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La civilisation japonaise

La civilisation japonaise

Author: : L??on Louis Lucien Prunol de Rosny
Genre: Literature
La civilisation japonaise by L??on Louis Lucien Prunol de Rosny

Chapter 1 PLACE DU JAPON

DANS

LA CLASSIFICATION ETHNOGRAPHIQUE DE LaASIE

L me para??t utile, au d??but des ??tudes que nous allons entreprendre, de jeter un coup da?il rapide sur les principales divisions ethnographiques que les progr?¨s de la science ont permis da??tablir au sein de ce vaste continent daAsie, dont les Japonais occupent la zone la plus orientale.

Les premiers essais de classement des populations asiatiques sont dus aux orientalistes. Ces essais ont projet?? de vives lumi?¨res sur le probl?¨me, mais elles ne laont point r??solu, parce que les orientalistes, au lieu de se pr??occuper de tous les caract?¨res des races et des nationalit??s, se sont ? peu pr?¨s exclusivement attach??s ? un seul de ces caract?¨res, celui qui r??sulte de la comparaison des langues.

Les orientalistes ont fait, daailleurs, ce qui a ??t?? fait ? peu pr?¨s pour tous les genres de classification scientifique. En botanique, par exemple, ? la??poque de Tournefort, on attachait une importance exceptionnelle ? la forme de la corolle; Linn??, le grand Linn??, ne portait gu?¨re son attention que sur les organes sexuels des v??g??taux. La classification ne pouvait ?atre d??finitivement accept??e que lorsquaavec les Jussieu, les familles de plantes ont ??t?? fond??es sur laensemble de leurs caract?¨res physiologiques.

Il devait en ?atre de m?ame pour la classification des peuples. Laaffinit?? des langues peut certainement nous r??v??ler des liens de parent?? entre nations; mais ces affinit??s sont souvent plus apparentes que r??elles. Les peuples vaincus ont parfois adopt?? la langue de leurs vainqueurs, sans que pour cela il y ait eu, entre les uns et les autres, le moindre degr?? de consanguinit??, la moindre communaut?? daorigine. La colonisation a souvent transport?? fort loin laidiome daune nation maritime, et laa fait accepter par des tribus on ne peut plus ??trang?¨res les unes aux autres. Nous parlons en Europe des langues dont le sanscrit est un des types les plus anciens; mais, sail est ??tabli quail existe une famille de langues aryennes ou indo-europ??ennes, personne naoserait plus soutenir aujourdahui quail exist?¢t une famille ethnographique aryenne et indo-europ??enne. Au premier coup da?il, on reconna??t laab??me qui s??pare le Scandinave aux cheveux blonds et au teint ros??, de laIndien aux cheveux noirs et au teint basan??. Personne, non plus, ne voudrait soutenir que les naturels des ??les de laOc??anie, o?1 laanglais est devenu laidiome pr??dominant, aient des titres quelconques de parent?? avec les habitants de la fra??che Albion.

Les caract?¨res anthropologiques, daordinaire plus persistants que les caract?¨res linguistiques, sont ? eux seuls ??galement insuffisants pour ??tablir une classification ethnographique solide. Le m??tissage a, dans tous les temps et sous tous les climats, profond??ment alt??r?? les caract?¨res ethniques. Il naest point possible de r??partir dans deux familles diff??rentes les Samoi?¨des qui habitent le versant oriental de laOural et ceux qui vivent sur le versant occidental de cette montagne. Les uns cependant appartiennent, au moins par la couleur de la peau, ? la race Jaune, tandis que les autres font partie de la race Blanche.

Lorsque lahistoire ne nous fait pas d??faut, caest ? lahistoire que nous devons emprunter les donn??es fondamentales de la classification des peuples. Lorsque lahistoire manque, alors, mais alors seulement, nous devons recourir, pour reconstituer des origines ethniques sans annales ??crites, ? la comparaison anthropologique des types, aux affinit??s grammaticales et lexicographiques des langues, ? la critique des traditions et ? laex??g?¨se religieuse, aux formes et ? laesprit de la litt??rature, comme aux manifestations de laart, et demander ? ces sources diverses dainformation les rudiments du probl?¨me que nous nous donnons la mission de r??soudre, ou tout au moins da??claircir ou da??laborer[5].

Trois grandes divisions nous sont signal??es tout daabord dans le vaste domaine de la civilisation asiatique.

La premi?¨re et la moins ??tendue est occup??e par les S??mites qui habitent surtout le sud de laAsie-Mineure, sur les deux rives de laEuphrate et du Tigre, la p??ninsule daArabie, la c?′te nord-est du golfe Persique et quelques ??lots, provenant pour la plupart de migrations isra??lites et musulmanes, au c?ur et au sud-est de laAsie.

La seconde division est peupl??e par les Hindo Iraniens, dont les linguistes ont form?? le rameau oriental de leur grande famille aryenne, famille dans laquelle ils ont incorpor?? la plupart des populations de laEurope. Le foyer primitif de ce groupe ne doit pas ?atre plac??, comme on le fait trop souvent, dans la p??ninsule m?ame de laHindoustan, mais au nord-ouest de cette p??ninsule. Les Aryens ne sont, dans laInde, que des conqu??rants, superpos??s sur les Dravidiens autochtones, aujourdahui refoul??s vers la pointe sud de la presqua??le Cis-Gang??tique et ? Ceylan.

La troisi?¨me division, qui comprend une foule de nations diverses, a ??t?? consid??r??e par quelques auteurs comme le domaine daun pr??tendu groupe dit des Touraniens. Jadis, on aurait avou?? simplement son ignorance au sujet de ces nations; et, sur la carte ethnographique de laAsie, on se serait born?? ? une mention vague, telle que ?populations non encore class??es?. Aujourdahui, on a honte de dire quaon ne conna??t pas encore le monde tout entier: on aime mieux d??biter des erreurs que daavoir la modestie de se taire.

Je me propose de ma??tendre un peu sur cette pr??tendue famille touranienne; car caest, en somme, celle qui doit nous int??resser le plus ici, puisque les Japonais devront ?atre compris dans ce troisi?¨me groupe des populations asiatiques.

Du moment o?1 il saagit de d??signer une id??e nouvelle, et, dans laesp?¨ce, une nouvelle circonscription ethnographique, il est presque toujours n??cessaire de cr??er un mot nouveau. Le choix heureux de ce mot naest pas tellement indiff??rent pour le progr?¨s de la science, quail ne vaille la peine de le chercher avec le plus grand soin. Laemprunt ? la Gen?¨se des noms de Japh??tiques, S??mitiques et Chamitiques, pour servir ? la classification des races humaines, a pouss?? laethnographie dans des orni?¨res dont il est bien difficile de la faire sortir. Je craindrais, pour ma part, que la d??nomination de Touranien, si elle ??tait d??finitivement accept??e, entra??n?¢t la science des nations dans des erreurs bien autrement funestes encore. Daabord, cette d??nomination manque non-seulement de pr??cision, mais, par suite du sens que les linguistes lui attribuent aujourdahui, elle signifie deux choses tr?¨s diff??rentes. Touran, pour les Perses de laantiquit??, naa jamais ??t?? la d??signation daun peuple particulier; autant vaudrait admettre, comme terme de classification, les noms de Refa?ˉm et de Zomzommin donn??s aux populations ? demi-sauvages que les S??mites rencontr?¨rent ? leur arriv??e dans la r??gion biblique o?1 ils se sont ??tablis. Pour les linguistes, au contraire, il faut entendre par Touraniens ? peu pr?¨s tous les peuples asiatiques qui ne sont ni Aryens, ni S??mites. Dans les tableaux quaon publie journellement pour la classification de ces peuples, je vois figurer c?′te ? c?′te les Finnois, les Hongrois et les Turcs, dont les affinit??s paraissent certaines, les populations que M. Beauvois a r??unies sous le nom de Nord-Atla?ˉques, les populations Mongoliques, les Mandchoux, les Cor??ens, les Japonais, parfois m?ame les Chinois, les Malays, caest-? -dire les Oc??aniens et les Dravidiens. Or, comme la parent?? de ces derniers peuples avec les Nord-Alta?ˉens,-possible, je le veux bien,-est encore loin daavoir ??t?? ??tablie daune mani?¨re scientifique, le nom de Touranien naest gu?¨re plus explicite, suivant moi, que le mot terra incognita, sur nos vieilles cartes g??ographiques. Et, si laintention des ethnographes ??tait de faire usage daune d??nomination g??n??rale pour tous les peuples asiatiques que nos connaissances ne nous permettent pas encore de classer s??rieusement, je pr??f??rerais de beaucoup le nom daAnaryens (non Aryens), que M. Oppert a employ?? dans ses premiers travaux sur la??criture cun??iforme du second syst?¨me. Les Aryens, sur lesquels repose la constitution de la grande famille linguistique successivement appel??e indo-germanique, indo-europ??enne et aryenne, forment en effet le seul groupe consid??rable des peuples de laAsie dont la parent?? ait ??t?? d??finitivement ??tablie, sinon au point de vue de laanthropologie, au moins en raison des affinit??s de leurs idiomes respectifs. Le proc??d?? par voie daexclusion ne saurait donc, en ce cas, nuire ? la clart?? de la doctrine, et, provisoirement, je pr??f?¨re adopter la d??nomination daAnaryens, pour les peuples sur lesquels je dois fixer votre attention.

Le groupe des peuples anaryens de laAsie, dont launit?? naa pas encore ??t?? ??tablie par la science, comprend plusieurs familles, sur lesquelles vous me permettrez de vous dire quelques mots.

La famille Oural-Alta?ˉque sa??tend depuis la mer Baltique et la r??gion des Carpathes ? laouest, jusquaaux limites orientales de la Sib??rie ? laest.

Cette famille se subdivise en quatre rameaux principaux:

Le rameau septentrional comprend les Finnois et les Lapons au nord de laEurope;-les Samo?ˉ?¨des r??pandus au nord-est de la Russie et au nord-ouest de la Sib??rie;-les Siri?|nes, au nord et ? laouest de la rivi?¨re Kama;-les Wogoules, entre la Kama et les monts Ourals, daune part, et sur la rive gauche de laObi, de laautre;-les Ostiaks, des deux c?′t??s de laI??nisse?ˉ.

Le rameau occidental se compose des Hongrois, r??partis dans de nombreux ??lots, situ??s dans la r??gion du Danube et de deux de ses affluents, la Theiss et le Maros.

Le rameau m??ridional comprend les Turcs qui occupent, en Europe, non point la contr??e connue en g??ographie sous le nom daEmpire Ottoman, mais seulement quelques ??lots diss??min??s ?§? et l? dans cette contr??e; laAsie-Mineure, ? laexception de la zone maritime occup??e surtout par des colonies hell??niques; et une vaste ??tendue de territoire au nord de la Caspienne et de laAral, prolong?? jusquaaux versants occidentaux du Petit-Alta?ˉ. Il faut rattacher ? ce rameau, les Iakoutes, habitants des deux rives de la L??na et daune partie de la rive droite de laIndighirka, ainsi que de laembouchure de ce fleuve, o?1 ils vivent c?′te ? c?′te avec les Toungouses et les Youkaghirs.

Le rameau oriental, enfin, se compose des Youkaghirs, des Koriaks et des Kamtchadales.

La famille Tartare comprend les rameaux suivants:

Le rameau Kalmouk-Volga?ˉen, compos?? de tribus Euleuts ou Kalmouks, au nord-ouest de la mer Caspienne, sur les rives du Volga, sa??tendant ? laouest non loin des rives du Don, et formant plusieurs ??lots dans la partie sud-ouest de la Russie daEurope; et le rameau Alta?ˉen, comprenant les Kalmouks r??pandus dans la r??gion du lac Dza?ˉsang;

Le rameau Ba?ˉkalien, comprenant les Bouri?|ts de la r??gion du lac Ba?ˉkal;

Le rameau Mongolique, compos?? de plus de deux millions et demi de Tatares-Mongols, habitant le nord de la Chine, depuis le lac Dza?ˉsang et les monts Kou??n-lun ? laouest, jusquaau territoire occup?? par les Mandchoux ? laest;

Le rameau Toungouse comprenant les Toungouses, chasseurs et pasteurs, errant surtout dans le bassin de la L??na et sur les rivages de laOc??an Glacial, au-del? de la limite des terres bois??es, en face de laarchipel inhabit?? de la Nouvelle-Sib??rie, et ? laembouchure de la rivi?¨re Kolima:-les Lamoutes, p?acheurs, sur les rivages occidentaux de la mer daOckostk;-les Mandchoux, sur les bords du fleuve Amo??r, principalement sur sa rive droite.

La famille Dravidienne, compos??e des anciennes populations autochtones de laInde, aujourdahui refoul??es dans la partie m??ridionale de cette p??ninsule et dont les langues paraissent avoir des affinit??s avec les idiomes tartares, se compose des rameaux suivants:

Le rameau septentrional, composant les T??linga ou T??lougou, dans la r??gion du D??khan;

Le rameau occidental, form?? des Indiens Karnataka, ? laouest des pr??c??dents,-et des Indiens Toulou, au sud;

Le rameau m??ridional, form?? des Indiens Malayalam, sur la c?′te de Malabar;

Enfin, le rameau oriental, form?? du peuple Tamoul, qui occupe la c?′te de Coromandel et la pointe septentrionale de la??le de Ceylan.

En dehors de ces familles ? peu pr?¨s d??finies, nous trouvons encore, dans le vaste groupe des anaryens, plusieurs nations daune importance consid??rable, dont la situation ethnographique naa pas ??t?? reconnue jusqua? pr??sent daune fa?§on satisfaisante et qui, par ce fait, semblent former autant de familles distinctes, savoir:

La famille Sinique, compos??e des Chinois, implant??s, environ trente si?¨cles avant notre ?¨re, sur le territoire occup?? primitivement par les Miaotze, les Leao, les Pan-hou-tchoung, les Man, et autres populations autochtones; des Cantonais et des Hokki??nais, habitants des c?′tes orientales de la Chine, qui parlent un dialecte dans lequel on retrouve de nombreuses traces daarcha?ˉsme;

La famille Tib??taine, qui est r??pandue dans le petit Tibet, le Ladakh, le Tibet, le N??p?¢l, le Bhotan, dans la partie sud-ouest de la province chinoise du Ssetchouen, et dans quelques ??lots situ??s dans les provinces du Kouang-si, du Koueitcheou et au nord-ouest de la province du Kouang-toung;

La famille Annamite, comprenant les populations du Tong kin et de la Cochinchine;

La famille Tha?ˉ, compos??e des Siamois.

Je vous demande la permission de ne pas maoccuper des Barmans et des Cambogiens, dont la situation ethnographique est encore difficile ? d??terminer, et qui, en tout cas, paraissent ??trangers au groupe de peuples que nous avons, en ce moment, la mission da??tudier ensemble.

Les affinit??s plus ou moins nombreuses que laon peut constater entre ces peuples, sont tant?′t des affinit??s anthropologiques, tant?′t des affinit??s linguistiques.

Vous connaissez tous le type chinois, et, pour lainstant, je ne parle de ce type quaau point de vue de ses caract?¨res reconnaissables par le premier venu. Vous connaissez peut-?atre un peu moins le type mongol et le type japonais, ou plut?′t vous devez bien souvent confondre ceux-ci et celui-l? . Caest quail existe, en effet, entre ces types, des traits de la plus ??tonnante ressemblance. Si vous avez vu des Samo?ˉ?¨des, des Ostiaks, des Tougouses, des Mandchoux, des Annamites, des Siamois, que sais-je, des indig?¨nes da? peu pr?¨s toute la zone centrale et sud-orientale de laAsie, vous avez d?? vous trouver port?? ? la m?ame confusion. Il naest pas n??cessaire de sortir daEurope pour rencontrer ces individus aux cheveux noirs, ? la face large et aplatie, aux yeux brid??s, aux pommettes saillantes, aux l?¨vres ??paisses, ? la barbe rare, autant de caract?¨res frappants sail en f??t; il ne faut pas m?ame aller jusqua? Kazan: ? Moscou, dans tout le c?ur de la Russie, et m?ame ? P??tersbourg, cette ville finno-allemande, vous rencontrez, ? chaque instant, le type sui generis dont je viens de vous rappeler les principaux traits.

Au premier abord, il y a donc une pr??somption pour croire ? laexistence daune grande famille, compos??e de tant de nations non pas pr??cis??ment dou??es daun type identique, mais daun type fortement marqu?? du stigmate de la parent??:

.....Facies non omnibus una,

Nec diversa tamen; qualem decet esse sororum.

Les affinit??s linguistiques sont naturellement moins faciles ? reconna??tre. Les vocabulaires de ces peuples naoffraient, aux yeux des philologues de la premi?¨re moiti?? de ce si?¨cle, que de rares homog??n??it??s, et la tendance ??tait de croire ? un ensemble de familles de langues essentiellement diff??rentes les unes des autres. Il faut dire que ce naest gu?¨re que depuis une vingtaine daann??es, que plusieurs des idiomes les plus importants de ce groupe ont ??t?? ??tudi??s daune fa?§on approfondie. En outre, les formes archa?ˉques du chinois, idiome consid??rable par son antiquit?? et par son d??veloppement, ??taient ? peu pr?¨s compl?¨tement ignor??es. Les caract?¨res fondamentaux des mots chinois ??taient peut-?atre plus difficiles ? reconna??tre que ceux des racines des autres langues, par suite de la forme monosyllabique et uniconsonnaire de ces mots. On comparait de la sorte gratuitement, avec le vocabulaire de toutes sortes daidiomes de laAsie Centrale, les monosyllabes des dialectes de P??king et de Nanking, qui sont ceux qui ont subi avec le temps les plus graves alt??rations. La reconstitution de la langue chinoise antique nous a signal?? notamment laexistence ancienne de th?¨mes bilit?¨res, caest-? -dire de racines compos??es daune voyelle intercal??e entre deux consonnes, racines analogues aux racines primitives des langues s??mitiques et des langues aryennes[6]. Ces th?¨mes bilit?¨res ont ??t?? daune valeur sans pareille pour arriver ? des rapprochements daune rigueur philologique incontestable: ils ont permis de constater des affinit??s certaines et jusquaalors inaper?§ues entre les glossaires chinois, japonais, mandchou, mongol, etc.

Des affinit??s certaines, je le r??p?¨te, ont ??t?? constat??es par ce moyen; mais ces affinit??s sont encore insuffisantes pour donner lieu ? de larges d??ductions. Des rapports de vocabulaires ont m?ame ??t?? signal??s entre des rameaux bien autrement ??loign??s. Le turc et le japonais, par exemple, poss?¨dent des mots dont la ressemblance est certainement de nature ? faire r??fl??chir les linguistes. Quelques rapprochements ont ??t?? tent??s aussi avec le magyar, langue s?ur du finnois et du turc, et le tib??tain, langue apparent??e au mongol, et dans une proportion non encore d??termin??e, au chinois[7]. Le cor??en poss?¨de enfin des d??sinences de d??clinaison et de conjugaison semblables ? celles du japonais[8].

Mais ce qui est bien autrement important que ces assimilations sporadiques de mots et de vocables, caest launit?? du syst?¨me grammatical qui caract??rise laensemble des langues du groupe sur lequel jaappelle, en ce moment, votre attention. Cette unit?? est telle, quaune phrase turque, par exemple, peut g??n??ralement se traduire en japonais sans quaun seul mot ou particule occupe, dans une de ces deux langues, une place diff??rente de celle quail occupe dans laautre. Et remarquez que la grammaire japonaise se distingue de la grammaire des langues aryennes et des langues s??mitiques, par une syntaxe essentiellement originale. Dans cette langue, comme en mantchou, en tib??tain et en turc, la construction phras??ologique est rigoureusement inverse. En japonais, comme en turc, pour dire: ?jaai vu hier le gouverneur chassant sur les bords du Co?ˉk avec ses chiens?, on construira: hesterno-die Coici littore-suo-in, canibus-sui cum, Alepi pr?|fectum-suum vidi;-en mandchou, comme en japonais, pour dire ?habitant de la ville de Nazareth, dans la province de Galil??e?, on construira: Galile?| provinci?| Nazareth vocatam civitatem incolens; en tib??tain, comme en japonais, pour dire: ?As-tu vu ma (bien-aim??e) appel??e Yidparo??, on construira: mea Yidparo sic vocata te a prospecta fuitne?

Dans toutes ces langues, le qualificatif, quelquail soit, adjectif ou adverbe, pr??c?¨de le mot qualifi??. Pour dire: ?les hommes de la haute montagne, on construira, alti montis homines.-Le r??gime direct pr??c?¨de le verbe; pour dire: ?il a vu la pierre dans la montagne,? on construira, montis interiore-in lapidem vidit.-Les particules de condition sont des postfixes; en daautres termes, au lieu et place de nos pr??positions, nous trouvons des postpositions.-Enfin, pour donner encore un exemple de similitude syntactique, je rappellerai la mani?¨re daexprimer le comparatif par une simple r?¨gle de position, avec le concours de la postposition de laablatif, jointe ? laobjet aux d??pens duquel est faite la comparaison[9].

Quelques noms de peuples, compris dans les groupes que jaai ??num??r??s tout ? laheure, sollicitent ??galement laattention. La d??nomination daOugriens, donn??e aux peuples de laOural, vient de laostiak ?′gor ?haut?; elle pourrait bien ?atre la m?ame que celle de Mogol ou Mongol, bien que ce dernier nom soit expliqu?? comme signifiant ?brave et fier?[10]. Le correspondant turc de ?′gor est ioughor et ouighor, qui, ? son tour, rappelle le nom des Ouigours. Daautre part, le nom de Vogoules et celui des Ungari ou Hongrois, ont ??t?? rattach??s ? cette m?ame racine ostiake Ogor[11]. Enfin, on nous donne le nom de Moger, nom dont on ignore le sens[12], comme la plus ancienne appellation des Magyars ou Hongrois: ce nom renferme les trois consonnes radicales du mot Mogol, car on sait que lal et lar se permutent sans cesse dans les idiomes de laAsie moyenne, idiomes qui ne poss?¨dent quelquefois quaune seule de ces deux articulations semi-voyellaires. Ces ??tymologies, que je vous donne pour ce quaelles peuvent valoir, ne sont cependant pas plus impossibles que celle qui rapproche le nom Sames des Lapons, de celui des Finnois, dont le pays est appel?? Suom-i.

Des affinit??s anthropologiques et linguistiques dont je viens de vous entretenir, que pouvons-nous d??duire?-Non point encore une certitude au sujet de laorigine des Japonais et de leur parent?? avec les nations de la terre ferme, mais du moins des arguments de nature ? consolider une hypoth?¨se, suivant laquelle les Japonais seraient une ??migration du continent asiatique. Si cette hypoth?¨se doit ?atre un jour ??tablie daune mani?¨re rigoureusement scientifique, il est hors de doute que la date de cette migration sera report??e ? une ??poque fort ancienne, et sans doute ant??rieure ? la fondation des grands empires historiques de laAsie Centrale et Orientale. Si, cependant, la critique historique admettait pour cette migration le si?¨cle de laarriv??e au Japon de Zin-mou, premier mikado de cet archipel, caest-? -dire le VIIe si?¨cle avant notre ?¨re, il ne faudrait pas trouver une objection contre cette doctrine dans le silence des historiens chinois au sujet de ce grand mouvement ethnique. Laav??nement de Zin-mou et son ??tablissement dans le palais de Kasiva-bara, 660 ans avant notre ?¨re, sont ant??rieurs daun si?¨cle ? la naissance de Confucius. Or lahistoire rapporte que caest ? ce c??l?¨bre moraliste que la Chine doit la possession de ses annales primitives, reconstitu??es par ses soins ? laaide des documents conserv??s dans les archives imp??riales des Tcheou. Si laon ??tudie, daune part, dans quelles conditions difficiles Confucius put r??aliser cette ?uvre gigantesque da??rudition, et, daautre part, si laon tient compte du parti pris par ce philosophe de ne livrer ? la post??rit?? que ce que lahistoire ancienne de son pays pouvait offrir de bons exemples ? ses compatriotes pour les moraliser et leur faire accepter ses enseignements, on ne sa??tonnera point quail ait n??glig?? de recueillir les donn??es quaon pouvait avoir, ? son ??poque, sur la??migration de Zin-mou.

Dans lahypoth?¨se que nous examinons, cette ??migration serait venue daun grand foyer de civilisation anaryenne, car Zin-mou naappara??t point au Nippon comme un chef de sauvages ou de barbares, mais bien comme le prince daune nation polie et d??j? avanc??e en civilisation. Ce foyer, o?1 le trouver, si ce naest en Chine? A moins que nous nous d??cidions ? laaller chercher chez ce peuple anaryen auquel M. Oppert attribue lainvention de la??criture cun??iforme.

Laidentit?? ? peu pr?¨s absolue du syst?¨me de la??criture cun??iforme anaryenne et du syst?¨me de la??criture japonaise viendrait, au besoin, ? laappui de cette audacieuse th??orie. Il est, en effet, tr?¨s singulier de trouver chez deux peuples ??trangers laun ? laautre une invention aussi compliqu??e, aussi originale que le syst?¨me de la??criture cun??iforme anaryenne et de la??criture japonaise[13]. Des signes figuratifs, employ??s tant?′t avec la valeur de laobjet quails repr??sentent, tant?′t avec une valeur purement phon??tique; des signes polyphones, caest-? -dire susceptibles da?atre lus de plusieurs mani?¨res diff??rentes, suivant le contexte de la phrase; des mots ??crits partie en caract?¨res id??ographiques, partie en caract?¨res phon??tiques; tant de proc??d??s graphiques employ??s simultan??ment et dans les m?ames conditions chez deux peuples, ont ? coup s??r quelque chose da??tonnant, da??nigmatique, qui provoque malgr?? soi dans laesprit lahypoth?¨se daune origine commune. Cette hypoth?¨se, je vous conseille de ne laaccueillir quaavec r??serve, comme on doit accueillir une hypoth?¨se non encore d??montr??e. Dans laobscur d??dale des origines ethniques, il faut envisager en m?ame temps toutes les possibilit??s et se d??fier de toutes les vraisemblances.

Je me r??sume: les Japonais sont des ??trangers dans laarchipel quails habitent aujourdahui. Leur provenance du continent asiatique est peu douteuse, mais la route de leurs migrations primitives, que divers ordres de faits font entrevoir sur la carte daAsie, est encore environn??e de t??n?¨bres et de myst?¨res. Ils ne sont point venus daOc??anie, comme laont suppos?? quelques ethnographes, encore moins daAm??rique: le sang mongolique coule dans leurs veines, laesprit tartare a proc??d?? ? la formation de leur grammaire, et probablement aussi de leur vocabulaire. Leurs aptitudes civilisatrices, le caract?¨re chercheur, inquiet de leur g??nie national, ne permet point de les croire Chinois daorigine, ? moins que les effets du m??tissage aient produit en eux une prodigieuse transformation intellectuelle.

Chapter 2 No.2

COUP-Da?IL

SUR LA

G?OGRAPHIE DE LaARCHIPEL

JAPONAIS

VANT de nous occuper de la??tude ethnographique et historique de la??migration qui saest ??tablie au Japon, pr?¨s de sept si?¨cles avant notre ?¨re et y a r??pandu les germes de la civilisation extraordinaire que nous y rencontrons aujourdahui, il me semble n??cessaire de jeter un coup-da?il rapide sur la constitution g??ographique de laarchipel japonais.

Sail ??tait possible de plonger les regards jusque dans les profondeurs g??ologiques de laExtr?ame-Orient, vers ces lointains pays, au-del? desquels toute terre dispara??t pour laisser le champ libre ? un oc??an immense, un spectacle imposant viendrait, ? coup s??r, frapper notre imagination. Du sein daun vaste foyer souterrain, un fleuve de lave et de feu, sillonnant les art?¨res du sol, contourne, aux environs de la??quateur, laarchipel Malay, dao?1 il atteint, par les Molusques et les Philippines, la pointe m??ridionale de Formose quail traverse longitudinalement pour gagner ensuite, par laarchipel des Lieou-kieou, les trois grandes ??les du Japon, et aller, en se bifurquant au-del? des Kouriles, ? la pointe du Kamtchatka, se perdre dans les glaces ??ternelles des r??gions polaires. De distance en distance, la force de ce brasier souterrain, qui entoure comme daune ceinture de feu les confins orientaux du vieux monde, se manifeste, soit par des soul?¨vements telluriques, soit par de nombreux crat?¨res dao?1 saexhale une haleine de soufre et de fum??e. Ainsi saexplique le syst?¨me orographique de ces ??tranges contr??es, et les ph??nom?¨nes hydrographiques qui se manifestent non-seulement dans laint??rieur des terres, mais encore et surtout au sein des eaux tourbillonnantes des mers de la Chine et du Japon.

?uvre de longues et terribles commotions g??ologiques, laarchipel japonais, ce long cordon de plus de 3,850 ??les et ??lots, qui ne compte pas moins de onze cents lieues da??tendue, depuis laextr??mit?? septentrionale de Formose jusquaau cap Lopatka, se caract??rise par une succession de cha??nes de montagnes, dont plusieurs pr??sentent encore de nos jours da??normes crat?¨res en ??bullition. Ces bouches, sans cesse b??antes et toujours pr?ates ? vomir des torrents de lave et de cendres, peuvent ?atre consid??r??es comme des soupapes de s??ret?? sans lesquelles le pays serait expos?? p??riodiquement aux plus ??pouvantables r??volutions.

Laissue que fournissent ces bouches ne suffit cependant pas pour calmer le temp??rament imp??tueux de la fournaise sans cesse en travail dans les profondeurs de ces r??gions. Des tremblements de terre daune violence extr?ame viennent de temps ? autres, signaler les crises du fl??au emprisonn?? dans les entrailles du sol.

Un des plus anciens cataclysmes de ce genre dont lahistoire fasse mention, est le soul?¨vement de la colossale montagne ignivome nomm??e le Fuzi-yama[14], laan 286 avant notre ?¨re, ??poque avec laquelle co?ˉncide laarriv??e de la premi?¨re ??migration chinoise au Japon rapport??e dans lahistoire. Cette montagne, situ??e un peu au sud-ouest de la ville de Y??do, sur la fronti?¨re des provinces de Sourouga et de Ka?ˉ, a la forme daune pyramide tronqu??e, dont la??l??vation atteint pr?¨s de 4,000 m?¨tres au-dessus du niveau de la mer. ?Sous le r?¨gne de laempereur Kwanmou, la 19e ann??e de la?¨re Yen-reki, une ??ruption du Fuzi-yama dura plus daun mois[15]. Pendant le jour, laatmosph?¨re ??tait obscurcie par la fum??e du crat?¨re en combustion; pendant la nuit, la??clat de laincendie illuminait le ciel. On entendait des d??tonations semblables au tonnerre. Les cendres que lan?§ait le volcan, tombaient comme de la pluie. Au bas de la montagne, les rivi?¨res ??taient de couleur rouge[16]?.

En 864, le 5e mois, une ??ruption encore plus ??pouvantable vint r??pandre la terreur dans la contr??e. Le Fouzi-yama fut en feu pendant dix jours, et son crat?¨re lan?§a ? de grandes distances da??normes ??clats de roches, dont quelques-uns tomb?¨rent dans laoc??an, ? une distance de trente ri. De nombreuses habitations furent d??truites, et une centaine de familles riveraines furent ensevelies dans le d??sastre.

Les annales japonaises citent une autre ??ruption de ce volcan, au XVIIIe si?¨cle. Durant la nuit du 23e jour du 11e mois de laann??e 1707, on ressentit successivement deux tremblements de terre, ? la suite desquels le Fouzi-yama saenflamma. Des tourbillons de fum??e, accompagn??s de violentes projections de cendres, de terre calcin??e et de pierres, se r??pandirent dans les campagnes avoisinantes ? une distance de plus de dix ri.

Actuellement le volcan le plus actif du Japon est le Wun-zen dak?? ou ?Montagne des Sources daeau chaude?, situ?? dans la province de Hizen. Sa hauteur est de plus de 1,200 m?¨tres. Une de ses plus terribles ??ruptions a eu lieu en 1792[17].

La??le de Y??zo naa pas encore ??t?? explor??e daune mani?¨re quelque peu satisfaisante. On sait cependant que cette ??le, tr?¨s montagneuse, est essentiellement volcanique. M. Pemberton Hodgson, consul britannique a fait en 1860, dans cette ??le, laascension daun volcan qui ne mesurait pas moins de 4,000 pieds da??l??vation. Laarchipel des Kouriles renferme au moins douze volcans, dont la jonction souterraine est r??v??l??e par ceux qui se rencontrent au Kamtchatka, et parmi lesquels il en est actuellement quatorze en pleine activit??.

Les Japonais, les habitants des campagnes surtout, vivent sous laempire de la terreur que leur causent ces volcans qui menacent sans cesse de se rallumer, comme les anciens Mexicains vivaient dans la crainte perp??tuelle de voir se renouveler les effroyables inondations diluviennes qui avaient jadis boulevers?? leur pays. La l??gende nationale fait voir, dans les profondeurs des montagnes volcaniques, les divinit??s infernales de leur mythologie. K?|mpfer rapporte que les bonzes japonais ont profit?? de la cr??dulit?? populaire pour placer dans toutes les r??gions sulfureuses et volcaniques des lieux daexpiation destin??s aux hommes fourbes et m??chants. Caest ainsi quails attribuent aux marchands de vin qui ont tromp?? leurs pratiques, le fond daune fontaine bourbeuse et insondable; aux mauvais cuisiniers, une source ? ??cume blanche et ??paisse comme de la bouillie; aux gens querelleurs, une autre source chaude o?1 laon entend sans discontinuer daeffroyables d??tonations souterraines, etc., etc.[18].

La constitution essentiellement volcanique de laExtr?ame-Orient a caus??, ? diverses ??poques, de brusques soul?¨vements de montagnes ou da??les qui se sont conserv??es jusqua? nos jours. En 764 de notre ?¨re, trois ??les nouvelles apparurent soudainement au milieu de la mer qui baigne les c?′tes du district de Kaga-sima, et aujourdahui on y trouve une population laborieuse qui say adonne ? laagriculture et au commerce. Les ??crivains japonais citent ??galement une montagne qui sa??lan?§a du sein de la mer de Tan-lo (au sud de la Cor??e), vers laan 100 de notre ?¨re. Au moment o?1 cette montagne commen?§a ? surgir du milieu des flots, des nuages vaporeux r??pandirent dans laespace une profonde obscurit??, et la terre fut ??branl??e par de violents coups de foudre. Laobscurit?? ne se dissipa quaau bout de sept jours et de sept nuits. Cette montagne mesurait mille pieds et avait une circonf??rence de quarante ri. Des vapeurs et de la fum??e environnaient sans cesse son sommet, et elle ressemblait ? un immense bloc de soufre.

Le Japon est un domaine neptunien. Le plus grand oc??an du monde, le fr?¨re a??n?? de notre Atlantique, baigne ses c?′tes orientales; et, du c?′t?? de laoccident, la mer furibonde des typhons et des temp?ates mugit avec fracas sur les innombrables rochers qui h??rissent ses bords. Da??normes gla?§ons, d??tach??s des eaux du Kamtchatka et du d??troit de Behring, saavancent vers ses c?′tes bor??ales, avant-garde des mers polaires; tandis que ses rivages du sud sont battus par les vagues gigantesques des mers tropicales.

Un courant daeau chaude, sombre, noire, sal??e, parsem??e de fucus flottants, vient promener sa course vagabonde sur les c?′tes du Japon et, de l? , sur toute la??tendue du Pacifique, dans la direction du nord-est. Respectueux sur son passage, laoc??an retire ses ondes verd?¢tres et le laisse tracer librement sa route semblable ? une voie lact??e des mers terrestres, pour me servir daune expression assez originale de lahydrographe Maury.

Issu du grand courant ??quatorial, le Kuro-siwo, caest-? -dire le ?Courant Noir?, comme laappellent les Japonais, commence ? se manifester ? la pointe m??ridionale de la??le de Formose, dao?1 il atteint daun c?′t?? la mer de Chine, tandis que de laautre il se dirige vers le nord, baignant ainsi toute la c?′te du Japon jusquaau d??troit de Tsougar. La rapidit?? quail donne aux navires emport??s avec lui vers le nord-est est consid??rable. Daabord, de 35 ? 40 milles par jour, cette vitesse saaccro??t parfois jusqua? 72 et 80 milles par vingt-quatre heures, aussit?′t quaon atteint la latitude de Y??do. Sa puissante influence sur le climat des ??les du Japon sa??tend jusquaaux rivages de la Californie et de laOr??gon. Des varechs flottants, daune esp?¨ce assez semblable au fucus natans du Gulf-Stream (courant de laoc??an Atlantique), se rencontrent en quantit?? sur tout son parcours.

Un contre-courant aux eaux froides, et sans doute issu des mers glaciales, vient c?′toyer le Kouro-siwo et rendre plus sensible la diff??rence de temp??rature de ses eaux. Partout, en dehors des c?′tes de Chine, sur le parcours de ce contre-courant froid, les sondages constatent que la mer acquiert une grande augmentation de profondeur. Le Kouro-siwo jouit habituellement de 20 ? 25 degr??s de chaleur de plus que ce contre-courant. Dans la r??gion du Kamtchatka et des Al??outiennes, les diff??rences de temp??rature entre ces deux courants sont encore plus sensibles.

Le climat des ??les du Japon est beaucoup plus froid que celui des contr??es de laEurope occidentale plac??es sous les m?ames parall?¨les. La?¢pret?? relative du climat asiatique, compar?? ? celui de laEurope, a daailleurs ??t?? d??j? plus daune fois signal??e. Le sud de la??le de Y??so, sous la latitude de Madrid, endure des hivers tr?¨s vifs, durant lesquels le thermom?¨tre descend jusqua? 15 degr??s au-dessous de z??ro (R??aumur). Entre le 38e degr?? et le 40e degr?? de latitude Nord, sur le parall?¨le de Lisbonne, la glace recouvre les lacs et les fleuves jusqua? une profondeur suffisante pour quaon puisse les traverser ? pied sans danger. Le riz ne cro??t d??j? plus dans la??le de Tsou-sima (34° 12a lat. bor.), et le bl?? ne parvient que difficilement ? sa maturit?? dans les environs de Matsmay?? (41° 30a lat. bor.). Sur la c?′te sud et sud-est du Japon, la temp??rature est plus douce, gr?¢ce ? la haute cha??ne de montagnes qui garantit le pays des vents glac??s de laAsie. On rencontre d??j? le palmier, le bananier, le myrte et autres v??g??taux de la zone torride, entre le 31e degr?? et le 34e degr?? de latitude nord. Dans certaines localit??s, on cultive m?ame la canne ? sucre avec succ?¨s, et les rizi?¨res produisent annuellement deux r??coltes.

Il a ??t?? ??tabli, je crois, daune mani?¨re incontestable, que les parties du Japon tourn??es du c?′t?? de laAsie ??taient beaucoup plus froides que celles qui regardent laoc??an Pacifique. Ainsi le Siro-yama ou Mont-Blanc japonais, situ?? sous le 36e degr?? de latitude est d??j? couvert de neiges perp??tuelles ? une hauteur de 2,500 m?¨tres au-dessus du niveau de la mer, tandis que le Fouzi-yama qui sa??l?¨ve, comme je laai dit tout ? laheure, ? pr?¨s de 4,000 m?¨tres, est presque toujours d??gag?? de neiges pendant les beaux mois de laann??e. On cherche ? expliquer ce ph??nom?¨ne en disant que la partie occidentale du Nippon se trouve expos??e aux vents froids du continent asiatique, tandis que la partie orientale, abrit??e par les hautes montagnes de laint??rieur, en est, au contraire, g??n??ralement garantie. Cette explication ne me para??t pas p??remptoire, et je crois quail faut la chercher dans une foule daautres actions, parmi lesquelles celle du Kouro-siwo naest peut-?atre pas la moins consid??rable.

La temp??rature de Y??zo est daordinaire tr?¨s froide. Dans le nord de la??le, la neige recouvre souvent le pays en plein mois de mai, et les arbres ne donnent encore aucun feuillage. On endure, lahiver, de grandes pluies accompagn??es de coups de vents temp?atueux, et da??pais brouillards se r??pandent sur le sol, o?1 ils continuent souvent ? ??paissir pendant des semaines enti?¨res. En ??t?? m?ame, il est bien rare que le ciel ne soit pas obscurci par quelque brume. Ces brouillards sont funestes aux navigateurs qui, au milieu de laobscurit?? quails produisent, vont se perdre sur les innombrables r??cifs que renferme laOc??an dans ces parages.

A Matsmay??, laune des localit??s les plus m??ridionales de la??le, situ??e sous la latitude de Toulon, les ??tangs et les marais g?¨lent pendant lahiver. La neige ne dispara??t plus pendant la p??riode comprise entre novembre et mai, et il naest pas rare que le thermom?¨tre descende ? 15 degr??s au-dessous de z??ro (R??aumur).

Dans la??le de Nippon, laatmosph?¨re est moins variable. Les ??t??s sont tr?¨s chauds, et, certaines ann??es, ils seraient m?ame insupportables, si la mer naapportait une brise qui rafra??chit la temp??rature de laair. Par un remarquable contraste, les hivers, au mois de janvier et de f??vrier, sont tr?¨s durs; et, lorsque le sol est couvert de neige, la r??verb??ration produit une sensation de froid fort aigu??, surtout quand le vent souffle du nord et du nord-est.

Les pluies sont fr??quentes au Japon, principalement vers le milieu de la??t??, ? la??poque dite des ?mois pluvieux[19]?. Ces pluies, accompagn??es de coups de tonnerre, durent quelquefois toute laann??e. On dit quaon leur doit en grande partie la fertilit?? du pays, dont la terre, daailleurs pauvre, ne produirait que daassez maigres v??g??taux, si elle na??tait sans cesse ranim??e par des arrosements naturels. Toujours est-il que ces abondantes ond??es contribuent ? entretenir une humidit?? tr?¨s sensible qui p??n?¨tre ceux qui sortent et se r??pand partout dans laint??rieur des habitations. Caest ce qui a fait dire ? un po?¨te-roi, au mikado Ten-dzi:

Dans la saison daautomne, on fait la moisson dans les champs;

La natte qui couvre ma cabane est ? claire voie,

Mes v?atements sont humect??s par la ros??e[20].

Dans le Seto-uti, ou Mer int??rieure, le thermom?¨tre varie, en ??t??, de 26 ? 35 degr??s centigrades; en hiver, la temp??rature est rarement inf??rieure ? 5 degr??s au-dessous de z??ro[21].

Le climat de Nagasaki est tr?¨s variable. Les ??t??s sont extr?amement chauds et la temp??rature, pendant cette saison, naest gu?¨re moins ??lev??e qua? Batavia. Les hivers, au contraire, sont souvent rigoureux; la neige reste longtemps sur le sol, surtout dans la campagne, et la glace elle-m?ame y est fort ??paisse.

La superficie territoriale du Japon a ??t?? ??valu??e ? 400,000 kilom?¨tres carr??s, ce qui correspond ? peu pr?¨s aux trois quarts de la France. Mais, comme cet archipel est tr?¨s long (plus de 800 lieues), il en r??sulte que le d??veloppement de ses c?′tes est consid??rable et peut ?atre ??valu?? ? environ dix fois celui des n?′tres[22].

La forme longitudinale du Japon, et la cha??ne de montagnes qui le traverse du sud au nord, fait que ce pays pr??sente dans toute son ??tendue deux versants ? peu pr?¨s partout ??galement orient??s, laun ? laouest, laautre ? laest. Le versant oriental, caest-? -dire celui qui fait face au Pacifique, semble ? bien des ??gards avoir ??t?? privil??gi??.

Le berceau de la civilisation a ??t?? ??tabli sur ce versant oriental au VIIe si?¨cle avant notre ?¨re; les deux capitales, Miyako et Y??do, les cit??s les plus opulentes, Oho-saka, Kama-kura, Mito, Sira-kawa, Ni-hon-matu, Sen-dai, etc., y ont ??t?? fond??es; le T?′-kai-dau, ?la Voie de la mer de laEst?, cette grande route strat??gique cr????e par Ta?ˉ-kau Sama, pour assurer sa supr??matie sur les princes f??odaux de laempire, et qui est devenue laart?¨re principale de la vie politique, industrielle et commerciale des Japonais, a ??t?? ??galement construite sur le flanc oriental du Nippon. Les mines daor et daargent [les plus riches] du pays paraissent aussi situ??es du m?ame c?′t??, ? laexception cependant des mines de Tazima dont laimportance serait, dit-on, consid??rable, si elles ??taient convenablement exploit??es.

Avant de terminer ce rapide expos??, vous me permettrez daajouter quelques d??tails descriptifs relativement ? la g??ographie des ??les du Japon. Ces d??tails vous seront utiles pour vous familiariser avec des d??nominations topographiques, que nous retrouverons sans cesse dans le cours de nos ??tudes.

Laarchipel japonais se compose de trois grandes ??les et daun nombre consid??rable de petites ??les et da??lots que jaai ??valu?? tout ? laheure, daapr?¨s les statistiques les plus r??centes, ? 3,850.

La principale des trois grandes ??les, appel??e Nippon ?Soleil Levant?, a donn?? son nom ? laarchipel tout entier. Caest de ce nom, prononc?? en Chine Jih-p?n, que vient la d??signation europ??enne de Japon. Daautres noms sont employ??s dans la litt??rature, et surtout en po??sie, pour d??signer cette grande ??le et en m?ame temps le Japon en g??n??ral. Parmi ces noms, je me bornerai ? vous mentionner les suivants: Hi-no moto, synonyme, en dialecte indig?¨ne, du nom chinois daorigine Nippon;-Yamato ?le Pied des Montagnes?, nom daune des provinces o?1 sa??tait ??tablie la cour des mikados;-Ya-sima ?les Huit Iles[23]?;-Ya-koku ?la Vall??e du Soleil?, nom emprunt?? ? une ancienne l??gende chinoise;-Fu-sau koku ?le Pays des M??riers?, autre nom l??gendaire chinois, dans lequel quelques savants ont cru voir une ancienne appellation de laAm??rique, etc.[24].

Les deux autres grandes ??les se nomment: Si-koku ?les Quatre Provinces?, et Kiu-siu ?les Neuf Arrondissements?. Cette derni?¨re ??le naest s??par??e du Nippon que par un d??troit daune demi-lieue de largeur.

Les fleuves qui baignent le Japon ont tous un cours peu ??tendu, r??sultant de la configuration m?ame de ce pays. Quelques uns, cependant, comme la Tamise en Angleterre, sails naont point de longueur, sont larges et profonds ? leur embouchure. La capitale est travers??e par laOho-gawa, ou ?grand fleuve?, qui s??pare la ville proprement dite de ses faubourgs, et sur lequel on a construit cinq ponts, dont plusieurs pr??sentent une architecture remarquable. LaOho-basi, ou ?grand pont?, mesure environ 320 m?¨tres. Le Yodo-gawa, qui coule ? Ohosaka, est ??galement travers?? par plusieurs beaux ponts construits en bois de c?¨dre.

Parmi les lacs du Japon, il en est un qui, par son ??tendue et les facilit??s de communications quail assure aux populations riveraines, m??rite une mention particuli?¨re. Caest le Biwa-ko, ou ?lac de la Guitare?, situ?? dans laancienne province daOmi. Suivant une l??gende accr??dit??e dans le pays, cette petite mer int??rieure aurait ??t?? form??e en une nuit, ? la suite daun grand tremblement de terre qui produisit un affaissement du sol et creusa le lit quaelle occupe aujourdahui, en m?ame temps que sa??levait la gigantesque montagne sacr??e du Fouzi.

Isol??s pendant de longs si?¨cles du reste du monde, les Japonais se sont vus dans la n??cessit?? de donner un grand d??veloppement ? laagriculture et ? laindustrie, afin de saassurer dans leur archipel les moyens daexistence quails ne pouvaient tirer daailleurs. Cet archipel naest pas, comme certaines contr??es favoris??es de laAsie M??ridionale, daune grande fertilit?? naturelle. Laactivit?? intelligente, le travail opini?¢tre de ses habitants, ont su en faire une des r??gions les plus productives de laAsie. Il faut dire que, gr?¢ce ? sa configuration g??ographique, le Japon jouit, ? ses diverses latitudes, des climats les plus vari??s. Tandis que, dans le nord, on y trouve les fourrures et les essences de la Norv?¨ge; dans le midi, le sol produit les v??g??taux les plus pr??cieux de la flore tropicale. Aux ??les Loutchou[25], on cultive avec succ?¨s la canne ? sucre, le bananier, le cocotier, laoranger, laananas; le coton, laindigo, le camphre y sont daune qualit?? sup??rieure.

Dans la zone moyenne, o?1 saest d??velopp??e surtout la civilisation japonaise, le climat temp??r?? est propre ? la culture du riz qui constitue la base essentielle de la nourriture de la plupart des peuples de race Jaune, et ? celle du bambou qui leur rend les services les plus vari??s pour la vie domestique[26]. Laarbre ? vernis fournit ? laindustrie indig?¨ne la laque incomparable du Japon, et une esp?¨ce de Broussonetia dont les fibres forment la mati?¨re premi?¨re daun papier daune solidit?? remarquable. Le th?? cro??t ? peu pr?¨s sans culture dans plusieurs provinces. Dans la r??gion du nord enfin, le m??rier vient apporter un nouvel ??l??ment de richesse ? la population des campagnes, en lui assurant les moyens de saadonner sur une large ??chelle ? la??ducation des vers ? soie[27].

La p?ache, tr?¨s active sur toute la vaste zone c?′ti?¨re de laarchipel japonais, apporte ? son tour un pr??cieux contingent pour la nourriture de la nation, qui a ??t?? pendant longtemps essentiellement icthyophage.

Les profondeurs du sol sont, au Japon, daune remarquable richesse: mais ce naest que dans ces derniers temps que les mines ont commenc?? ? ?atre exploit??es daune fa?§on s??rieuse et lucrative. Laor se rencontre dans le Satsouma, le Tazima, le Ka?ˉ, le Bou-zen et le Boun-go, le Sado et laAki; laargent, dans plusieurs de ces m?ames provinces et aussi dans laIs??, le Hida, laIvasiro, laIwaki, le Moutsou, laIvami et le Bizen. Le cuivre, le fer et le plomb paraissent ??galement assez communs. Enfin, on trouve de riches houill?¨res daautant plus dignes daattention, que le charbon de terre devient de jour en jour un produit plus indispensable aux progr?¨s de laindustrie moderne. Avant la??tablissement des Europ??ens au Japon, on ne demandait aux mines de houille que ce qui ??tait n??cessaire aux besoins des forgerons et de quelques autres corps de m??tiers moins importants. Le d??veloppement de la navigation ? vapeur dans les mers de laextr?ame Asie a donn?? ? ce produit du sol une valeur dont on ne se doutait gu?¨re, au Nippon, il y a seulement cinquante ans, et laexploitation des terrains houillers a ??t?? organis??e de toutes parts. En 1877, on ??valuait la production annuelle du charbon au Japon ? environ 400 mille tonnes anglaises, repr??sentant une valeur da? peu pr?¨s 6 millions de francs. Ces chiffres, il faut le dire, sont tout ? fait insignifiants, en comparaison de ce quails pourront ?atre, le jour o?1 une l??gislation meilleure viendra encourager, au lieu de la g?aner, laexploitation des carri?¨res par laindustrie priv??e[28]. Les districts carbonif?¨res de la??le de Y??zo, ? eux seuls, pourraient devenir pour le Japon une source de richesse en quelque sorte in??puisable.

Je naai fait quaeffleurer, ? mon vif regret, une foule de sujets sur lesquels je voudrais pouvoir maarr?ater davantage. Ces courtes observations suffiront cependant, je laesp?¨re, pour vous donner une id??e g??n??rale de la constitution physique du pays dont nous nous proposons da??tudier ensemble la langue, les origines ethniques, lahistoire et la civilisation.

Chapter 3 LES ORIGINES HISTORIQUES

DE

LA MONARCHIE JAPONAISE

ES historiens indig?¨nes font remonter la fondation de la monarchie japonaise au VIIe si?¨cle avant notre ?¨re[29]; et, ? partir de cette ??poque, ils nous pr??sentent une suite non interrompue de r?¨gnes et da??v??nements rapport??s chronologiquement. Ce naest pas l? une antiquit?? fort recul??e; mais cette antiquit?? est respectable, si laon songe que le Japon naa pas cess?? daexister depuis lors comme nation autonome, et quaen somme, on trouverait sans doute difficilement, dans lahistoire, un autre exemple daun empire qui ait v??cu plus de 2,500 ans, sans avoir jamais subi le joug daune puissance ??trang?¨re. La?gypte et la Chine sont les ??tats qui ont le plus dur?? dans lahistoire; mais ces ??tats ont maintes fois perdu leur ind??pendance: la?gypte, de nos jours, appartient ? des conqu??rants turcs; la Chine, ? des conqu??rants mandchoux. Le Japon naa jamais cess?? daappartenir aux Japonais. Les Japonais sont peut-?atre, dans les annales du monde, le seul peuple qui naait eu quaune seule dynastie de princes[30], le seul peuple qui naait jamais ??t?? vaincu.

Laauthenticit?? des annales japonaises ant??rieures au IIIe si?¨cle apr?¨s notre ?¨re a ??t?? contest??e. On a fait observer que la??criture naexistait pas au Japon avant le mikado O-zin (270 ? 312 de J.-C.), et que, par cons??quent, lahistoire naavait pu ?atre ??crite que post??rieurement au r?¨gne de ce prince; on a ??mis des doutes sur les empereurs mentionn??s avant les premi?¨res relations historiques du Japon avec la Chine, par ce fait que les noms de ces empereurs ??tant tous des noms chinois avaient ??t?? n??cessairement invent??s apr?¨s coup; on a dit que le plus ancien livre historique du Nippon, le Kiu-zi ki ?M??morial des choses anciennes?, compos?? sous le r?¨gne de Sui-kau (595-628 apr?¨s notre ?¨re), avait ??t?? perdu dans laincendie daun palais o?1 il ??tait conserv??, et que la plus vieille histoire qui soit parvenue jusqua? nous, dat??e de laan 712, avait ??t?? ??crite sous la dict??e daune femme octog??naire, ? laquelle le mikado Tem-bu laavait transmise verbalement; on a signal??, enfin, dans le r??cit des r?¨gnes contest??s, des invraisemblances de nature ? les rendre suspects ? plus daun ??gard.

Jaexaminerai rapidement la valeur de ces divers genres daobjections soulev??es contre la v??racit?? des annales japonaises primitives.

Il est g??n??ralement admis par les japonistes que la??criture chinoise ??tait ignor??e au Japon avant le r?¨gne daO-zin, fils et successeur de la c??l?¨bre imp??ratrice Zin-gu, conqu??rante de la Cor??e et surnomm??e la S??miramis de laExtr?ame-Orient. Laintroduction de cette ??criture, chez les Japonais, est attribu??e ? un certain lettr?? cor??en, de laEtat de Paiktse, nomm?? Wa-ni, qui apporta quelques ouvrages chinois ? la cour du mikado, en laan 285, et y fut nomm?? pr??cepteur des princes du sang[31]. Un savant russe a trouv??, dans le fait m?ame de cette nomination de Wa-ni comme instituteur des fils du mikado, une raison pour croire que la langue chinoise naavait rien dainsolite pour les Japonais de cette ??poque[32]. Il est, en tout cas, tr?¨s probable que les relations du Nippon avec la Cor??e, ant??rieurs au r?¨gne daOzin, avaient d??j? fait conna??tre la civilisation chinoise aux insulaires de laAsie orientale; les historiens indig?¨nes nous fournissent, daailleurs, des renseignements qui ne sont pas absolument d??pourvus de valeur pour consolider cette opinion. Laexp??dition que Tsin-chi Hoang-ti, de la dynastie de Tsin, le c??l?¨bre pers??cuteur des lettr??s et le constructeur de la Grande-Muraille, envoya au Japon pour y chercher le breuvage de laimmortalit??, appartient surtout ? la mythologie. Cette exp??dition est cependant mentionn??e dans quelques historiens japonais. Le m??decin Siu-fouh (en jap. Zyo-fuku) qui la dirigeait, naayant pu r??ussir, disent-ils, ? r??aliser les esp??rances du despote chinois, jugea prudent de ne plus retourner dans son pays: il se fixa au Nippon, et y mourut pr?¨s du mont Fouzi; apr?¨s sa mort, les indig?¨nes b?¢tirent ? Kuma-no, dans la province de Ki-i, un temple en son honneur, sans doute en m??moire des services quail avait rendus aux insulaires en leur faisant conna??tre les sciences et les lettres de la Chine. Si cette exp??dition doit ?atre rel??gu??e dans le domaine de la fable, il naen est pas de m?ame de laambassade envoy??e au mikado Sui-zin, par le roi daAmana, laun des ??tats qui composaient la conf??d??ration cor??enne. Cette ambassade arriva au Japon dans laautomne, au septi?¨me mois de laann??e 33 avant notre ?¨re, apportant avec elle des pr??sents pour la cour[33]. Voil? donc les Japonais en relation avec la Cor??e, plus de trois si?¨cles avant laarriv??e de Wa-ni auquel on attribue, comme je laai dit tout ? laheure, laintroduction de la??criture chinoise au Japon. Et comment croire que le Japon soit rest?? jusque-l? dans laignorance des progr?¨s r??alis??s par les Chinois, quand nous voyons le mikado Sui-nin, successeur de celui qui avait re?§u la mission du royaume daAmana, envoyer ? son tour une ambassade, non point en Cor??e, mais bien en Chine, ? laempereur Kouang-wou Hoang-ti, laan 56 de J.-C.[34].

De ces quelques faits, il r??sulte au moins la possibilit?? que les Japonais aient eu connaissance de la??criture chinoise avant le IIIe si?¨cle de notre ?¨re. Mais, en supposant m?ame quails aient ignor?? compl?¨tement cette ??criture jusqua? laarriv??e dans leurs ??les du c??l?¨bre Wa-ni, il para??t certain quails faisaient pr??alablement usage daune ??criture cor??enne, daorigine indienne, peu diff??rente de celle quaon pratique encore aujourdahui en Cor??e[35]. Et il reste en plus aux japonistes ? ??lucider la question daune ??criture indig?¨ne nationale encore plus ancienne, mentionn??e par quelques savants, et sur laquelle on naa recueilli, jusqua? pr??sent, que de trop vagues indices pour quail soit possible de saen occuper aujourdahui.

Enfin, sail ??tait ??tabli malgr?? tout, que les Japonais ont ignor?? laart da??crire avant les conqu?ates de laimp??ratrice Zin-gou, il naen r??sulterait pas pour cela que lahistoire ancienne du Japon naait pu ?atre transmise de g??n??ration en g??n??ration par la tradition orale, comme cela saest op??r?? chez une foule de nations diff??rentes. Lahistoire primitive daun peuple ne se rencontre parfois que dans des po?¨mes, dans des ??pop??es ou des chants populaires. Nous verrons, dans un instant, quail en a ??t?? ainsi de lahistoire primitive (hon-ki) des Japonais.

Le fait que les noms sous lesquels les premiers empereurs du Japon sont connus dans lahistoire sont des noms chinois, naest pas une objection concluante: ce fait a induit en erreur Klaproth et daautres orientalistes qui ignoraient que ces noms honorifiques et posthumes ont ??t?? donn??s ? ces princes par Omi mi-fune, arri?¨re-petit-fils de laempereur Odomo, mort en 787 apr?¨s J.-C., alors que les id??es chinoises avaient p??n??tr?? de toutes parts la civilisation japonaise. Les premiers mikados sont daailleurs mentionn??s ??galement, dans les annales indig?¨nes, par leurs v??ritables noms, qui ??taient des noms purement japonais. Caest ainsi que le premier empereur, Zin-mu, avait pour petit nom Sa-no, et pour d??signation honorifique Yamato no Ivare Hiko no mikoto; sa femme saappelait A-hira-tu hime; ses compagnons daarmes, ses ministres portaient aussi des noms purement japonais. Il en a ??t?? de m?ame, de tous les princes qui lui ont succ??d??, dans la p??riode contest??e des annales du Nippon.

Quant ? la destruction des anciennes archives historiques du Japon, lors des troubles de Mori-ya, il y a l? un fait reconnu par les auteurs indig?¨nes les plus autoris??s. Ces auteurs nous apprennent que le Ni-hon Syo-ki, qui renferme lahistoire des mikados depuis les dynasties mythologiques jusquaau r?¨gne de Di-t?′, avait ??t?? transmis verbalement par laempereur Tem-bu, ? une jeune fille de la cour, nomm??e Are, de Hiyeda, et que cette femme, ? la?¢ge de quatre-vingts ans environ, en dicta le contenu au prince Toneri Sin-wau et ? daautres chefs de lettr??s, qui le r??dig?¨rent en caract?¨res indig?¨nes.

Ne trouvons-nous pas un fait analogue dans lahistoire de la Chine, o?1 nous voyons que le Chou-king ou Livre sacr?? des annales, d??truit par ordre de Tsin-chi-hoang-ti, fut reconstitu?? ? laaide des souvenirs daun vieillard appel?? Fou-seng? Et cependant aucun savant, que je sache, naa cherch?? ? contester la parfaite authenticit?? du Chou-king, appris par c?ur dans son enfance par Fou-seng, comme le Ni-hon syo-ki laavait ??t?? par Ar??, de Hiy??da.

En somme, les annales primitives des Japonais, sans ?atre ? laabri de toute suspicion, ne m??ritent gu?¨re moins de confiance que les annales primitives de la plupart des autres peuples. Le mythe, la fiction, les r??cits merveilleux et fantastiques se retrouvent au d??but de toutes les histoires. On peut m?ame dire, en faveur du Japon, quail a su s??parer mieux quaune foule de peuples, la partie l??gendaire de la partie historique des temps primordiaux de son existence nationale: avant Zin-mu, les r??cits extraordinaires de la vie des G??nies c??lestes et terrestres, mais apr?¨s ce premier mikado des faits qui, sails ne sont pas toujours vrais, sont du moins presque toujours vraisemblables.

Il faut admettre, cependant, une r??serve sur cette d??claration: on a fait observer que les ?annales du Japon nous pr??sentent, durant une p??riode de plus de mille ans (de 660 avant J.-C. ? 399 de notre ?¨re), une s??rie de souverains r??gnant de soixante ? quatre-vingts ans en moyenne, et ne quittant parfois le tr?′ne pour descendre dans la tombe quaapr?¨s avoir compt?? cent quarante et m?ame cent cinquante ans parmi les vivants[36]?. M. le marquis daHervey de Saint-Denys, auteur de cette remarque, explique la dur??e anormale de laexistence attribu??e aux anciens empereurs du Japon, par la n??cessit?? o?1 se sont trouv??s les premiers compilateurs, de combler un espace de 1060 ans, dans lequel ils ne pouvaient d??couvrir le nom de plus de dix-sept souverains. Les chroniques chinoises, suivant ce savant, permettent daajouter quelques princes ? la liste que nous ont conserv??e les ??crivains indig?¨nes. Il serait peut-?atre bien s??v?¨re de contester laauthenticit?? des vieilles annales japonaises, par ce fait de la dur??e exag??r??e de certains r?¨gnes y renferm??s; et laon pourrait retourner la critique, en faveur de la sinc??rit?? des historiographes du Nippon, en disant quails ont pr??f??r?? laisser cette invraisemblance, plut?′t que dainventer des noms daempereurs pour mieux remplir les vides de la p??riode archa?ˉque quails sa??taient donn?? la mission de reconstituer. Le d??sir de donner ? leur mikado une long??vit?? quaatteignent, par rare exception seulement, quelques autres hommes, ne para??t pas les avoir guid??s en cette occasion. Le hon-ki naest pas exempt de merveilleux, mais la tendance quaont tous les peuples ? ??mailler de l??gendes la vie de leurs premiers anc?atres, est certainement plus mod??r??e au Japon quaen maint autre pays: il est juste de lui en tenir compte.

Les sources de lahistoire du Japon ne sont pas encore connues, et, pour lainstant, nous devons les chercher dans trois ouvrages: le Kiu-zi ki ou ?M??morial des vieux ??v??nements?, le Ko-zi ki ou ?M??morial des choses de laantiquit???, et le Ni-hon syo-ki ou ?Histoire ??crite du Japon?. Aucun de ces livres ne jouit de plus de 1,500 ans daanciennet??.

Le texte original du Ku-zi ki a ??t?? perdu, dit-on[37], en laan 645, dans laincendie du palais de Sogano Yemisi. Ca??tait une histoire ??crite par le prince Syau-toku tai-si et par Sogano Mumako, sous le r?¨gne de laimp??ratrice Soui-kau, qui r??gnait de 595 ? 628 de notre ?¨re. Laouvrage en dix volumes, qui existe aujourdahui sous ce titre, est daune authenticit?? douteuse[38], mais il est des lettr??s qui pensent quaon peut en tirer parti, parce que son auteur a d?? profiter de documents qui naont pas ??t?? retrouv??s apr?¨s lui.

Le Ko-zi ki, compos?? en 712 par Futo-no Yasu-maro, daapr?¨s les donn??es de Are, de Hiyeda, dont il a ??t?? question tout ? laheure, est ??crit en caract?¨res chinois, employ??s tant?′t avec leur valeur id??ographique, tant?′t avec la valeur phon??tique quaon leur affecte dans le syllabaire dit Man-y?′-kana.

Enfin le Ni-hon syo-ki, de m?ame provenance que le Ko-zi ki, naest autre chose que ce dernier ouvrage revu, un peu mieux coordonn?? et enrichi de quelques d??veloppements. Le prince Toneri Sin-wau, fils de Tem-bu, offrit le Ni-hon syo-ki ? laimp??ratrice Gen-syau, le 5e mois de laann??e 720. Dans ces ouvrages, les mikados ne sont point d??sign??s sous le nom honorifique chinois quaon leur attribue commun??ment, mais bien sous leur nom purement japonais. Le premier empereur, par exemple, au lieu da?atre appel?? Zin-mou, est d??sign?? sous le nom de Kami Yamato Iva-are hiko-no Sumera Mikoto; laimp??ratrice Di-t?′, sous celui de Taka-Ama-no Hara-Hiro-no Hime.

Il naentre pas dans mon dessein de vous mentionner ce que les Japonais nous racontent de leurs dynasties c??lestes et terrestres, qui pr??c??d?¨rent les ?souverains humains? (nin-wau) dans le gouvernement du monde, caest-? -dire de leur pays. Je me bornerai ? vous rappeler en quelques mots les id??es commun??ment r??pandues parmi les sectaires de la religion sintau?ˉste, au sujet de la cr??ation du monde, en attendant que nous poss??dions la traduction des monuments primitifs de lahistoire du Japon auxquels jaai fait allusion tout ? laheure.

Les ??crivains populaires ont imagin?? plusieurs syst?¨mes de cosmogonie qui ont obtenu plus ou moins de faveur parmi leurs compatriotes. La plupart daentre eux saaccordent pour consid??rer le Nippon comme le berceau du genre humain. Voici, ? cet ??gard, comment saexprime un auteur indig?¨ne:

?Le Japon est le pays le plus ??lev?? du monde: il en r??sulte naturellement que de l? sont sortis tous les hommes qui ont peupl?? la terre. En Chine, il y a eu un grand d??luge, ainsi que les livres nous laapprennent. Dans laOccident, au dire des savants de cette r??gion, il y a eu ??galement un grand d??luge. Au Japon seulement, il nay a pas eu de d??luge, parce que le Japon est beaucoup plus ??lev?? que la Chine et laOccident. Caest donc le Japon qui a d?? fournir la population primitive des autres parties du monde.

?Mais on me dira: ?Sail en est ainsi, les arts devraient ?atre plus avanc??s au Japon que partout ailleurs, et cependant les arts sont plus avanc??s chez les Occidentaux. Comment cela se fait-il??

-?Le fait est facile ? expliquer: le Japon ??tant le pays le plus beau, le plus riche et le plus heureux du monde, il a toujours pu se suffire ? lui-m?ame et ne saest pas vu dans laobligation de demander quelque chose ? la??tranger; tandis que les hommes partis du Japon se sont trouv??s dans des pays mauvais, incapables de suffire ? leurs besoins, et ont d?? saing??nier ? d??couvrir des moyens de communication et da??change. Voil? ce qui explique pourquoi laastronomie (ten-bun) et la science de la navigation sont plus avanc??es en Occident quaau Japon.?

Les diff??rentes p??riodes de la cr??ation du monde nous sont expos??es dans les termes suivants[39]:

?A laorigine, le Ciel et la Terre na??taient pas encore s??par??s; le principe femelle (me) et le principe m?¢le (o) na??taient pas divis??s. Le chaos ??tait comme un ?uf [compacte[40] et renfermant des germes]. La partie ??th??r??enne [pure] et lumineuse sa??vapora et forma le Ciel; la partie pesante et trouble se condensa et forma la Terre. La??vaporisation des parties subtiles et d??licates saop??ra ais??ment; la cong??lation des parties lourdes et troubles saop??ra difficilement. Caest ce qui fait que le Ciel fut form?? le premier, et que la Terre ne fut ??tablie quaapr?¨s. Ensuite naquit au milieu daeux un g??nie (Kami). Aussi laon dit qua? laorigine du d??gagement du Ciel et de la Terre, les ??les et les terres flott?¨rent sur laeau comme des poissons. En ce moment, il naquit au milieu du Ciel et de la Terre une chose qui, par sa forme, ressemblait ? un roseau (asi-gai), lequel se m??tamorphosa et devint le dieu appel?? Kuni-no toko tati-no mikoto[41], ??galement nomm?? Kuni-soko-tati-no mikoto[42]. Suivant une autre tradition, le roseau Asi-gai se serait transform?? en un g??nie appel?? Umasi Asi-gai hiko-ti-no mikoto, ? la suite duquel serait venu Kouni-no toko-tati-no mikoto[43]. Une autre tradition enfin fait sortir du roseau le dieu Ama-no toko tati-no mikoto, auquel il donne pour successeur Oumasi Asi-ga?ˉ hiko-ti-no mikoto, et elle ne fait na??tre que plus tard Kouni-toko tati-no mikoto, produit par la m??tamorphose daun corps gras qui flottait dans laempyr??e[44].?

On rencontre daailleurs, dans la mythologie japonaise, daassez nombreuses variations au sujet des noms des G??nies et de leur ordre de succession. Le plus commun??ment cependant on fait commencer avec Kouni-no toko tati-no mikoto la dynastie des G??nies C??lestes dont laorigine remonte ? plusieurs centaines de mille millions daann??es. Ces g??nies furent au nombre de sept[45]. Le second r??gna par la vertu de laeau, et le troisi?¨me par la vertu du feu. Tous trois ??taient d??pourvus de sexe[46] et saengendraient daeux-m?ames. Le quatri?¨me g??nie r??gna par la vertu du bois, et fut le premier qui poss??d?¢t une ??pouse; mais, pour donner le jour ? ses successeurs, il ne la connut pas suivant la mani?¨re des hommes. La conception naeut lieu que par une sorte de contemplation de chaque couple et par des moyens surnaturels que la d??gradation des hommes ne leur permet plus de comprendre. Le cinqui?¨me g??nie r??gna par la vertu du m??tal et conserva son ??pouse immacul??e, comme aussi son successeur. Le sixi?¨me g??nie r??gna par la vertu de la terre, le dernier des cinq ??l??ments dont ses anc?atres avaient symbolis?? laexistence. Enfin le septi?¨me g??nie mit un terme ? la dynastie des g??nies c??lestes en saabandonnant aux jouissances mat??rielles de notre monde. Un certain jour, apr?¨s avoir contempl?? daun regard lascif les formes charmantes de son ??pouse, il suivit laexemple daun oiseau quail avait vu un instant auparavant saaccoupler avec sa femelle. Il la connut alors ? la mani?¨re terrestre; et, d?¨s ce moment, elle enfanta suivant la loi g??n??rale de lahumanit??. Les successeurs de ces deux g??nies cess?¨rent ainsi daappartenir ? la race excellente de leurs a?ˉeux et furent laorigine de la dynastie des g??nies terrestres.

Le septi?¨me des g??nies c??lestes dont nous venons de parler saappelait Izanagi, et son ??pouse Izanami. De tout temps, laun et laautre ont ??t?? laobjet daun culte particulier de la part des Japonais qui les consid?¨rent, en quelque sorte, comme leur premier p?¨re et leur premi?¨re m?¨re. Suivant K?|mpfer, les Japonais, qui embrass?¨rent le christianisme aux XVIe et XVIIe si?¨cles, les appelaient leur Adam et ?ve. La tradition rapporte que ces deux g??nies pass?¨rent leur vie dans la province daIs??, au sud de la??le de Nippon, et quails engendr?¨rent beaucoup daenfants de laun et de laautre sexe, daune nature tr?¨s inf??rieure ? celle des auteurs de leurs jours, mais cependant bien sup??rieure ? celle des hommes qui ont v??cu depuis lors.

La mythologie japonaise nous montre, en effet, Izanagi et Izanami donnant le jour, par des proc??d??s de toutes sortes et par de singuli?¨res m??tamorphoses[47], ? la plupart des dieux qui personnifient, dans le panth??on indig?¨ne, les diff??rentes puissances de la nature. Mais, de toutes ces divinit??s, celle qui tient la plus large place dans le culte populaire appel?? Kami-no miti, celle qui est devenue la Grande D??esse de la religion nationale du Japon, ce fut Oho-hiru me-no mikoto, commun??ment appel??e Ama-terasu oho-kami ou Ten-syau dai-zin. Cette d??esse, ? cause de son ??tonnante beaut??, fut appel??e par ses p?¨re et m?¨re ? r??gner au plus haut des Cieux, dao?1 elle ??clairerait le monde par sa splendeur. Elle est identifi??e avec le Soleil, comme sa s?ur cadette, Tuki-no yumi-no mikoto, avec la Lune.

Quatre autres g??nies terrestres, plac??s apr?¨s Ten-syau da?ˉ-zin, compl?¨tent la dynastie des g??nies terrestres, ? laquelle devait succ??der celle des mikado ou souverains des hommes[48].

Jetons maintenant un coup da?il rapide sur ce que les historiens nous apprennent relativement aux p??riodes semi-historiques ant??rieures ? O-zin, XVIe mikado, avec lequel nous faisons commencer lahistoire proprement dite de laarchipel du Nippon.

Les Japonais, dans le but de donner une origine divine ? leurs souverains, ont fait descendre le premier mikado, Zin-mou, de la d??esse du Soleil, Ama-terasu-oho-kami[49], caest-? -dire ?le Grand G??nie qui brille au firmament.? La m?¨re de ce prince, Tama-yori hime, ??tait fille du Riu zin ?le G??nie Dragon?, ou dieu de la Mer; elle lui donna le jour en laan 712 avant notre ?¨re, quinze ans avant la mort daEz??chias, roi de Juda, et soixante-cinq ans avant la prise de Babylone, par Nabuchodonosor, roi de Ninive.

Dans le syst?¨me adopt?? par les Japonais, Zinmou, tout en ??tant le premier mikado, naest pas, ? proprement parler, le fondateur de la monarchie japonaise. Le Ni-hon Syo-ki[50] et, apr?¨s lui tous les historiens qui laont copi??, rapporte que ce personnage fut proclam?? prince h??r??ditaire lors de sa quinzi?¨me ann??e, et, par cons??quent, futur h??ritier daun tr?′ne d??j? fond?? en 697 avant notre ?¨re, caest-? -dire trente ans avant la conqu?ate de la??le de Kiousiou, la plus m??ridionale des trois grandes ??les de laarchipel, et sa premi?¨re ??tape.

De la??le de Kiousiou, Zinmou se rendit avec des vaisseaux dans la province daAki, situ??e au nord du Suwo-nada ou mer int??rieure; puis, au troisi?¨me mois dans laautomne de 666[51], dans les pays voisins de Kibi, o?1 se trouvent aujourdahui les provinces de Bingo, de Bitsiou et de Bizen. Il s??journa trois ann??es dans ce pays pour remettre sa flotte en ??tat et r??unir des provisions de guerre. En 663, il arriva dans la r??gion o?1 sa??l?¨ve actuellement la ville daOhosaka, r??gion qui fut appel??e, ? cause de la forte mar??e quail rencontra sur ses c?′tes, Nami-haya on-kuni ?le pays des vagues rapides?, et, par la suite, Nani-ha ou Nani-va[52]. Peu apr?¨s, il se trouva, ? Kusa ye-no saka, en pr??sence daun puissant prince a?ˉno, nomm??, en japonais, Naga-sune hiko[53], qui lui fit subir plusieurs ??checs et mit ses troupes en d??route. Dans un des combats, le fr?¨re a??n?? de laempereur, Itu-se-no mikoto, fut atteint daune fl?¨che et mourut[54]. Zinmou reprit, en cons??quence, la mer, o?1 le mauvais temps mit sa flotte en p??ril: ?H??las! sa??cria un de ses fr?¨res, jaai parmi mes a?ˉeux les G??nies du Ciel; ma m?¨re est D??esse de laOc??an. Comment se fait-il quaapr?¨s avoir ??t?? malheureux sur terre, je sois encore malheureux sur mer?? Puis il tira son ??p??e et se jeta dans les ondes; son troisi?¨me fr?¨re suivit son exemple, de sorte que Zinmou se trouva seul avec son fils pour continuer sa m??morable exp??dition[55].

Lahistoire des relations de laempereur Zinmou et de Nagasoune me para??t avoir ??t?? alt??r??e ? dessein et daune fa?§on assez transparente pour ??veiller laattention de la critique. Les Japonais, conqu??rants des ??les occup??es primitivement par les Y??zo ou Mau-zin ?peuples velus?, comprirent tout daabord lautilit??, pour leur politique envahissante, de faire croire ? laorigine commune de leur prince et des principaux chefs a?ˉno. Le meilleur moyen pour arriver ? ces r??sultats, ??tait daemprunter aux autochtones leur mythologie nationale, et de greffer la g??n??alogie de Zinmou sur un des principaux rameaux de leur grande famille de Kami ou de G??nies. Je ne veux pas dire pour cela que le panth??on sintau?ˉste, dont nous trouvons les principales repr??sentations dans le Ko-zi ki, est un panth??on purement a?ˉno: bien loin de l? , je crois apercevoir, dans ces dieux originaires du Japon, des cr??ations daorigine multiple, et notamment des cr??ations du g??nie asiatique continental. La question est trop ??tendue, trop complexe, pour ?atre examin??e en ce moment. Jaessaierai seulement daappeler votre attention sur le proc??d?? adopt?? par Zinmou pour effacer les cons??quences funestes quaaurait pu avoir, sur laesprit des indig?¨nes, son caract?¨re de conqu??rant ??tranger, de nouveau venu, dans laarchipel de laAsie orientale.

Nagasoune ??tait un des chefs a?ˉno avec lequel Zinmou comprit, tout daabord, quail avait beaucoup ? compter. Sa premi?¨re attaque contre ce puissant hi-ko lui avait prouv?? que les autochtones ne se laisseraient pas assuj??tir aussi ais??ment quail laavait esp??r?? de prime abord. Zinmou, je laai dit, perdit plusieurs batailles engag??es avec Nagasoune.

Nagasoune, disent les historiens japonais, avait, ant??rieurement ? laarriv??e de Zinmou dans le Yamato, proclam?? prince des tribus indig?¨nes, Mumasimate, fils de sa s?ur cadette et daun certain Nigi-hayabi[56]. Or, ce Nigi-hayabi ??tait lui-m?ame fils daOsiho-mimi, le second des grands dieux terrestres (ti-zin); de telle sorte que Zinmou, qui se pr??tendait issu de son c?′t?? de Ugaya-fuki awasesu, le quatri?¨me de ces grands dieux, se trouvait apparent?? avec le principal chef de ses ennemis. Seulement, il saagissait pour lui de faire accepter ? son adversaire ce syst?¨me g??n??alogique. Voici comment il say prit, daapr?¨s la l??gende:

Nagasoune avait envoy?? un ??missaire ? Zinmou pour lui faire voir un carquois provenant des g??nies c??lestes, et qui appartenait ? son beau-fr?¨re, Nigi-hayabi. Laempereur, de son c?′t??, montra un carquois quail poss??dait; et comme, en les rapprochant, ils se trouv?¨rent identiques, il devint ??vident pour tous que Zinmou et Nigi-hayabi descendaient laun et laautre des anciens dieux du pays. Ce dernier, convaincu de cette parent?? quail naavait pas soup?§onn??e, voulut faire sa soumission au mikado. Nagasoune tenta de say opposer: sa r??sistance lui co??ta la vie[57]. Zinmou avait, de la sorte, aplani par la ruse les obstacles que ses troupes ??taient impuissantes ? renverser. Fort de laalliance du prince a?ˉno Nigi-hayabi, il lui fut d??sormais facile de vaincre et daan??antir laun apr?¨s laautre tous les chefs des tribus quail rencontra sur sa route. Ces petits chefs, il naavait plus d??sormais de n??cessit?? de les attacher ? sa fortune; au lieu de voir en eux des descendants des anciens dieux du pays, il ne les consid??ra plus, v?| victis! que comme des bandits. Lahistoire, qui nous les represente comme vivant dans des tani?¨res, ? la??tat sauvage, les appelle ?des araign??es de terre? (tuti-gumo).

Ma??tre de la situation, apr?¨s sept ann??es consacr??es ? des pr??paratifs militaires et ? des combats, en laan 660 avant notre ?¨re, Zinmou fit construire, dans la province de Yamato, le palais de Kasiva-bara, o?1 il fut proclam?? mikado. Il organisa ensuite son gouvernement; et, apr?¨s soixante-treize ans de r?¨gne, mourut ? la?¢ge de cent vingt-sept ans, en 585 avant notre ?¨re. Laann??e suivante, il fut inhum?? sur une colline au nord-est du mont Ounebi[58]. De nos jours encore, on va faire un p?¨lerinage au tombeau du fondateur de la monarchie japonaise.

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