Popette se planta devant moi et, décisive:
-Cher ami, je veux épouser un aviateur.
C'était au premier soir de la Quinzaine d'Anjou, qui s'ouvrait dans la douceur de l'automne. L'essor simultané d'une douzaine d'aéroplanes sur un couchant de nacre avait transporté la foule. Les cris et l'enthousiasme montaient jusqu'aux grands oiseaux de toile. On communiait dans la stupeur et le charme. Il semblait advenir à tous un même grand bonheur. Une flamme aux joues, une larme aux yeux, Popette répétait d'une voix ardente et rapide:
-Je veux épouser un aviateur.
Un vague cousinage et une vraie sympathie m'unissent à Popette. Elle a vingt-quatre ans. Son père, un céramiste de valeur mort prématurément, a laissé aux siens une solide aisance. Grandie en plein milieu artiste, Popette mène une libre existence. Tant?t on la rencontre suivie de loin par une maman spirituelle et débonnaire qui s'essouffle, lève des bras courts, soupire: ?Oh! cette enfant!? et s'assoit. Tant?t elle est chaperonnée par son jeune frère Loulou, dont les douze ans se dépensent en galopades de poulain échappé.
Saine et pure, Popette a toutes les audaces de l'ignorance. Ses dehors délurés enveloppent une petite ame de romance. Elle s'exprime avec une volubilité dont elle cherche vainement à se guérir. Elle a bien essayé de sucer des cailloux. Mais elle les avale.
Sa beauté gamine a la frappe nette d'une monnaie neuve. Popette est de petite taille et s'en félicite:
-Une petite femme, dit-elle, ?a doit être plus facile à prendre dans ses bras qu'une grande.
Depuis qu'elle a l'age du mariage, Popette le déclare à tout venant: elle n'épousera que l'homme qui saura lui plaire. Elle l'espère et l'attend sans impatience apparente. Jusqu'ici, je ne lui ai connu que des emballements sans consistance ni durée, qu'elle appelle négligemment des amitiés tendres. Mais, cette fois, elle para?t bien décidée à fixer son choix.
Et comme je m'effraie un peu d'une passion si prompte, Popette s'indigne. Il y a belle lurette qu'elle et son frère ne rêvent qu'aviation. C'est inimaginable ce que Loulou a déjà construit d'aéroplanes en chambre, ce qu'il a déjà consommé de cannes à pêche, de torsades de caoutchouc, d'hélices en carton et de mouchoirs de batiste. Et il est arrivé à des résultats. Ses appareils volent. Même qu'ils ont démoli la suspension, brisé une glace, cassé deux potiches.
Puis, les cils baissés, le bout du petit nez frémissant de malice, Popette me révèle un culte plus secret. Dans un lieu retiré, qu'il est convenu de ne pas désigner par son nom, où les regards inoccupés errent au long de la muraille, Loulou s'est avisé de coller tous les portraits d'hommes volants, découpés dans les journaux. Panthéon modeste, autel caché, où l'on se recueille devant ces traits illustres. Pressé d'obéir à la nature et contraint de ne le point avouer tout droit, on dit maintenant chez Popette ?qu'on va voir les aviateurs?.
Tant de ferveur ébranle mon scepticisme. Cependant, je risque encore une objection:
-Cela ne vous effraierait pas, Popette, d'avoir un mari qui s'expose sans cesse au danger? Vous n'ignorez pas que les aviateurs brisent souvent leurs appareils. Ils ont même forgé une locution pour désigner ce genre d'accident. Faire une chute, pour eux, c'est ?casser du bois?. Ils disent même, plus brièvement encore: ?Il y a du bois?. Et dame, il ne faut pas oublier qu'à force de casser du bois, on peut finir par se casser les os. Vrai, ?a ne vous ferait pas peur, d'épouser un de ces casseurs de bois?
Mais Popette a la foi. Et, dans un crane et preste roulis d'épaules:
-?a vaut mieux que de casser du sucre. En somme, ce n'est pas plus dangereux que l'auto. Il y en a qui sont mariés, n'est-ce pas? Osez donc dire qu'on n'envie pas leur femme. Vous voyez bien que vous n'osez pas le dire. Oh! vous ne m'en ferez pas démordre. Et mieux, vous m'aiderez.
-Comment cela?
-Vous connaissez Lucien Chatel?
En effet, je connais Lucien Chatel, le précoce inventeur dont, en ce moment même, dans l'ombre croissante qui monte de la plaine, trois appareils tiennent le ciel. C'est précisément pour applaudir de plus près à son succès que j'ai résolu de suivre la Grande Quinzaine. Mais du diable si je m'attendais à tremper les mains dans un mariage. J'avoue:
-Oui, je connais Chatel. Eh bien?
-Eh bien, vous allez me le présenter. Par lui, de proche en proche, je conna?trai les autres. Et je choisirai.
-Et voilà. C'est très simple...
-C'est génial, appuie Popette. Songez donc. Une jeune fille qui voudrait découvrir son compagnon de vie devrait le chercher parmi des millions d'hommes. Pour moi, le terrain est déblayé, la sélection est faite. Je n'hésite plus que devant deux douzaines d'échantillons. J'opère sur le fin du fin, la crème de la crème. Car vous conviendrez bien que ce ne sont pas des individus ordinaires, qu'ils dépassent, au propre comme au figuré, le niveau commun?
Cette Popette a le don de subjuguer ses adversaires. Cette fois, je me rends:
-J'en conviens, Popette. Tous ces héros, si j'en crois mon ami Chatel, diffèrent autant par leurs origines-les gentlemen y coudoient les mécaniciens-que par le but poursuivi: l'émotion sportive, la prompte notoriété, le vulgaire profit. Mais ils ont des traits communs. D'abord la ténacité, l'obstination dans l'effort, que rien ne rebute, que rien n'abat. Puis la décision lucide, prompte, ferme, active. Enfin le courage. Ils symbolisent l'énergie sous ses trois faces: la patience, la résolution, l'audace. Soyez persuadée, petite Popette, qu'ils ont leurs travers et leurs faiblesses. Mais en même temps ils ont cultivé et poussé à leurs bornes extrêmes les plus belles facultés dont se puisse ennoblir notre nature. D'un mot, ce sont des hommes...
-J'y compte bien, dit Popette.
A la grande Quinzaine d'Anjou, les hangars d'aéroplanes forment une ville, plut?t une place forte, défendue contre l'invasion avec des précautions féodales, une méfiance moyenageuse. Elle est entourée d'une sorte de chemin de ronde que borde sur ses deux rives une palissade aigu? et serrée et que parcourent sans cesse des piquets de fantassins et des patrouilles de cavaliers. Les rares issues pratiquées sur la piste ne livrent passage qu'aux appareils. Et une apre sentinelle, rigide comme une consigne en marche, bat son quart devant ces brèches à la cl?ture.
Quant à la porte ouverte sur l'enceinte des tribunes, elle est gardée par une troupe de toutes armes et de tous grades, en même temps que par ces gardiens hargneux, ces fonctionnaires couronnés de casquettes, qui sont les innombrables rois d'une République.
A vrai dire, ce n'est pas trop d'une telle force pour résister à la foule qui se rue à l'assaut en masses profondes. Car Hangarville est très recherché, étant très défendu. Chaque assaillant brandit une arme: une carte, un brassard, un prétexte définitif. Mais l'homme à la casquette veille. Il veille tellement bien qu'il refuse l'entrée à Labarbette, le constructeur pourtant reconnaissable des aéroplanes ?Victorine?. Par contre, il s'efface, subjugué, devant deux quidams hauts en faux-col, dont le premier dit impérieusement, en montrant le second: ?Laissez passer monsieur?.
Grace au ?Sésame?, signé de l'aviateur Lucien Chatel, Popette et son jeune frère Loulou parviennent à franchir le seuil sacré. La maman de Popette, lasse d'une journée d'enthousiasme et de piétinement, a préféré, au mystère des hangars, le confortable velours des tribunes. Popette a pris la mine fervente et recueillie d'une dévote qui pénètre dans le temple. Loulou, éperdu d'orgueil et de satisfaction, arrondit des yeux comme des objectifs.
Avec ses murailles de bois, son style uniforme, ses avenues rectilignes creusées d'ornières, ses carrefours où l'herbe pousse encore, Hangarville ressemble à ces jeunes cités américaines qui sortent du sol en une saison. Et l'illusion devient frappante du point où le regard embrasse la cabine du téléphone et son réseau de fils, le hangar de l'aviateur américain Hopkins et son drapeau étoilé.
On s'attend à voir le pionnier botté, le rifle à l'épaule, coiffé de feutre et ceint de la cartouchière. Mais personne ne sort des maisons de bois. La ville est déserte. Les nids sont vides. C'est que l'impatiente Popette n'a pas voulu attendre au lendemain. Elle parcourt Hangarville le jour même de son arrivée, dans le calme du crépuscule, à l'heure propice où les grands oiseaux de toile sont sortis et montent au-devant du soir qui tombe... Les aviateurs sont épars dans l'air ou sur la piste, terrain plus interdit, plus sacré que celui des hangars, presque aussi inaccessible que l'espace même.
Ni appareils, ni pilotes. Et nous errons au long des batiments vides. Popette penche à chaque seuil ouvert son petit nez curieux et son buste charmant. Elle s'extasie devant les installations sommaires qui trahissent pourtant le go?t et la personnalité de chaque aviateur. Ici le désordre. Là des établis dressés. Ailleurs des sièges en cercle, une esquisse de salon.
Mais de grandes caisses, soigneusement abritées, intriguent Popette. Qu'est-ce qu'il y a dedans? Hautes d'un étage, baties en voliges et garnies de papier-goudron, elles ont servi au transport des appareils. Maintenant, l'ingéniosité des ouvriers en a fait des chambres. On y trouve des lits, des chaises, et parfois même le luxe d'une toilette. Popette demande, émue:
-Est-ce qu'ils habitent ici?
?Ils?, naturellement, ce sont les aviateurs. Non. Ces logis improvisés abritent des mécaniciens ou des gardiens de nuit. La plupart des pilotes regagnent au soir la ville dans leur auto. Cependant, certains couchent sur le terrain. C'est le cas de Lucien Chatel. Et c'est une des grosses attractions de la Quinzaine que de visiter ce campement, ces six tentes alignées au long du hangar, où dorment l'inventeur, ses pilotes, son ingénieur et ses ouvriers.
Popette ne voudrait pour rien au monde manquer ce pèlerinage. Se glissant à travers le réseau des cordes d'arrimage, elle admire l'ameublement, la couchette, la chaise, la bougie fichée dans une bouteille, le broc et la cuvette émaillée. Toute rose, elle sort de la tente vide de Chatel:
-Vous avez vu? Il a un pyjama!
Le hangar proche sert de cuisine et de salle à manger. Les casseroles brillent au-dessus du fourneau. Trente couverts s'alignent sur la longue table, garnie d'une nappe, s'il vous pla?t. Et les bancs sont faits de madriers posés sur des caisses à essence.
Mais que disait-on, qu'il n'y avait pas d'appareils? En voici un, qui étend ses larges ailes. Et monté, qui plus est. Hélas! il est monté par un gros cuisinier vêtu de blanc qui, profitant de l'absence de ses ma?tres, s'est hissé à grand'peine au banc du pilote et se fait photographier au volant, dans une posture de héros...
Cette alerte a secoué Popette. L'heure approche où les vrais aviateurs rentreront. Elle va prendre le fameux contact. Son émotion grandit à mesure que le jour décro?t. Elle m'entra?ne, abandonne Loulou, béant d'admiration et torturé de basse envie devant le glorieux cuisinier au volant. Oppressée, elle préambule:
-Vous allez me trouver bien bête. Promettez-moi que vous ne vous moquerez pas de moi.
Je promets. La grande crainte de Popette, c'est de para?tre ridicule. On n'est jamais ridicule, quand on est jolie. Afin que je ne la raille pas, elle prend les devants et se raille elle-même. Elle rit. Elle a l'art de rire et de parler en même temps, comme un ruisseau qui court tout en gazouillant. Et cela lui donne une voix tintante, argentine, où les mots dansent dans le rire:
-Eh bien, voilà. Vous comprenez, je ne veux pas para?tre sotte devant eux. Vous êtes mon ami. Dites-moi vite: quelle différence y a-t-il entre un biplan et un monoplan?
Pauvre Popette! Voilà donc ce qui la tourmentait... J'explique de mon mieux, le plus clairement et le plus brièvement possible. Et comme elle reste confuse de n'avoir pas pénétré un si simple mystère, comme elle s'effraie de son ignorance future devant eux, je la rassure:
-Mais vous avez eu parfaitement raison de m'interroger. Il n'y a pas de honte. Bien des gens en savent moins long que vous et n'ont pas votre modestie charmante. Tenez. Je sais un homme très haut placé, très expert en son art, à qui l'on expliqua minutieusement le mécanisme du biplan placé devant ses yeux. Il réfléchit, hocha la tête, ferma les paupières et demanda enfin: ?Mais, où est le gaz??
-Racontez-moi Lucien Chatel, ordonne Popette.
Nous sommes tous trois, elle, son frère et moi, incrustés dans les baquets d'une auto de course qui stationne devant les hangars Chatel. Ce sont les seuls sièges que nous ayons trouvés. De temps en temps, Popette se penche et jette un regard inquiet vers les lointaines tribunes où sa maman l'attend. Déjà leur fronton s'illumine de grosses perles électriques qui répandent une clarté crue sur les banquettes désertées. Mais, à aucun prix, Popette ne voudrait manquer le retour des aviateurs.
-Lucien Chatel? Ah! Je vous préviens avant tout que vous ne pouvez pas l'inscrire sur votre liste de prétendants. Il ne peut figurer que dans la catégorie hors concours. Il est marié.
-La veinarde! dit Popette.
-Lucien Chatel, c'est l'homme d'une idée. Il l'a suivie et elle le conduit loin. Sa vie est une ligne droite qui part de rien et qui mène à tout. Son idée, c'est d'être constructeur d'aéroplanes. Vous savez qu'aujourd'hui tous les enfants naissent avec un petit biplan dans la cervelle. Chatel était en avance d'une génération. Et il se trouvait alors presque seul de son espèce. Ses biographes vous diront qu'il a quelque peu flirté avec les Beaux-Arts. Mais l'école des Beaux-Arts a été la couveuse artificielle des premiers hommes-volants. Choper fut peintre et Saquefin sculpteur. Et c'est logique. Car l'aviation nous séduit précisément parce qu'elle est à la fois esthétique et savante. Je reviens à Chatel. Au sortir de la caserne, il dessina de-ci, s'associa de-là. Mais son idée ne le lachait pas. Et il ouvrit des ateliers d'aviation juste au moment où tout le vieux continent niait l'aviation... C'est vous dire qu'il eut des commencements plut?t abrupts. Aujourd'hui, ses usines de Vincennes emploient trois cents ouvriers et douze appareils de sa marque sont engagés dans la Grande Quinzaine.
-Est-ce qu'il vole? demanda Popette.
-Il a plané. Il a cassé du bois à une époque où ce n'était ni un sport, ni la mode. Ce gar?on de trente ans est déjà mort deux fois.
-Comment?
-J'entends qu'on l'a deux fois laissé pour mort. Une première fois il se défon?a la poitrine dans les Landes. La seconde fois, au lac Daumesnil, son planeur, remorqué par un canot automobile, resta sous l'eau pendant deux bonnes minutes avec son passager. Un autre y f?t resté. Mais Chatel avait son idée: il voulait construire des aéroplanes; donc il fallait vivre. Voyez-vous, il n'y a rien comme une idée pour ressusciter un homme. Et maintenant qu'il a fait ses preuves, il laisse aux autres le soin de fabriquer des allumettes. Ne cherchez pas et n'écarquillez pas vos jolis yeux, Popette. C'est une variante de: casser du bois.
-Il est bien?
Les femmes prêtent à cette magique formule ?être bien? un sens si vaste et si fluide, si complexe et si complet, que je n'ose m'aventurer ni répondre fermement. Biaisons.
-Ils sont tous bien, Popette. Vous jugerez vous-même.
-Et au moral?
Au diable Popette et ses questions! Peu lui importe que Chatel ait les qualités et les défauts d'un bel animal de race, qu'il soit à la fois violent et sensible, fougueux et doux, rude et tendre, brusque et bon, qu'il prodigue sa jeunesse au travail sans la refuser au plaisir, bref qu'il ait le c?ur sur la main, la tête près du bonnet et le pied près des chausses d'autrui.
Heureusement, un grondement de moteur proche vient interrompre l'interrogatoire. Ce sont eux! La nuit rabat les oiseaux vers le nid. Vite, nous nous arrachons à nos baquets.
Les aéroplanes roulent sur le sol comme d'énormes automobiles ailées. Des hommes maintiennent et guident l'arrière. Pour éviter une allure trop rapide, les pilotes coupent et reprennent leur élan, apaisent et raniment tour à tour le moteur. Derrière eux, dans leur dos, l'hélice tournoyante dessine un cercle de métal, un pavois impalpable et terrible. Et, haut juchés sur leur siège, casqués jusqu'aux oreilles, encadrés des toiles toutes blanches dans la pénombre comme d'autant de bannières, ils font songer à des paladins rentrant de la croisade et dont le bouclier ferait une auréole...
Au passage, je les nomme à Popette:
-Regardez. Celui-là, avec son amusant bonnet d'Auvergnat, son sourire malicieux qui lui creuse deux fines rides précoces au coin des lèvres... C'est Piéril, avant-hier petit sergent, hier mécanicien, aujourd'hui roi de l'altitude...
Popette m'interrompt:
-Marié?
-Ah! dame, oui.
-Encore! s'écrie Popette. Ah! ?a, ils sont donc tous mariés?
-Mais non. Mais non. Tenez, en voilà un qui ne l'est pas. Savournin. Celui qui est si joliment cravaté. Le plus galant des cadets de Gascogne. Un Méridional qui gagnait chaque année, en course automobile, le Circuit du Nord.
-Il est bien, juge Popette.
-Je vous le disais, qu'ils étaient tous bien. Tenez, regardez cette juvénile figure qui brille pour ainsi dire dans la nuit, tout illuminée d'extase et de triomphe. C'est Pajou, le Benjamin des aviateurs...
-Celui-là n'est pas marié, au moins?
-Vous ne voudriez pas, Popette! Son papa vient de lui payer un aéroplane pour son bachot!
Cependant le gros cuisinier blanc s'avance au seuil du hangar qui sert de cuisine et de salle à manger. Il crie:
-A table!
Ce que les mécaniciens traduisent en joyeux échos:
-A la cro?te! A la cro?te!
Une file de bougies fichées dans des bouteilles illumine la longue table. Leurs flammes vacillent dans l'air frais du soir où se mêle la bonne odeur du fricot.
Popette ne se tient pas de joie. Tout l'intéresse et tout l'amuse. Mais soudain elle sursaute. Près d'elle, un svelte jeune homme, vêtu de la cotte et du bourgeron bleus, la casquette houleuse et le pied martelant le sol, harangue énergiquement l'équipe:
-Bon Dieu, qu'est-ce qui m'en a laissé encore un dehors? Mais grouillez-vous donc, tonnerre! Qu'est-ce que vous foutez là, vous autres? Allons, plus vite que ?a. Faut qu'on se démène.
Je ne suis pas bien s?r du dernier mot. Il me semble qu'il rimait plus richement avec la glorieuse réplique de Cambronne...
Popette, que cette apostrophe étouffe un peu, se rapproche de moi:
-Mais, où est donc M. Chatel?
Alors je saisis le jeune homme en bleu, au langage enflammé:
-Cher ami, permettez-moi de vous présenter Mlle Popette, qui tient absolument à épouser un aviateur.
Déjà Chatel a recouvré son calme et son aisance. Et, se découvrant largement, il dit en riant:
-Ah! mademoiselle, comme vous avez raison!
Mais Popette go?te mal ma méchante plaisanterie. Et pour cacher sa confusion et couvrir sa retraite, elle s'écrie en se frappant le front:
-Ah! mon Dieu! Et moi qui ai oublié maman dans les tribunes!