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Chapter 8 No.8

Le c?ur très humain de M. de Monvoy, les liens d'intime amitié qui avaient existé entre lui et le père de Cébronne, son estime, sa vieille affection et sa pitié pour celui-ci le portaient à mettre des formes inusitées dans les actions que lui imposait sa conscience.

Le vendredi suivant, il appela M. des Jonchères pour lui dire:

-C'est demain matin!... Voyez si vous devez prévenir le docteur Cébronne. J'agis ce soir de manière anormale, mais Bernard m'inspire tant d'estime et tant de pitié!

-Bient?t, il n'aura plus besoin de pitié quand l'innocence de cette pauvre jeune fille sera reconnue. Et elle sera reconnue dans peu de temps, je vous l'affirme!

-Dieu vous entende, Jonchères! Mais vous avez vu à quel résultat nous avons abouti dans les deux interrogatoires de Mlle Deplémont? Mon opinion et celle du procureur de la République, qui l'a longuement questionnée, sont arrêtées jusqu'à nouvel ordre, c'est-à-dire jusqu'à ce que des faits, dont vous paraissez si certains, se soient produits.

-Et c'est demain que vous agissez!

-Oui... Nous avons attendu la fin d'une contre-enquête qui n'a rien révélé pour modifier notre conviction, malheureusement! Mlle Deplémont est convoquée dans mon cabinet pour demain neuf heures. On l'emmènera en fiacre du Palais de Justice. Par égard pour Cébronne, je veux y mettre tous les ménagements compatibles avec la situation.

-Il ne saurait trop vous en remercier, répondit M. des Jonchères, et, mieux que jamais, je comprends à présent que la position prise par Bernard protège Mlle Deplémont. Sans lui, vous ne songeriez pas à tant de formes adoucissantes...

-C'est probable!... Car, de plus en plus, je la crois coupable. Vous trouverez au greffe une pièce intéressante pour la défense. J'ai de nouveau interrogé les concierges de la rue Vavin; bien qu'ils défendent Mlle Deplémont, ils se sont rappelé des propos tenus par elle le jour même de la mort de M. de Chantepy; ces propos la chargent. A présent, voyez si vous devez prévenir Cébronne. Vous lui direz alors comment, le procureur et moi, nous nous y sommes pris pour amortir le coup à la femme qu'il aime, et à lui... surtout à lui!

M. des Jonchères s'attendait bien au fait brutal absolument inévitable, il n'en était pas moins excessivement affecté.

-Non, non, dit-il tout haut, je ne préviendrai pas Cébronne avant le fait accompli.

Mais, en quittant le magistrat, il se demanda s'il ne devait pas aller chez Mlle Deplémont. Peut-être aurait-elle des dispositions à prendre vis-à-vis de sa mère qui était malade.

La veille, dans une longue conversation avec Gertrude, il avait admiré son courage, sa force de caractère qu'il qualifiait d'étonnante.

?Je sais, lui avait-elle dit, que je n'éviterai pas l'arrestation... je l'envisage avec calme, tant je suis s?re que mon innocence sera reconnue. Mais je voudrais savoir si on me laissera encore un répit...?

Le souvenir de ce mot mit fin aux hésitations de M. des Jonchères.

Dix heures sonnaient quand il arriva rue des Guillemites. Les habitants du quartier profitaient de la soirée chaude et tranquille pour deviser encore sur le pas des portes, deux sergents de ville surveillaient l'ancien couvent des Blancs-Manteaux en se promenant sur le trottoir. Les rayons de la lune versaient leur poésie sur l'église, le coin du jardin, les vieilles maisons comme si, depuis six cents ans, rien n'avait bougé, rien ne s'était transformé.

Mme Deplémont dormait; Gertrude, accoudée à la fenêtre ouverte, regardait mélancoliquement ce coin de Paris en se remémorant les violentes secousses qui, en quinze jours, s'étaient accumulées pour ravager, de fa?on si étrange, sa vie déjà si malheureuse. La pensée brillante d'un amour, comme il est rare d'en inspirer, traversait ses réflexions navrées.

?Il restera, et le reste passera?, se disait-elle.

Sans cette certitude, elle sentait bien qu'elle e?t défailli...

Le coup discret de M. des Jonchères la fit sursauter. Elle eut immédiatement l'idée qu'on venait l'arrêter et recula au fond de la chambre, en regardant avec effroi la porte, comme si elle allait s'ouvrir seule pour laisser entrer des policiers.

Il ne restait rien de ses résolutions sur le calme que, en théorie, elle voulait conserver, et il fallut un second coup léger pour lui faire comprendre que des agents de la s?reté ne seraient pas aussi discrets.

Dans ses vêtements de grand deuil, son teint mat ressortait plus blanc, plus pur, et, quand elle se décida à ouvrir la porte, M. des Jonchères fut impressionné par sa beauté; beauté qui ne retarderait ni la honte, ni la prison.

-Ah! dit-elle en le reconnaissant, vous venez m'annoncer une mauvaise nouvelle?

-Le juge d'instruction vous a convoquée pour demain, mademoiselle, je serai auprès de vous.

-Parlons bas... ma mère sommeille.

Elle le fit entrer et ferma doucement la porte.

-Vous n'êtes pas venu à cette heure tardive seulement pour me dire cela... il y a autre chose. Je ne reviendrai pas ici, n'est-ce pas?

-Je le crains.

Elle porta instinctivement les mains à son front dans un geste de souffrance désespérée.

-Mademoiselle, commen?a l'avocat fort ému, je ne doute pas que...

-Chut! N'ajoutez rien!... je serai forte, croyez-le, dit-elle d'un ton qui démentait ses paroles.

-J'hésitais à vous prévenir... mais je redoutais la surprise pour vous et madame votre mère.

-Vous avez bien fait... je préfère de beaucoup être préparée.

-Dois-je parler au docteur Cébronne? Désirez-vous le voir demain matin?

Ce nom acheva d'ébranler Gertrude; elle alla s'appuyer à la fenêtre et l'avocat l'entendit sangloter. Mais cette défaillance fut courte.

-Non, je ne veux pas! dit-elle en revenant auprès de M. des Jonchères. Quand je serai partie, il viendra auprès de ma mère pour lui apprendre cette chose inique, affreuse! Je la confie à ses soins pendant mon absence qui ne peut être longue; la vérité se fera jour bient?t, je le crois fermement.

-Soyez-en persuadée, répondit M. des Jonchères avec conviction; et moi, votre avocat, je prends des dispositions pour que cette vérité éclate promptement et de manière irréfutable.

Il y eut un assez long silence pendant lequel M. des Jonchères ne savait s'il devait rester ou se retirer.

-C'est donc entendu! reprit Gertrude. Vous verrez M. Cébronne après mon départ. Ma mère conna?t la convocation du juge d'instruction; je laisserai une lettre qui la préparera à la nouvelle que vous et le docteur achèverez de lui apprendre... Soyez sans crainte! tout se passera sans scène, sans éclat. Puis-je emporter avec moi des objets de première nécessité?

-Je le crois.

-Je vais tout arranger.

-Combien je suis affligé que vous ayez une nuit à passer en face d'un tel cauchemar!

Dans l'excitation d'une position qui avait un c?té exaspérant, les qualités énergiques de Gertrude revêtaient un caractère apre, un peu hautain, et ce fut avec une certaine rudesse qu'elle répondit véhémentement:

-Quoi donc, monsieur! ne suis-je pas innocente? Et cette conviction ne me fera-t-elle pas supporter vaillamment l'épreuve qui m'attend?

-Je vous crois très vaillante, courageuse entre les courageuses! dit-il en la regardant avec une respectueuse admiration.

Dans cet instant, loin de la juger coupable, il entrait complètement dans les idées et les sentiments du docteur Cébronne.

Il passa une nuit blanche et vers midi, le lendemain, entra chez Bernard avec l'air malheureux d'un homme qui vient d'éprouver une grande émotion.

Il avait assisté au court interrogatoire de Gertrude, il l'avait entendue protester encore de son innocence et vue partir pour la prison avec une dignité qui dédaignait de se plaindre.

-Eh bien, demanda Cébronne, que viens-tu m'apprendre, Henri?

-Mon pauvre ami...

Cébronne comprit aussit?t et bien que, la veille encore, il e?t parlé avec Gertrude de la terrible éventualité, il chancela comme un homme terrassé.

-Ah! Bernard... elle est plus forte, plus vaillante que toi...

-Elle ne le serait pas, si c'était moi l'accusé innocent... Je l'aime, vois-tu... je l'aime tant!

-Pense au moment où ce mauvais rêve sera terminé...

-Mais quand, quand sera-t-il terminé? En attendant, nous sommes dans une réalité atroce. Parle! Comment tout s'est-il passé?

-Avec une dignité, un courage admirables de la part de Mlle Deplémont. Hier, je l'avais prévenue...

-Hier! quand je l'ai vue, elle ne savait rien?

-Non... C'est dans la soirée, à dix heures que, instruit par M. de Monvoy, je suis allée chez elle. Elle est arrivée, ce matin, avec un sac de voyage à la main, et après quelques réponses hautaines, elle est partie avec une tranquillité apparente... Elle te confie sa mère qu'elle a préparée à l'événement, te laissant le soin d'accomplir le reste.

Cébronne, debout, les bras croisés, pale comme un mort, luttait contre la douleur et la colère. Un quart d'heure, qui parut interminable à M. des Jonchères, passa sans que Bernard pronon?at un mot.

-Quand la verrai-je? dit-il enfin. S'il faut aller jusqu'au chef de l'Etat pour obtenir des permissions spéciales, j'irai!

-C'est inutile! Je me suis déjà occupé des autorisations nécessaires; tu la verras demain. M. de Monvoy et le procureur de la République sont remplis de bienveillance pour ta situation, Bernard. Les plus larges autorisations te seront et te sont déjà données. Elle n'est pas au secret.

-Elle n'est pas au secret! Ils ont daigné ne pas la mettre au secret! s'écria Cébronne, cédant à une fureur qui le faisait trembler de la tête aux pieds. La bienveillance! tu parles de leur bienveillance! et ils ont arrêté cette enfant! en dépit de mes affirmations qui ne tromperaient aucun être sensé... Quand je pense avec quelle facilité moi, homme cultivé et pacifique, je tuerais ces magistrats, j'excuse désormais tous les criminels!

Ce n'était pas la première fois que M. des Jonchères assistait à une sortie en opposition avec le véritable caractère de Cébronne. Il laissa passer la tempête, évitant une discussion vingt fois reprise, vingt fois abandonnée. Pour lui, après une longanimité évidente, la justice remplissait son devoir sans manquer ni à l'humanité, ni à la prudence.

-Bernard! assez de récriminations! Assez de découragement! nous avons mieux à faire que de gémir et de nous dépenser en vaines paroles. Partons! allons chez Mme Deplémont. Elle est malade, tu le sais bien; sa fille te la confie, et tu prendras, à son égard, telles dispositions que tu jugeras convenables. Moi, dans la fin de l'après-midi, je verrai Mlle Deplémont.

-As-tu pensé aux adoucissements possibles? dit Cébronne avec effort. Jette tout l'argent qu'on demandera...

-C'est fait!... j'ai parlé au directeur de la... maison. Mlle Deplémont a refusé que je l'accompagne, mais je la suivais en voiture.

-Elle est seule dans une chambre, j'espère bien? Ce serait trop horrible si...

-Elle est seule...

Le docteur Cébronne n'ajouta rien et fit signe à M. des Jonchères de le suivre.

La lettre de Gertrude avait éclairé Mme Deplémont. Après un violent accès de fièvre, elle était tombée dans une prostration qui facilita la tache de Cébronne. Sans qu'elle en e?t conscience, il la fit transporter dans une maison de santé dont il était un des médecins en titre.

Quand il vint la voir le jour suivant, elle n'était pas encore sortie de sa stupeur.

-Malheureuse femme! mieux vaut cela, dit-il à la garde-malade.

-Mieux vaudrait pour vous aussi, monsieur! lui dit-elle en le regardant avec consternation. Votre figure fait pitié!

Cette hardiesse lui e?t déplu s'il n'avait été dans une de ces dispositions morales où la moindre marque d'intérêt vibre jusqu'au fond du c?ur.

Il répondit par un geste d'indifférence pour lui-même, donna des ordres minutieux afin que la malade f?t entourée des soins les plus complets, et continua ses visites qu'il était résolu à ne pas interrompre malgré le lourd fardeau qui pesait sur lui.

Il se sentit entouré d'une sympathie intelligente; deux fois seulement il fut indiscrètement questionné, et dans ces questions, il crut percevoir plus de curiosité que de bienveillance.

-Mlle Deplémont est victime d'une machination et d'une erreur, répondit-il avec autorité, je le sais! et dans quelque temps, personne n'en doutera.

Son ton était tel que les indiscrets ne s'aventurèrent pas à insister. Mais le docteur Cébronne avait été si vivement blessé que, le soir même, il envoya sa carte pour prévenir qu'il ne continuerait plus ses soins.

Il savait bien que son attitude suscitait des débats passionnés. Il savait également que sa fermeté inspirait des doutes à ceux qui eussent cru, sans plus réfléchir, à la culpabilité de Gertrude. Jamais il n'avait autant apprécié l'autorité que lui donnaient son caractère et sa haute situation.

Ce même matin, pendant qu'il se raidissait contre sa douleur, une dame, dont il soignait la fille, le reconduisit à la porte pour lui dire d'un accent convaincu:

-Je ne croirai jamais que cette infortunée jeune fille est coupable. Quand un homme comme vous, docteur, l'aime quand même, malgré tout, c'est que sa cause est bonne. Vous la connaissez et la dites innocente, alors, pour moi, c'est vrai!

Ces paroles délicates furent un baume pour le c?ur ulcéré de Cébronne, et il devait en garder une reconnaissance immense.

A la fin de l'après-midi, il fut re?u, avec un empressement, nuancé de respect, par le directeur de la prison.

-Vous aurez toutes les permissions exceptionnelles, docteur! On va vous conduire comme médecin chez Mlle Deplémont, et vous la verrez souvent. Tous les adoucissements compatibles avec les circonstances, je les accorderai.

-Merci, monsieur! je me souviendrai de cet accueil et de votre bonne volonté pour nous aider à supporter l'intolérable.

Lorsqu'il fut auprès de Gertrude, il ne put que lui prendre les deux mains en répétant d'une voix entrecoupée.

-Ma bien-aimée, ma Gertrude...

Et ses larmes, qu'il ne cherchait pas à retenir, furent plus efficaces que des paroles consolantes pour calmer la propre émotion de Mlle Deplémont.

C'est elle qui, s'effor?ant de l'apaiser, montrait un sang-froid relatif, puisé dans son innocence et dans un sentiment de violente révolte.

-Gertrude, ma pauvre, pauvre enfant! si courageuse, si digne dans ce malheur extraordinaire! disait-il en contemplant la femme qu'il rêvait, quinze jours auparavant, d'envelopper de tendresse, de joies, des affinements d'un go?t élevé en harmonie avec la beauté et l'éducation délicate de Gertrude.

-C'est une épouvantable épreuve, dit-elle, mais je sortirai d'ici bient?t, demain peut-être!

-Oui, oui, affirma-t-il avec ardeur, oui, bient?t ce sera fini. Nous avons mis un fin limier à la recherche du coupable.

-Ma mère? dit Gertrude avec angoisse. Vous m'avez écrit, et M. des Jonchères m'a répété, qu'elle serait admirablement soignée?

-Elle est dans une excellente maison de santé où je la verrai sans cesse. Ne vous inquiétez pas! sa vie n'est pas en danger, et il est heureux pour elle d'échapper à la douleur du moment présent.

Peu à peu, apaisés l'un et l'autre, ils envisagèrent différents points de l'avenir.

M. des Jonchères avait évité de s'étendre sur les moyens employés par lui pour son enquête personnelle; d'abord dans la crainte de donner trop d'espoir à Gertrude, et surtout parce que, en dépit de la sympathie qu'elle lui inspirait, il retombait fréquemment dans ses doutes.

Il s'était efforcé, la veille, de causer avec elle, de l'intéresser à la défense, mais il n'avait obtenu que cette réponse:

-Je suis innocente... j'ai dit la vérité et la dirai toujours! il importe peu qu'elle me charge. Je n'ai rien à ajouter et n'ajouterai rien! Faites comme vous voudrez.

Cébronne insista au contraire sur Aubrun, sur sa quasi-certitude de parvenir très vite à une solution.

-Il n'a pas développé son idée, mais, si j'ai bien compris, selon lui quelqu'un, en dehors des gens de la maison, a d? s'introduire chez M. de Chantepy et...

-M. des Jonchères m'a vaguement parlé de ces suppositions, interrompit-elle. Il est certain que quelqu'un est entré avant ou après moi. Comment? On le saura; j'ai confiance que ce sera bient?t, et cette confiance me soutient. Vous voyez que je ne suis pas abattue; et puis...

-Et puis?

-Et puis, continua-t-elle avec la plus vive émotion, et puis votre amour généreux serait une compensation à l'horreur de cette épreuve si vous-même n'étiez entra?né dans mon malheur.

-Comment parlez-vous de malheur pour moi! alors que j'ai en vous une foi absolue, Gertrude, que je vous aime de toute mon ame, et qu'il y a une joie dilatante dans la pensée d'adoucir vos angoisses, de vous être utile et, jusqu'à un certain point, de vous protéger.

Si elle l'aimait passionnément depuis longtemps, il se mêlait désormais à ses sentiments une reconnaissance qui exaltait sa nature généreuse et la soulevait au-dessus des choses extérieures.

Avec cet amour auprès d'elle, avec les aper?us lumineux qui per?aient les ténèbres de l'heure présente, la prison elle-même perdait son apparence habituelle.

Il n'était plus question pour Gertrude, lorsque son innocence serait proclamée, de fuir le bonheur. De ses résistances passées, il ne restait naturellement rien, et Cébronne, qui saisissait les impressions complexes de la jeune fille, insista longuement sur l'avenir heureux qui les attendait.

-Ces angoisses, ce cauchemar tomberont dans le passé, l'oubli, et nous entrerons, ma chérie, dans une existence que je veux pour vous toute baignée de lumière.

-Ah! répondit-elle, la lumière c'est vous! c'est votre tendresse... le reste n'est rien! Dans la vie la plus restreinte, elle suffirait à mon bonheur.

-Mais, moi, je veux que vous perdiez jusqu'au souvenir de la vie étroite et douloureuse dont vous avez tant souffert.

Il continua à lui parler de l'avenir avec une assurance qui fit un bien extrême à Gertrude, et cette première entrevue, dans des circonstances si terribles, leur laissa une impression de réconfort et d'espoir.

-L'heure est passée, dit-il, on va me prier de partir. Que désirez-vous? Des livres, n'est-ce pas? je vous en enverrai.

-Oui... des livres et du travail pour tromper les longues heures. Pourtant je ne suis pas abandonnée, une s?ur est venue me voir et m'a procuré différents objets, entre autres une Imitation de Jésus-Christ. Depuis mon entrée, j'ai senti votre influence dans la fa?on dont j'étais traitée.

Il la quitta, non rasséréné, mais avec la conviction que les idées religieuses de Gertrude, son énergie, sa confiance en lui, la vue précise d'un heureux avenir enlevaient à la situation ce que, sans cela, elle e?t eu d'intolérable.

Il se reportait au jour si lointain et si proche où M. des Jonchères combattait son projet d'épouser Mlle Deplémont.

Lorsque l'accusation qui pesait sur elle serait détruite, qui donc penserait encore aux fautes du père?

Il y avait pour Cébronne une grande ironie dans ce contre-coup des événements qui ferait que Mlle Deplémont, victime belle et charmante d'une odieuse erreur, mériterait, aux yeux du monde, le sort très doux qu'il mettrait à ses pieds.

L'opinion du monde... pour lui-même, elle lui était bien indifférente! il suivait son droit chemin sans se soucier des autres, mais la pointe était acérée en pensant à la femme qu'il aimait...

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