Genre Ranking
Get the APP HOT

Chapter 6 6

Course, capture, baraterie du Patron, avant-go?t

de piraterie.

Quel changement de physionomie s'opère au large dans la physionomie d'un équipage qui vient de quitter le mouillage! A peine ces corsaires, dont je vous ai dépeint la lourde joie et les grossiers amusements dans la rade de Labervrack, eurent-ils senti la lame de la Manche, qu'ils prirent tous un air grave et une contenance impassible. Plus de ga?té dans leurs propos, plus d'abandon dans leurs gestes. Leurs yeux, r?dant autour du bord et sur tous les points de l'horizon qui s'étend devant eux, semblent chercher à découvrir la proie dont ils veulent se saisir. Leur conversation ne roule que sur le partage du large butin qu'ils se promettent. C'est un trois-mats chargé de piastres qu'ils veulent aborder, un batiment de la Compagnie qu'ils voudraient attaquer. Bien ne leur semblerait trop redoutable, parce qu'ils se sentent autant de courage que d'avidité.

Un convoi se présente: le capitaine Felouc se jette au beau milieu des navires qu'escorte une corvette. La vue d'un lougre effraie tous les navires marchands, qui s'empressent d'abord de fuir. La corvette chasse le corsaire qui l'amuse ainsi jusqu'à la nuit. Puis quand l'obscurité enveloppe et le batiment chasseur et le batiment chassé, celui-ci revient sur sa route, rejoint les navires du convoi, et en élonge trois, en jetant mystérieusement à leur bord des paquets d'hommes qui menacent les Anglais du bout de leur poignard, au moindre cri, au moindre signe dont le but serait de trahir leur présence.

On expédie les prises. La nuit favorise leur fuite; mais les équipages qu'il a fallu leur donner, épuisent le nombre d'hommes du corsaire. Le lendemain il faudra songer à là retraite, et aller dans quelques ports de France se ravitailler d'hommes nouveaux pour continuer la course.

Trois ou quatre jours se passent avant qu'on ne puisse gagner la terre avec des vents de Sud. Un petit brick anglais se rencontre sur les attérages. Le corsaire oriente sur lui. En quelques heures il le tient sous son écoute. Un coup de canon siffle dans sa mature, et le brick amène. On va à bord s'assurer si sa cargaison vaut la peine qu'on se démunisse de quelques hommes pour le conduire en France. Il est richement chargé. Le petit pilote Palafox a fait preuve de capacité et d'audace. Les capitaines de prise commencent à être rares à bord. Aucun de ceux qui restent ne conna?t assez bien la c?te, pour qu'on le charge de piloter le navire amariné, en lieu s?r. Palafox se propose: on lui donne dix hommes. Il saute à bord du brick, et vogue la barque! Le corsaire l'escorte pendant quelque temps: le mauvais temps vient, et sépare le lougre du brick. Mais celui-ci, avec les premiers vents d'Ouest, laisse courir au Sud-Sud-Est, et au bout de quelque temps Palafox découvre les roches des épées de Tréguier. Tréguier, bel attérage pour des corsaires qui, garantis par les dangers que présente cette c?te, peuvent braver les croiseurs trop prudents pour s'engager dans de tels parages! Un soir enfin, la prise laisse les Sept-Iles par tribord à elle, et va s'enfoncer dans les roches qui s'étendent sur l'avant: son capitaine conna?t toute cette c?te, dont l'aspect fait dresser les cheveux à nos marins du midi. Un navire, qui semble poursuivi par un batiment à la haute voilure, se montre sur la partie de l'horizon que la prise laisse derrière elle. Bient?t elle reconna?t un lougre dans le navire chassé. C'est peut-être le corsaire l'Empereur lui-même, et le navire qui le presse, une corvette ou une frégate. Le vent qui bat en c?te pousse grand largue le navire carré, et doit contrarier le lougre, dont la marche est le plus près. Hélas! oui, le croiseur gagne, gagne le pauvre lougre: il sera bient?t sur lui.... Il l'a joint, et quelques longs coups de canon qui résonnent au loin avec un lugubre fracas, annoncent qu'avant la nuit le lougre a été amariné!

Plus heureux, le petit brick, en refoulant un horrible courant, en se laissant pousser par un vent qui grossit les lames, passe entre tous les dangers qu'il effleure, qu'il contourne, et va mouiller avec la nuit tombante, à la Roche-Jaune.

Douce fête que l'arrivée d'une prise! Triomphe pour les marins, joie pour les habitants du port, que les richesses conquises sur l'ennemi vont vivifier! Ivresse enfin pour tout le monde, ivresse surtout pour l'équipage du navire capturé! Les embarcations du stationnaire de Tréguier, les pataches de la Douane, environnent le brick. On embrasse Cavet sans le conna?tre. On lui offre un lit, un repas, des femmes même. sans savoir s'il a le sou en poche. La prise paiera toutes ses dépenses, ses profusions, ses folies. Arrivent du vin, des amis qu'il n'a jamais vus, des femmes dont il ne se soucie guère! Il est corsaire, corsaire heureux, et de plus, un des mieux batis des jolis gar?ons que l'on ait vus sous une chemise de molleton rouge! Qu'avec plaisir les jeunes filles promènent leurs regards animés sur ses traits hardis et son front expressif! Il entend et parle leur langage bas-breton. Il fait mieux encore, il comprend cet autre langage plus tendre qui ne se parle pas. Il finit par répandre l'or qu'on lui compte, entre des marins insouciants qui boivent avec lui, et des femmes qui l'encha?nent une heure ou deux au sein de ces orgies qui sont à peine des excès pour sa br?lante imagination et pour la force de son organisation. Ouessant et ses innocentes moeurs, le bon Tanguy et ses paternelles exhortations, sa soeur même, ravie par les Anglais, tout est oublié avec des corsaires qui oublient tout, hors le plaisir brutal dont ils sont altérés.

Ce ne fut que lorsqu'il n'y eut plus d'argent à dépenser, que notre jeune pilote se rappela quelque chose.

Un matin il se réveille calme, après avoir prolongé dans le sommeil les grossières illusions de l'orgie du soir. Il ne trouve près de lui ni les femmes qui l'avaient flatté la veille, ni les amis avec lesquels il s'était enivré. Il porte la main à sa ceinture: elle est vide. L'or qu'elle renfermait s'est évanoui en fumée; il ne le regrette pas: au contraire, même, il se félicite d'être délivré du souci de le dépenser. Ses réflexions se reportent plus librement au-delà de la vie qu'il a menée depuis quelques jours. Il entend la mer battre le rivage sur lequel, il a trouvé un refuge. Cette mer, qui a bercé son enfance, et qui s'est fait entendre si constamment à son oreille, semble, en mugissant au loin, le rappeler sur son sein maternel. Jamais le bruit des vagues n'avait retenti si harmonieusement pour lui. ?Ah! dit-il, en ouvrant une fenêtre qui donne sur les flots, c'est là qu'est ma vocation, ma vie! La terre m'a trompé, elle m'a toujours repoussé. Les hommes, là, sont trop méprisables, leur existence trop fade. J'ai éprouvé déjà leur injustice, leur égo?sme. J'ai voulu go?ter de leurs plaisirs. Les femmes, qu'ils estiment et qu'ils flattent avec délicatesse, auraient peut-être consenti à jeter un regard de bienveillance sur ma figure; mais sur mon sort aucune d'elles n'aurait gémi. J'aurais pu être l'amant caché de quelques-unes: aucune n'aurait songé à devenir ma protectrice désintéressée. Je me suis livré aux dernières de ces créatures qui tiennent une si grande place dans l'existence des hommes; elles ne m'ont inspiré qu'une passion sans fièvre, qu'a bient?t suivie le dégo?t. C'est à la mer qu'il faut aller oublier ces impressions pénibles. La lame de l'Océan effacera tout cela. Ce n'est que loin d'ici que je puis respirer à l'aise. Un corsaire, un corsaire encore, pour celui qu'ils appellent l'orphelin! Des combats, du fracas et du carnage pour l'enfant qui n'a pas eu le courage d'être, bas, rampant et méprisé. à l'eau! à l'eau! toi, petit pilote, que l'eau a jeté expirant dans la barque d'un pêcheur.?

Il trouva bient?t un autre corsaire. Pour l'aller chercher, il prend un baton à la main, marche vers Saint-Malo, comme s'il allait porter une lettre à la poste du lieu le plus voisin. Lui, qui, quelques jours auparavant, nageait dans une certaine opulence, au milieu de ses femmes, des flatteurs qu'il avait trouvés, se tra?ner sur une grande route comme un vil piéton!... Oui, sans doute, il marche, sans bagage même, mais aussi sans souci, sans regret, sans pénible prévoyance de l'avenir. Il ne lui reste plus rien; mais l'avenir se déroule riant devant lui, comme ce chemin sinueux et long, dont les blancs contours semblent se perdre capricieusement au sein des forêts qui le bordent, ou des rivières qu'il divise. Il marche en piéton, le petit corsaire; mais ne voyez-vous pas, à cette allure franche, à ce pas rapide et décidé, qu'il porte toute une fortune avec lui? Dans quel endroit du monde pourrait-il tomber avec sa jeune et jolie figure, sa noble et vigoureuse taille, où il f?t réduit à demander le pain de la pitié?

Comme lui, j'ai été voyageur à vingt ans; pauvre, mais rempli d'espérance, et allant chercher la fortune, à pied, un baton à la main, une gibecière sur le dos. Le soir, dans la modeste auberge que j'avais choisie tout exprès bien mesquine, la jeune fille qui me portait un léger repas, me regardait du moins avec intérêt, avec une tendre curiosité qui me faisait oublier jusqu'aux fatigues de la journée. L'h?tesse me questionnait avec bonté sur mon age, ma vie et mes projets, et je me couchais heureux d'avoir rencontré de braves gens qu'avaient intéressés ma jeunesse, ma figure, mon na?f langage. Plus tard, j'ai voyagé moins modestement. Une voiture, louée à grands frais, m'a quelquefois transporté avec vivacité, avec éclat, d'une brillante h?tellerie à une autre h?tellerie aussi brillante, où mon arrivée mettait filles et gar?ons sur pied. Mais là, plus de doux regards de femmes sur moi; plus de bienveillantes et familières questions sur les rêves bien aimés que j'avais caressés en route. Je n'étais plus jeune, je n'étais plus pauvre non plus. Ah! ma première manière de voyager était la bonne!

Saint-Malo se présente aux yeux de notre piéton, avec ses grands murs étroits au milieu des flots qu'ils défient, avec ses pieux pour briser la lame furieuse, qui vient blanchir sous les remparts de cette cité à la fois commer?ante et guerrière. Oh! c'était bien alors une ville de corsaires. Des matelots, en grosses bottes et en bonnets rouges, inondaient ses rues, remplissaient ses cafés et ses cabarets. C'était un bruit, une activité, un mouvement! La course était l'industrie du pays; on ne parlait qu'armement, prises, capitaines capturés, hommes tués, lougres, c?tres amarinés. Saint-Malo était enfin la ville d'Alger de la France, moins toutefois la barbarie et le pillage.

Cavet va trouver l'armateur du lougre l'Empereur, qui se consolait de la capture de son corsaire en en équipant un autre, sous le nom du Grand-Napoléon.

-Monsieur l'armateur, c'est moi qui ai attéri le brick anglais, dont vous m'avez payé mes parts de prise à Tréguier. J'ai mangé tout, et je veux naviguer.

-Soyez le bien venu, jeune homme. Il y a à bord du Grand-Napoléon une place de sous-lieutenant.

-N'y aurait-il pas moyen d'être lieutenant, en considération de la prise que j'ai mise à terre?

-Non, mon ami, toutes les places de lieutenant sont occupées; mais je crois pouvoir vous promettre que vous aurez une des premières prises que l'on amarinera.

-Et combien me donnerez-vous de parts?

-Trois parts, selon votre grade.

-Mais je crois valoir mieux que le grade que vous me donnez, faute de place. Accordez-moi quatre parts, et qu'il n'en soit plus question: je suis pilote, je connais mon état, et quatre parts ne sont pas trop.

-Je voudrais bien pouvoir vous rendre justice, mais je ne puis vous offrir que ce qu'il m'est permis de vous proposer.

-Je chercherai ailleurs, en ce cas.

-Essayez; mais je crois devoir vous prévenir que mon corsaire sera le meilleur marcheur de la Manche peut-être, et qu'il est un des mieux équipés du port.

Cavet réfléchit un moment. Peu de temps lui restait pour se déterminer, et il conclut avec son armateur, mais en se promettant tout bas de rétablir, à la première occasion, l'équilibre entre le mérite qu'il se suppose, et les avantages trop mesquins qu'on lui a faits.

-Il saute à bord du Grand-Napoléon. Le capitaine le re?oit en lui faisant la mine sans trop savoir pourquoi. Le corsaire appareille: il se bat, se sauve, revient à la charge, happe ?à et là quelques navires sur la c?te d'Angleterre. On jette d'un c?té et d'autre quelques dizaines d'hommes sur les batiments amarinés. Cavet demande à commander une des prises. Le gaillard avait prouvé qu'il était marin. On lui donne à conduire en France un petit trois-mats chargé d'objets d'équipement, de vivres et d'armes. Le capitaine du Grand-Napoléon lui compose un équipage des plus mauvais sujets du bord, et voilà notre homme manoeuvrant d'abord pour attérir sa prise, après avoir quitté le corsaire.

Mais à bord de cette prise se trouvaient deux officiers marchands et trois passagers, que le corsaire n'avait pas eu le temps de prendre avec l'équipage du navire.

Les matelots du Grand-Napoléon s'empresseront, toujours galants, de faire leur cour aux passagères, qui étaient jeunes, et qui, après les premiers instants accordés à la douleur, parurent écouter nos écumeurs de mer avec moins de cruauté. Le capitaine Cavet songea d'abord à la manoeuvre. Les vents étaient contraires pour attérir. On louvoya.

Les mauvaises pensées naissent quelquefois des contrariétés que l'on éprouve. Il est si facile de rester honnête quand on est toujours heureux, et si difficile de rester toujours probe quand la fortune ne se lasse pas de vous poursuivre! Pardieu, se dit notre jeune capitaine, si, au lieu de chercher à crocher la terre avec ce batiment, qui était si richement chargé pour la Colombie, je lui faisais suivre sa première destination, et si j'allais m'enrichir moi-même plut?t que contribuer à augmenter assez inutilement pour moi, la fortune d'un armateur ingrat!... On m'a refusé, malgré mes services, le grade de lieutenant à bord du corsaire.... Je puis maintenant faire tout seul mon bien-être, me venger d'une injustice aux dépens de qui l'a commise, et me traiter selon mon mérite... Voyons un peu.

Le soir il rassemble ses gens, à qui il avait laissé prendre, dans la journée, une assez forte ration de grog.

-Enfants! leur dit-il, vous êtes de braves et vaillants matelots. Chacun de nous, dans le cas où nous terririons la prise que nous avons sous les pieds, recevrait peut-être pour sa part douze à quinze cents francs, deux mille francs, tout au plus.

-Oui, capitaine, ?a irait tout au plus à quatre ou cinq cents gourdes.

-Ce n'est pas trop, n'est-ce pas?

-Ce n'est pas assez, capitaine...

-Eh bien! si je vous proposais de tripler, de quadrupler, de décupler vos parts de prises, que diriez-vous?

-Nous dirions que vous êtes un bon... un bon enfant, quoi! Mais il faudrait un moyen honnête, car l'honnêteté avant tout, et l'argent après.

-Le moyen que j'ai à vous proposer est tout simple, c'est de terrir la prise en Colombie, où nous la vendrons pour notre compte.

-Ah ?à, capitaine, c'est-il là un moyen honnête; parce que nous, voyez-vous, pour ce qui est de ?a, nous ne nous y connaissons pas beaucoup. Nous avons de bonnes intentions, mais l'éducation manque.

-Mais c'est un moyen tout comme un autre, et meilleur même que tout autre. Je sais conduire un navire partout. Nous avons des vivres, des femmes, et un bon batiment à patiner. Cela vous va-t-il, avec des piastres en piles, au bout de la route?

Les gens de la prise se concertèrent un instant entre eux, avant de prendre une détermination qui pourrait blesser leurs scrupules. Au bout de quelques minutes de discussion sur le gaillard d'avant, l'un d'eux s'avance, le bonnet à la main, et dit, au nom de tous, au capitaine Cavet:

-Ma foi, capitaine, ils se sont décidés devant, et ils ont dit que vous feriez comme vous voudrez.

-En ce cas-là, changeons de route, répond le capitaine. Nous allons mettre le cap au Ouest, et laisse courir la bordée qui porte au vent!

La brise de Nord-Est favorisa ce scandaleux projet. On va si vite quand on va mal! Nos forbans se livrèrent dès ce moment à toute la joie et à tous les désordres qu'ils pouvaient se permettre. Les vivres de la cambuse allèrent grand train. Les passagères furent laissées libres d'accorder leurs bonnes graces à tous ceux qui sauraient les mériter. Les deux Anglais furent contraints de faire la cuisine. On buvait, on se battait, on se raccommodait à bord, et la manoeuvre allait comme elle pouvait, après que le capitaine avait trouvé le sang-froid nécessaire pour donner chaque jour la route à suivre. Jamais travers n'alla mieux au gré d'un équipage. C'étaient des chants et des cris continuels. Chacun des actes d'insubordination, qui se multipliaient à bord, était puni comme on le pouvait, à coups de poing, à coups de barre d'anspect; et la discipline temporaire, que ce genre de répression rétablissait tant bien que mal, permettait quelquefois au capitaine de faire exécuter les manoeuvres nécessaires. Un autre batiment bien conduit, bien tenu et sévèrement mené, aurait pu vingt fois être aper?u et pris par les croiseurs ennemis. La prise, commandée par Cavet, espèce de demi-forban, apprenti pirate, au milieu d'une dizaine de renégats, faisait son chemin, sans être seulement inquiétée par le plus petit événement. à la mer comme à terre, il est rare que le hasard ne favorise pas les mauvaises actions, et ne tourne pas entièrement du c?té de ceux qui savent tenter les mauvais coups avec audace.

-Où nous conduis-tu à la fin? capitaine, demandait l'équipage, quand il était à jeun, au chef qui avait promis de les amener à bon port.

-Je vous conduis dans un lieu où il n'y a ni prison ni potence pour nous.

-Mais encore, où est cela?

-Vous le saurez dans cinq à six jours, si la brise dure, et si vous ne vous so?lez pas de manière à ne plus pouvoir brasser une vergue, ou gréer une bonnette.

-En ce cas-là, nous nous griserons en douceur. Mais nous l'avertissons que si tu nous joues un mauvais tour, tu la goberas le premier, car nous ne voulons pas être trahis. Nous voulons seulement nous amuser, et nous faire tuer un peu proprement, s'il n'y a pas moyen de faire mieux.

Au terme marqué par le capitaine, on aper?ut la terre que l'on désirait aborder, après avoir laissé derrière soi quelques ?les fran?aises ou anglaises, qu'il aurait été malsain d'accoster, comme disaient nos écumeurs de mer. La c?te sur laquelle courait la prise était haute; chacun la contemplait avec un peu de préoccupation: l'équipage ne dansa plus, ne se grisa plus; mais il s'assembla sur l'avant, pour prendre une détermination. On se rendit près de Cavet, qui se trouva entouré bient?t de fous ses matelots.

-Quelle est cette terre? lui demanda l'un d'eux, au nom de ses camarades. Il est plus que temps que tu parles, ou que tu cesses de pouvoir parler.

-Cette terre, puisque vous voulez le savoir, est la c?te de Carthagène. Le pays est insurgé. L'armée révoltée a besoin des objets qui se trouvent à bord de notre navire. La nécessité la forcera à nous accueillir avec bienveillance. D'ailleurs des forbans sont toujours bien venus chez des révoltés. Ce soir ou demain matin, notre prise sera peut-être vendue au prix que nous voudrons.

-Bien s?r? Tu ne cherches pas à nous mettre dedans?

-Foi d'honnête homme, c'est-à-dire foi de je ne sais plus trop quoi, je vous parle comme je pense.

-En ce cas-là, tu nous permettras de prendre nos précautions. Voici ce que l'équipage a décidé. Il a décidé qu'on t'amarrerait derrière, au pied du mat d'artimon, de manière à te laisser voir le compas de l'habitacle, et à veiller à la manoeuvre; que nous ferions faction auprès de toi, un couteau de cuisine à la main; qu'une fois mouillés au large, nous enverrions une embarcation à terre, et que si l'embarcation ne revenait pas, ou si elle revenait pour nous dire que nous sommes vendus, nous te larderions comme un porc que tu serais.

-Eh bien! amarrez-moi, puisque vous êtes tous des Jeanfesse, capables de me soup?onner d'une lacheté qui me compromettrait autant que vous. Mettez-moi seulement une carte de Carthagène sous les yeux, et faites attention à bien exécuter les ordres que je vous donnerai.

Cavet est amarré au poste qu'on lui a assigné. Pour plus de s?reté, on lui passe au cou un cartahu destiné à le hisser au bout de la grande vergue, dans le cas où on jugerait utile ou consolant de le tuer et de le pendre, pour l'exemple des tra?tres à punir.-Au surplus, dit-il à ceux qui le garrottaient, l'homme immortel qui découvrit cette terre que j'aper?ois valait mieux que moi, et il fut traité comme je le suis par des gens qui valaient mieux que vous: je n'ai pas à me plaindre. C'est une rude école que vous me faites faire, mais il faut que mon apprentissage soit dur pour le métier que je veux exercer. Je serai un jour capitaine de pirates, et j'aurai pour matelots des canailles de votre espèce. Amarrez-moi bien.?

Le navire cingle vers la terre. On se dispose à mouiller au large de la c?te, qui gross?t aux yeux inquiets de l'équipage. Mais une embarcation aux voiles blanches et légères approche avec beaucoup d'hommes armés. On ne peut la fuir, et Cavet commence à trembler. Ses gens deviennent plus mena?ants; le cartahu qu'on lui a passé au cou est raidi par deux matelots furieux, qui veulent le pendre avant que le canot qui chasse la prise ait accosté. Les deux passagères se jettent aux genoux des plus forcenés pour obtenir la grace du malheureux capitaine. Quelques minutes se passent en menaces, en contestations, et l'embarcation aborde enfin le navire. C'est Cavet lui-même qui crie à l'officier qui la commande: Où sommes-nous? Répondez vite, il y va de ma vie.-L'officier répond: Sur la c?te de Carthagène.-Qui êtes-vous? Que nous voulez-vous? demandent les hommes de la prise.-Des soldats de Bolivar, et nous venons vous proposer d'aborder la partie de la c?te où se trouve l'armée libératrice qui assiège Carthagène.

à ces mots, l'équipage de Cavet passe de l'anxiété la plus vive à la joie la plus folle: on danse, on chante, on s'embrasse avec délire, sur ce pont où quelques minutes auparavant le sang allait ruisseler. Les Colombiens montent à bord de la prise, et ils sourient en voyant tous les matelots fran?ais se livrer aux transports les plus désordonnés. Mais Cavet, à qui personne ne songeait au milieu de cette ivresse commune, s'écrie:

-Eh bien, aucun de vous ne songe seulement à me démarrer! Voyez cependant ce que c'est qu'un tas de gueux de la sorte! Pour prix de les avoir conduits ici et de leur avoir sauvé la vie, ils me garrottent comme un tra?tre, et quand ils voient que leur affaire est bonne, ils dansent comme des imbéciles, et me laissent avec un cartahu à la garga?ole!

-Ah! c'est vrai, dit un des matelots. Il est juste de le dégager. C'était un bon b..... que notre petit capitaine! Portons-le en triomphe, et buvons trois coups à sa santé.

-Oui, en triomphe! Démarrez-moi d'abord.... Et si par hasard ces Colombiens, qui sont sans doute de braves gens, avaient été des Espagnols, vous vous seriez laissé aborder, avec les paroles qu'ils vous ont dites, n'est-ce pas? et moi je serais pendu! Voyez à quoi cependant tient la vie d'un homme comme moi au milieu de bandits comme vous!...

-C'est encore vrai ce qu'il rognonne là! Nous nous serions fait carotter du bon coin... Mais c'est égal: ce qui n'est pas arrivé n'est pas arrivé. Portons notre petit capitaine en triomphe... En triomphe le capitaine Cavet!

Les bras vigoureux de deux matelots se croisent et enlèvent le capitaine. Tout l'équipage, la bouteille en main, suit le triomphateur, en faisant par trois fois le tour du navire. Vive notre petit capitaine! vive Cavet! à sa santé! On buvait, on braillait; chacun se disputait l'honneur de coller ses chaudes lèvres sur les joues du capitaine. C'était à qui le tirerait à soi pour lui tenir la main, lui toucher le pied, lui appliquer un lourd baiser. Pour lui, assez indifférent à cette ovation, il ne s'adressait à ses gens que pour leur répéter: Prenez bien garde au moins de ne pas me jeter par-dessus le bord, à force de tendresse. La scène se termina enfin par épuisement. Le héros prit le parti de sauter sur le pont et de se placer à la barre de son navire, car il était temps de manoeuvrer.

Les Colombiens étaient d'avis que l'on gouvernat le batiment vers l'embouchure de la Magdeleine, rivière près de laquelle se trouvait le petit corps d'armée de Bolivar. On suivit leur conseil. Les matelots étrangers aidèrent les fran?ais à rentrer le navire dans une des criques de la c?te.

Une fois à terre, ce fut bien une autre affaire! La petite armée insurgée manquait de tout. Aussi avec quel empressement les officiers et les soldats accueillirent les marins qui semblaient leur apporter ce qui leur était le plus nécessaire. On se jeta sur les armes et les vêtements que contenait la cale du batiment. Mais qui nous paiera tout cela? demandait l'équipage.-La république, lui répondaient ies soldats.-Mais où est votre république?-Nous ne savons pas encore où; nous cherchons à en faire une.? En attendant que la république f?t trouvée, on donna des bons sur l'état au capitaine Cavet, pour les objets qu'on lui prenait. Du reste, on permit à ses hommes et à lui de s'introduire et de combattre dans les rangs des Colombiens, et de partager avec les patriotes l'honneur de marcher sous Bolivar.

Les matelots, qui avaient cru enlever la prise pour leur compte, se trouvèrent un peu déconcertés en voyant qu'ils n'avaient travaillé, en définitive, que pour une cause dont ils ne comprenaient pas bien toute la noblesse. Mais ils se consolaient de leur mésaventure en répétant: Un voleur qui vole l'autre, le diable en rit. Nous avions escroqué nos camarades et notre armateur, d'antres forbans nous escroquent: le sort est juste, et nous sommes les dindons de la farce.

Quant à leur jeune capitaine, ce fut lui qui se résigna le plus facilement au sacrifice de la forte part sur laquelle il avait compté en s'appropriant le batiment. On le présenta à Bolivar, qui lui promit de le naturaliser colombien, en reconnaissance du service que sans le savoir il avait rendu à l'Indépendance. Il répondit qu'il était disposé à accepter le titre de citoyen de la Colombie, comme il avait accepté les bons de la république. Mais, lui demanda le héros de Caraccas, qui donc a pu vous conduire ici?

-Mais moi-même, général.

-Et par quel événement, avec une prise faite sur les Anglais, êtes-vous venu à Carthagène?

-Par un événement que j'ai fait moi-même: j'ai enlevé la prise que je commandais.

-Mais c'est là au moins une action blamable.

-Pas plus blamable que celle que vous avez commise en me payant avec des bons-en-l'air les marchandises que je m'étais injustement appropriées.

-Vous paraissez avoir affaire à des matelots qui m'ont l'air d'être d'assez mauvais bandits.

-Pardieu, ce n'est pas avec des Aristides et des Catons que l'on fait des actions blamables, comme celle que vous me reprochiez tout-à-l'heure.

-Et si par hasard vous étiez tombé sur une terre ou chez un peuple qui eussent eu des lois?

-Nous aurions été punis peut-être comme écumeurs de mer, ou livrés à la prétendue justice de notre pays. Mais j'ai eu le nez bon. J'ai cherché des gens parmi lesquels la nécessité est encore la première des lois. On s'est emparé de la prise que j'avais volée; et, pour empêcher un bandit de crier à l'iniquité, on a proposé à ce bandit d'en faire un citoyen de la république en herbe. Vous avez raison: Rome n'eut pas d'autres commencements. Vous voulez asseoir les bases de l'édifice sur de la boue, faute de mieux. L'édifice encore pourra s'élever et tenir bon.

étonné de ce langage brusque et fleuri, de cette audace et de cette raison dans un homme si jeune, Bolivar regarde son interlocuteur avec intérêt. Il lui demande d'un ton bienveillant:

-Quel motif a donc pu vous déterminer à quitter l'Europe, comme vous l'avez fait?

-Des injustices, que j'ai mieux aimé punir que supporter. Vous connaissez d'ailleurs cette Europe, et vous savez si tout y est bien.

-Et quel grade vous sentiriez-vous la force d'occuper dans mon armée?

-Aucun. Vos soldats ne me plaisent pas. Au surplus, je ne sais pas leur métier. Cependant si vous croyez devoir m'employer, mettez-moi à bord de ma prise avec quelques barils de poudre, une vingtaine d'hommes et trois ou quatre canons. Si les Espagnols viennent, je les canarderai un peu, et pour cela je ne vous demanderai rien.

Bolivar consent à tout ce que lui propose Cavet. La prise, embossée à l'entrée de la Magdeleine, devient un stationnaire, et voilà une marine pour les indépendants. Quelques-uns des ivrognes qui ont fait partie de l'équipage du capitaine Cavet, consentent à servir encore sous ses ordres. Les préparatifs sont faits pour rendre le batiment redoutable à l'ennemi qui oserait s'approcher. Mais la nuit même de l'exécution de ce petit projet, les Espagnols attaquent à l'improviste les insurgés, qu'ils mettent en fuite. Cavet, surpris à bord de sa prise, est abandonné par les siens, qui disparaissent avec l'armée indépendante mise en déroute. Quelle destinée que celle de cette prise anglaise! Capturée d'abord par un corsaire, enlevée par son équipage ensuite; puis après, tombant dans les mains des indépendants, pour être livrée quelques jours plus tard aux Espagnols!

Le capitaine suivit le sort de son batiment. On l'amena à Carthagène, où il se plaignit bien haut des prétendus mauvais traitements que lui avaient fait subir les insurgés. Resté seul, et pouvant dire tout ce qu'il voulait sans qu'un témoin v?nt élever contre lui le souvenir de l'acte qu'il avait à se reprocher, notre jeune marin put facilement donner le change à ses capteurs, et il parvint à se faire indemniser par les Espagnols, comme une victime de l'injustice et de l'avidité des troupes de Bolivar.

Il y a dans la destinée de quelques hommes une espèce de fatalité qui semble les porter au vice ou au crime, en récompensant, comme de bonnes actions, tout ce qu'ils font de plus coupable. Quand une tentative condamnable leur réussit, quand le mensonge leur profite, comment voudriez-vous qu'ils s'arrêtassent sur la pente d'un ab?me qu'ils trouvent bordée de fleurs? C'est au malheur peut-être qu'il est seul donné d'inspirer le remords aux coupables. Le bonheur quelquefois réservé aux mauvaises actions, semble trop justifier le crime.

Les Espagnols ne crurent qu'à moitié à la sincérité de Cavet. Il ne leur inspira pas assez de défiance pour qu'ils pensassent être en droit de ne pas l'indemniser, mais il ne leur inspira pas non plus assez de confiance pour qu'ils cherchassent à se l'attacher. Et lui, trop disposé à braver l'opinion qui pouvait s'attacher à sa personne, il employait l'argent qu'on lui avait donné, à s'enivrer froidement de folles orgies, non pas pour la débauche elle-même, mais pour la conna?tre, pour en épuiser la coupe br?lante, et pour plus tard s'en détacher sans regret et la mépriser avec orgueil.

Qui n'a pas vu, dans les colonies, ces marins indolents oublier sous le tiède climat qui les endort, cette vie active qu'ils menaient sur les flots, et réunir autour du hamac où des femmes les bercent mollement, les voluptés qu'ils se procurent à force d'or et de profusion! Comment alors reconna?trait-on dans ces étranges sybarites, ces sauvages enfants de la mer, si insouciants d'eux-mêmes, si indomptés dans les périls qui semblent les avoir endurcis? Eux bercés comme de faibles nourrissons par la main d'une femme! Eux s'endormant au bruit d'une chansonnette chantée par la bouche d'une fille!... Oui, mais qu'un cri de guerre les appelle au combat; oui, mais que les gémissements d'un naufragé les implorent sur les flots au milieu de la tempête, vous les verrez s'élancer du hamac où ils s'alanguissent, pour voler au-devant du trépas ou pour aller s'engloutir dans les vagues que nul autre qu'eux ne saurait affronter ou même voir en face!

L'argent s'épuise, se perd bien vite dans les mains d'un marin oisif: celui de Cavet se répandait partout où ses pieds laissaient une trace; c'était son luxe à lui; c'est celui de tous les marins, luxe dévergondé, sans dignité, mais qui quelquefois n'est pas sans noblesse. Non content encore de semer en tous lieux et en de stériles mains, les gourdes dont il faisait si peu de cas, il se dit un jour: Un philosophe jeta toute sa fortune à la mer pour se croire libre: faisons mieux, jetons l'argent qui nous reste, dans les mains de quelques misérables matelots, pour nous réduire à leur condition et ne pas nous abrutir dans la mollesse. Voyons qui vent de l'or? J'en ai encore à dissiper, et les matelots sans emploi abondèrent. Cavet, à sa grande satisfaction, se trouva ce qu'un autre aurait appelé ruiné; mais lui se sentit au contraire dégagé d'un fardeau qu'il ne pouvait plus porter. ?C'est maintenant, pensa-t-il, que je me sens disposé à redevenir tout-à-fait homme en me livrant à la nécessité de gagner ma vie. Fait pour être, à le bien prendre, autre chose qu'un matelot, voyons si je vaux réellement ceux qui sont au-dessous de moi. Devenons matelot parmi des gens qui n'auront pour moi, ni indulgence, ni pitié, et qui me prendront pour ce que je pourrai valoir. Il y a ici des batiments anglais et américains; c'est à leur bord que je veux gagner rudement le pain amer de l'exil auquel je me suis condamné. Ils m'appelleront renégat, s'ils veulent, ces étrangers que je vais revoir; ils me traiteront en demi-forban si cela leur convient. Qu'importé, je m'élèverai à mes propres yeux, en m'abaissant jusqu'à leur être utile. Femmelettes de l'Europe qui n'avez pas voulu de moi, je vous apprendrai comme on grandit en force dans les rudes travaux qui effraient votre paresse. Vous n'avez pas daigné me reconna?tre comme Fran?ais, j'ai déjà re?u le titre de citoyen de la Colombie! Vous ne m'avez pas rendu justice même sur un corsaire, et c'est en me vengeant de vous par le pillage d'un de vos navires, que je suis venu ailleurs me faire naturaliser citoyen d'un pays où l'on ne me conna?t pas, et que j'ai enrichi du fruit de ce que vous appellerez un crime. Allons maintenant couronner l'oeuvre que j'ai entreprise en voulant me rendre un de ces hommes hardis que vous maudissez et que vous mettez au ban des nations policées. Devenu pour vous aussi exécrable que vous m'avez paru vils et petits, soyons un monstre à pendre, s'il est possible. Pour devenir un homme comme moi, je vous apprendrai peut-être qu'il faudrait bien des douzaines d'honnêtes citoyens comme vous.?

Quelques heures après cette belle résolution, notre jeune marin, forcé par le besoin qu'il s'était créé, d'aller chercher un emploi, r?dait sur les quais de Carthagène, abordant chaque capitaine de navire, et lui demandant, le chapeau à la main, mais avec un air encore très-décidé:

-Capitaine, n'auriez-vous pas par hasard besoin d'un matelot?

-Non, répondait l'un. Tu m'as l'air d'un vaillant gar?on; mais j'ai tout mon monde. Va chercher ailleurs.

-Combien voudrais-tu par mois? lui demandait un autre. On m'a proposé trois bons matelots à huit gourdes, pour remplacer les gens que j'ai perdus de la fièvre jaune.

-Huit gourdes! ce n'est pas mettre le prix pour un homme comme moi. A douze gourdes et un mois d'avance, vous m'aurez.

-Dix gourdes, et demain à bord. C'est mon dernier mot. Décide-toi rondement, car dans trois jours j'appareille.

-Onze gourdes, et taupez-là.

-Pas un noir de plus que ce que je t'ai dit.

-?a m'est impossible.

-En ce cas, mon gar?on, va chercher ailleurs.

Et il chercha tant en effet, content d'être marchandé pour une gourde ou deux, qu'il rencontra un vieux capitaine de schooner américain, qui le prit à la place de deux hommes qui lui manquaient. Pris à la place de deux matelots! se dit le jeune homme, tout enchanté de lui; c'est là ce qu'il me faut, à moi. Cette condition m'impose l'obligation de multiplier mes efforts et de doubler mon courage: tant mieux. Je grandirai en force et en détermination, par cela seul que l'on exigera plus de moi que de tout autre. J'aurai de la misère, mais suis-je né sur un lit de plume? Je ne le crois pas; et d'ailleurs ai-je été élevé dans la mollesse? Oh! pour cela, je suis bien s?r que non...... Ah! si le sort m'avait fait na?tre ou m'avait placé dans un rang un peu élevé de la société, peut-être aurais-je fait de grandes choses! Avec ma tête, ma résolution et les facultés que je sens là!... Mais le sort en a décidé autrement..... Abandonnons-nous à lui, et cherchons un navire avant tout.?

Il se remua tellement qu'il finit par trouver une place de matelot sur un pauvre caboteur des états-Unis. Le lendemain de son engagement, il était à bord, se barbouillant les mains dans du goudron, et cachant sa noble figure sous un large chapeau de paille. Il allait naviguer comme matelot à onze gourdes par mois, et un coup d'eau-de-vie à la fin du grand quart dans les mauvais temps: c'était une disposition supplémentaire, ajoutée à l'engagement qu'il venait de contracter avec le capitaine américain.

Previous
            
Next
            
Download Book

COPYRIGHT(©) 2022