Crainte, dégo?t, trame homicide, fuite,
rencontre.
?Enfants, nous nous sommes tous conduits avec bravoure, et de manière à nous faire pendre ou fusiller si jamais on vient à découvrir ce que nous avons fait de grand et d'audacieux. Je compte aussi sur votre silence, parce que votre tête est au bout de la moindre indiscrétion; mais si l'un de vous osait trahir ses camarades, son affaire serait bient?t prête. Je promets un baril de piastres à celui qui m'apportera le cadavre du coupable. Au moyen de cette récompense, je serai s?r de trouver plus de vengeurs que de tra?tres parmi nous. Voilà ce que j'avais à vous dire pour votre s?reté et la mienne, avant de rentrer à Carthagène... Amure la grand'voile, hisse et borde les perroquets, et laisse courir la barque!?
Cette simple allocution de leur capitaine est accueillie avec faveur par les forbans. Ils jurent d'exterminer le premier d'entre eux qui ouvrira la bouche sur les événements qui doivent être ensevelis dans l'oubli le plus profond. L'ivrognerie, disent-ils, n'excusera même pas l'indiscrétion, et celui qui, même f?t-il en ribote, rompra un silence qui importe à tous, ne se réveillera pas de sa coupable ivresse.-Et, à ces mots, les mains des matelots ont arraché leurs poignards de leurs ceintures, pour sceller leur serment de la plus terrible menace...
L'Albatros rencontre sur sa route des croiseurs, des corvettes et des frégates. Mais, travesti en dogre comme il l'est, mais misérablement barbouillé, et ayant l'air de se tra?ner péniblement sur les flots, aucun batiment de guerre ne songe à lui donner chasse et à le visiter. Une frégate fran?aise va même jusqu'à lui demander s'il n'a pas eu connaissance d'un brick peint en noir, avec une guibre surmontée d'une figure représentant un oiseau de proie. C'est l'Albatros lui-même que veut désigner la frégate, et le capitaine de l'Albatros lui répond qu'il a laissé le navire dont on lui parle mouillé à Saint-Thomas sous pavillon colombien. La frégate le remercie de ce renseignement, et elle s'éloigne du pirate, qui, pour lui parler, a fait cacher tous ses matelots dans la cale, et fait mettre inoffensivement ses canons en vache, le long du bord.
Bient?t on aper?oit la c?te de Carthagène! Carthagène, d'où le terrible Albatros est parti avec de la poudre et des canons, et où il va rentrer chargé d'or et de gloire, car les forbans prennent le carnage pour de la gloire! Déjà dans le port un grand nombre des prises qu'il a faites ont attéri. Le nom de Rodriguez a été porté aux nues par les indépendants, et c'est Rodriguez qui revient avec des blessés, avec son navire avarié et sortant victorieux d'un long et terrible combat.
-Contre qui s'est-il battu ainsi? se demande-t-on.
-Contre deux navires espagnols, qu'il a incendiés et coulés.
-Qu'a-t-il fait des prisonniers?
-Rien: il ne fait jamais de prisonniers, vous savez bien.
-Oh! le vaillant capitaine que ce Rodriguez! Gloire à Rodriguez! C'est le pourvoyeur de notre république. Des couronnes à lui, le triomphe pour Rodriguez! Vive le capitaine de l'Albatros!
Le Libérateur l'embrasse, le peuple le porte en triomphe. On couvre de fleurs et de lauriers le cadre dans lequel on débarque Mosquita blessée, toute rayonnante, toute émue de la gloire de son amant.
-Où va loger l'illustre capitaine, l'honneur de la marine colombienne? Le Libérateur a dit de porter ses effets dans l'h?tel du gouvernement.
-Oui, mais moi je veux qu'on les porte dans l'ancienne maison que j'habitais.
-Quoi! dans la case de Mosquita?
-Justement; c'est là que j'ai été heureux et tranquille quelques jours; ce sera mon palais.
-Oh! le brave et digne capitaine! C'est cela un homme courageux et simple, comme il en faudrait mille à la république!
-Oui, tas de badauds, on vous en donnera mille comme moi. Allons, suivez les ordres que je vous ai donnés, et pas de compliments.
Il croyait, notre pirate, retrouver dans la chambre de sa ma?tresse cette lueur de plaisir qui l'avait un instant séduit avant son départ sur l'Albatros. Mais les vives émotions qu'il avait éprouvées dans ses courses, ces émotions plus conformes à ses go?ts altiers, que les tendres sentiments de l'amour, avaient déjà distrait son ame du penchant qu'il croyait encore avoir pour sa ma?tresse. Quand un devoir de reconnaissance l'attachait pendant des jours entiers près du lit où elle souffrait encore pour lui, ces jours lui semblaient éternels. La satiété des plaisirs avait rendu ce coeur à son indifférence naturelle pour tout ce qui n'était pas irritant ou remuant. Les sensations nouvelles et inconnues qu'il avait éprouvées dans ses premières amours avec Mosquita, il ne les retrouvait plus avec elle. Plus la tendresse de celle-ci s'était augmentée pour lui, et plus ses marques d'attachement paraissaient lui être devenues importunes. Par égard peut-être il lui disait encore quelquefois cependant: Tu souffres, Mosquita, et c'est pour moi.
-Oui, lui répondait avec passion sa ma?tresse; mais chacune de mes douleurs m'est plus chère que je ne puis te l'exprimer. Je t'ai sauvé la vie au prix de mon sang, et je ne demandais rien de plus au ciel. Ah! si j'avais pu mourir pour toi!...
-Quelle idée!
-C'était là le plus vif de mes désirs secrets. En mourant ainsi j'aurais du moins laissé dans ton ame un souvenir ineffa?able.
-Et crois-tu que jamais je puisse oublier les liens nouveaux qui nous unissent, et que tu as scellés de ton sang?
-Je ne sais si je m'abuse, et si la tendresse toujours plus vive que tu m'inspires ne me rend pas plus exigeante; mais il me semble que tu ne m'aimes plus comme autrefois.
-Et qui m'obligerait, s'il en était ainsi, à feindre pour toi un amour que je n'aurais plus?
-Oh, tu sais bien qu'aimée ou détestée, je me suis attachée à toi pour toujours, et que je périrais plut?t de ta main, que de séparer jamais mon existence de la tienne. Mais laisse-moi m'enivrer d'une erreur qui fait encore ma félicité. Dis-moi que tu n'as pas cessé de m'aimer, et je tacherai de te croire.
La convalescence de Mosquita arriva. Penchée sur le bras de son amant, elle aimait à se montrer encore affaiblie, dans les rues de Carthagène, où tout le monde admirait le dévo?ment que lui avait inspiré l'amour. Sans cesse elle rappelait à Rodriguez le bonheur qu'elle ressentait de lui avoir conservé, au péril de sa vie, des jours qui lui rendaient l'existence si précieuse. Les femmes ne se doutent pas de ce qu'elles perdent en cherchant à nous encha?ner à elles par les liens de la reconnaissance qu'elles veulent imposer à notre amour. Les sacrifices qu'elles nous offrent obtiennent rarement le prix qu'elles attachent à leur dévo?ment le plus absolu. Ils nous deviennent à charge dès l'instant où elles semblent ne pas les ignorer assez ou s'en faire un trop grand mérite.
Un mois se passe pour Rodriguez dans la contrainte et le désoeuvrement. Il n'y tient plus. Il apprend qu'un batiment anglais est venu à Carthagène, pour procéder à une enquête sur la dernière croisière de l'Albatros. Le Libérateur a repoussé tous les faits qui paraissent s'élever contre son capitaine, qu'il regarde comme une des gloires de la république. Les matelots de Rodriguez se sont tus. Mais les soup?ons les plus terribles planent sur lui. Mosquita, alarmée sur le sort de son amant, court à lui: Tu ne sais pas, lui dit-elle, ce que les Anglais exigent du Libérateur?
-Que peuvent-ils exiger?
-Qu'il te livre à leur justice. Les plus sinistres accusations planent sur toi.
-Que pourront-ils me prouver?
-Rien; mais la violence et la force peuvent tout.
-Le pavillon colombien me protège; mon titre de citoyen de la république me préserve.
-Tu dois tout redouter d'une vengeance peut-être trop méritée. Il faut partir!
-Oui; mais sur mon corsaire même. Il va armer. Tous mes braves compagnons de course me redemandent. J'irai chercher un refuge au milieu d'eux, et c'est là que l'Anglais viendra m'arracher, s'il veut me punir des maux que je lui ai déjà fait souffrir.
-Ma prévoyance t'a réservé un destin plus s?r et plus heureux. Cet argent que tu as conquis d'une manière si funeste à la mer, tu l'as placé, par mes conseils, sous un nom supposé, en Europe. En prenant ce nom, et en nous dérobant à toutes les poursuites, nous pourrons échapper à la réputation que partout ici tu tra?nerais avec toi. Comment, d'ailleurs, oserais-tu repara?tre sur l'Albatros dans ces mers où tu as déjà porté tant d'effroi.
-Mon projet n'est pas non plus de prendre ici le commandement du corsaire. J'irai l'attendre à Saint-Thomas. C'est là qu'il me rejoindra, et que je pourrai m'élancer avec lui sur ces flots où je veux répandre une nouvelle terreur. La vie me parut indifférente dès que je pus la conna?tre: aujourd'hui elle m'est à charge. Je partirai.
Fuir! se dit-il en lui-même, dès qu'il put s'abandonner seul à ses réflexions.... Oui, je fuirai, mais en affranchissant ma vie des obsessions d'une femme que je crus aimer, et en courant porter ailleurs l'effroi chez des ennemis qui s'acharnent sur moi après le combat. Homme sans patrie, sans liens, sans famille, sans préjugés, sans crainte, et sans honte, qu'ai-je à faire ici plus qu'ailleurs? Qu'un autre jouisse de l'existence qu'il s'est créée sur le coin de terre où il est né; qu'il s'attache, une fois que la fortune l'abandonne, au g?te où sont ses habitudes, pour pleurer les biens qu'il n'a plus! Moi je vois en pitié et les jouissances et les larmes du vulgaire des hommes. J'ai de l'or, de l'or, que j'ai teint du sang de mes ennemis! Eh bien! ce n'est pas à lui que je demanderai le bonheur. J'ai étanché dans les bras d'une femme jolie, séduisante, cette soif de volupté à laquelle succède la satiété. Le bonheur n'est pas fait pour moi: il n'y a pas assez de plaisirs dans toute la vie des êtres d'ici-bas, pour occuper mon imagination, pour remplir ce coeur avide de choses fortes. Allons porter sur un autre théatre les désordres que je rêve encore; mais que nul des hommes qui m'ont accompagné dans mes courses, et qui se sont faits les complices de mon existence aventureuse, ne puisse venir un jour me trahir ou m'importuner! Un forban doit briser les instruments dont il s'est servi, dès que le sort l'oblige à fuir. Ces misérables, qui se sont voués à moi pour eux-mêmes, et qui peut-être m'auraient égorgé si je ne leur avais pas imposé le joug d'une règle de fer, doivent périr. Il faut que seul, tout seul, je reste de tout l'équipage de l'Albatros. Mosquita elle-même....
à ce nom il s'arrête; il ne veut prendre aucune résolution contre celle qui fut ma?tresse si dévouée, si résignée... Il ne l'aime plus, mais son sang a coulé pour lui. La pitié ne l'intéresse pas en faveur d'une femme qui lui est devenue importune; mais il éloigne de son ame l'idée d'un attentat qui co?terait la vie à l'être qui lui a sacrifié la sienne.
On réarmait l'Albatros. Il se rend à bord. Il appelle le contre-ma?tre des noirs qui travaillent dans la cale.
-Benito! lui dit-il, avec mystère: Tu es un vaillant nègre.
-On le dit, capitaine.
-Je te crois capable de tout?
-C'est vrai, capitaine.
-Je t'ai chargé de l'arrimage du navire. J'attends de toi un service secret, pour lequel je vais te donner cinq cents gourdes. C'est cinq cents fois ce que tu gagnes dans un jour. Si, après avoir re?u ma confidence, tu hésites ou si tu dis un mot, tu me connais: tu n'existeras pas une heure après m'avoir trahi.
-Captaine, j'écoute: que faut-il faire?
-Il faut, sans que personne ne puisse s'en douter, au moyen d'une des pinces dont tu te sers pour l'arrimage, pousser en dehors du navire une ou deux des gournables au-dessous de la flottaison, de manière que le corsaire ne fasse pas d'eau en rade, mais qu'au premier mauvais temps au large, les gournables partent.
-J'entends bien! vous voulez qu'il aille au fond. Mais vous, capitaine, vous ne serez donc pas à bord?
-Ce n'est pas ton affaire. Voilà six onces d'or! c'est ce que je t'ai promis. Tu en recevras autant dès que ta discrétion m'aura été prouvée.
-Dans une heure, mon capitaine, vos ordres auront été exécutés, et ma journée sera gagnée.
L'Albatros se trouve prêt enfin à mettre sous voiles. Il est convenu entre les officiers et le capitaine, que celui-ci ira attendre à Saint-Thomas le navire, qui se rendra sans lui dans cette dernière ?le, pour ne pas donner trop de crédit aux soup?ons qui se sont élevés sur son compte. Oui, l'Albatros se séparera de Rodriguez, comme un coursier fidèle se sépare du ma?tre qui l'a dompté, et sous lequel il est habitué à courir au combat! Mais il le faut: l'équipage approuve la prudence de son capitaine, et à Saint-Thomas il le retrouvera pour ne plus le quitter. Jusqu'à ce moment on est bien décidé à ne rien entreprendre, à ne rien hasarder; et qu'oserait-on tenter sans Rodriguez, lui le chef le plus renommé entre tous les corsaires, lui, l'idole des forbans, si les forbans peuvent avoir une idole! C'est lorsqu'il aura rejoint ceux qu'il appelle ses braves, qu'on se dédommagera de n'avoir rien fait dans les premiers jours de mer. Rodriguez part pour Maraca?bo: il a son plan arrêté. Son équipage conna?t le motif de son départ: personne ne s'alarme de son absence. Mosquita seule accourt: elle n'a pas été prévenue de la fuite de son amant; elle l'accuse de trahison; elle veut partir sur l'Albatros; mais le nègre dont Rodriguez s'est servi dans l'arrimage du corsaire, la supplie de rester, prenant en pitié le sort qui l'attend si elle s'obstine à suivre le perfide qui a voulu aussi la sacrifier. L'Albatros appareille, et Mosquita, les yeux attachés sur ce navire, qui lui rappelle tant et de si cruels souvenirs, reste sur le rivage en proie au désespoir le plus affreux, et elle voit dispara?tre à l'horizon cette voile si connue, cette voile si redoutable, qui porte la terreur sur ces mers où elle doit bient?t s'engloutir!
Rodriguez, sous le nom de l'espagnol Montenegro, a réussi à gagner Cura?ao. Un passeport et des lettres de change, obtenus sous ce faux nom, lui permettent de prendre passage sur une mauvaise galiote hollandaise qui doit se rendre à Londres. C'est à bord de cet humble navire qu'il cachera sa funeste célébrité. Le plus cruel des pirates va naviguer au milieu d'un équipage paisible, qui, pendant le quart de nuit, racontera, en frémissant, les exploits récents de l'écumeur de mer; et lui, à c?té du conteur troublé, écoutera en souriant les récits de ces bonnes gens, si éloignées de penser que le héros de leurs terribles histoires est là tout près d'eux, qu'il les regarde et qu'il les entend.
La grosse galiote file vers les débouquements avec une bien pauvre cargaison et une marche bien médiocre. Tous les navires qu'elle aper?oit la dépassent en quelques heures. Peu de jours après sa sortie de Cura?ao, vers le soir, elle est ralliée par un batiment dans la mature duquel elle distingue des signaux de détresse. Le temps menace, la mer commence à grossir, et la nuit va se faire. Le bon capitaine hollandais attend le navire aper?u, pour lui porter secours, s'il lui est possible. C'est un grand brick armé, et Rodriguez reconna?t dans ce brick, son Albatros! à cette vue, devinant trop bien le motif des signaux du corsaire, le faux Montenegro descend dans sa cabine, où il se couche, malade qu'il se dit, du mal de mer. L'Albatros est déjà rendu le long de la galiote hollandaise. Mettre une embarcation à la mer avec quelques hommes et un officier dedans, n'est pour lui que l'affaire de peu d'instants. Cet officier accoste la galiote.
-Capitaine, dit-il, au Hollandais, je viens te demander un peu de cuir et des clous à pompe. Depuis notre sortie de Carthagène nous avons usé toutes les garnitures de nos appareils de pompe; nous faisons de l'eau comme un panier.
Le Hollandais s'empresse de donner à l'officier ce qu'il juge qu'il ne serait ni humain ni prudent de lui refuser. Il s'informe de la cause, qui a pu déterminer une aussi forte voie d'eau.
-Oh! cette cause-là, nous la connaissons à peu près: c'est un complot.
-Un complot! vous avez donc des montres à bord.
-Non, les monstres, ou plut?t le monstre n'est pas à bord. Mais nous le trouverons peut-être à Saint-Thomas, où nous allons. Deux pieds d'eau à l'heure, concevez-vous cela, vous autres Hollandais, qui n'en faites jamais à bord de vos grosses barques? Mais à propos, de quoi êtes-vous chargé?
-De sucre et de café.
-Raffale que tout cela! Ce ne serait pas la peine de vous chagriner pour si peu, dans votre voyage. Nous n'en voulons qu'à l'argent nous autres. Et pas de passagers, sans doute, à bord de votre paquebot à cul-rond?
-Un seul passager. Il est couché: le mal de mer l'a gagné.
-Le mal de mer! Ce n'est donc pas un habitué? Mais voyons-lui donc un peu la mine; je suis docteur en mal de mer, tel que vous me voyez...
Rodriguez entend cette conversation. Il tremble que l'officier, dont il reconna?t la voix, ne vienne lui arracher la couverture sous laquelle il s'est blotti dans sa cabine. L'officier a déjà fait un pas sur l'escalier de la chambre: il va descendre, lorsque du corsaire il entend qu'on lui crie au porte-voix: Revenez à bord, avant le grain! L'officier, à cet ordre, s'empresse de sauter dans son embarcation avec ses hommes, et de pousser au large de la galiote, muni du cuir et des clous à pompe que lui a donnés le capitaine hollandais.
Rodriguez respire: il monte sur le pont; il jette sur l'Albatros un regard de curiosité et de colère, et bient?t il voit son ancien corsaire dispara?tre au sein du nuage qui s'abaisse sur les flots pour l'envelopper et peut-être pour le plonger sous les vagues que la tempête qui se prépare amoncèle entre les deux batiments.
Le pirate Rodriguez enfin quitte bient?t ces mers, qu'il a remplies de son nom exécré. La tête pleine de funestes souvenirs et de projets plus funestes encore, il se promène pendant deux mois de traversée sur le pont étroit du tranquille batiment qui porte sa fortune et ses destinées nouvelles. C'est à Londres, qu'à la faveur du nom sous lequel il s'est caché, il pourra, seul de tout l'équipage de l'Albatros, réaliser les vues qu'il caresse, comme un lion caresse sa crinière.