini?¢tre de ses habitants, ont su en faire une des r??gions les plus productives de laAsie. Il faut dire que, gr?¢ce ? sa configuration g??ographique, le Japon jouit, ? ses diverses latitudes, des climats les plus vari??s. Tandis que, dans le nord, on y trouve les fourrures et les essences de la Norv?¨ge; dans le midi, le sol produit les v??g??taux les plus pr??cieux de la flore tropicale. Aux ??les Loutchou[25], on cultive avec succ?¨s la canne ? sucre, le bananier, le cocotier, laoranger, laananas; le coton, laindigo, le camphre y sont daune qualit?? sup??rieure.
Dans la zone moyenne, o?1 saest d??velopp??e surtout la civilisation japonaise, le climat temp??r?? est propre ? la culture du riz qui constitue la base essentielle de la nourriture de la plupart des peuples de race Jaune, et ? celle du bambou qui leur rend les services les plus vari??s pour la vie domestique[26]. Laarbre ? vernis fournit ? laindustrie indig?¨ne la laque incomparable du Japon, et une esp?¨ce de Broussonetia dont les fibres forment la mati?¨re premi?¨re daun papier daune solidit?? remarquable. Le th?? cro??t ? peu pr?¨s sans culture dans plusieurs provinces. Dans la r??gion du nord enfin, le m??rier vient apporter un nouvel ??l??ment de richesse ? la population des campagnes, en lui assurant les moyens de saadonner sur une large ??chelle ? la??ducation des vers ? soie[27].
La p?ache, tr?¨s active sur toute la vaste zone c?′ti?¨re de laarchipel japonais, apporte ? son tour un pr??cieux contingent pour la nourriture de la nation, qui a ??t?? pendant longtemps essentiellement icthyophage.
Les profondeurs du sol sont, au Japon, daune remarquable richesse: mais ce naest que dans ces derniers temps que les mines ont commenc?? ? ?atre exploit??es daune fa?§on s??rieuse et lucrative. Laor se rencontre dans le Satsouma, le Tazima, le Ka?ˉ, le Bou-zen et le Boun-go, le Sado et laAki; laargent, dans plusieurs de ces m?ames provinces et aussi dans laIs??, le Hida, laIvasiro, laIwaki, le Moutsou, laIvami et le Bizen. Le cuivre, le fer et le plomb paraissent ??galement assez communs. Enfin, on trouve de riches houill?¨res daautant plus dignes daattention, que le charbon de terre devient de jour en jour un produit plus indispensable aux progr?¨s de laindustrie moderne. Avant la??tablissement des Europ??ens au Japon, on ne demandait aux mines de houille que ce qui ??tait n??cessaire aux besoins des forgerons et de quelques autres corps de m??tiers moins importants. Le d??veloppement de la navigation ? vapeur dans les mers de laextr?ame Asie a donn?? ? ce produit du sol une valeur dont on ne se doutait gu?¨re, au Nippon, il y a seulement cinquante ans, et laexploitation des terrains houillers a ??t?? organis??e de toutes parts. En 1877, on ??valuait la production annuelle du charbon au Japon ? environ 400 mille tonnes anglaises, repr??sentant une valeur da? peu pr?¨s 6 millions de francs. Ces chiffres, il faut le dire, sont tout ? fait insignifiants, en comparaison de ce quails pourront ?atre, le jour o?1 une l??gislation meilleure viendra encourager, au lieu de la g?aner, laexploitation des carri?¨res par laindustrie priv??e[28]. Les districts carbonif?¨res de la??le de Y??zo, ? eux seuls, pourraient devenir pour le Japon une source de richesse en quelque sorte in??puisable.
Je naai fait quaeffleurer, ? mon vif regret, une foule de sujets sur lesquels je voudrais pouvoir maarr?ater davantage. Ces courtes observations suffiront cependant, je laesp?¨re, pour vous donner une id??e g??n??rale de la constitution physique du pays dont nous nous proposons da??tudier ensemble la langue, les origines ethniques, lahistoire et la civilisation.